Chapitre 38

Corrigé par Sorn et ses accents circonflexes ! Merci !


« Réduisons nos peines
Achevons-nous pour le plaisir
Distillons nos haines
Et buvons à nos souvenirs
Buvons pour ne plus mentir
Achevons-nous pour le plaisir

Et si un jour, tout refleurit
Que par amour, on reste en vie... »

(Apocalyptica (feat. Manu) – En Vie)


Kim entra dans le studio et salua les quelques personnes présentes avec un un grand sourire.
- Je vois que tu n'es pas venue seule, lança Eicca en voyant que la chanteuse était accompagnée.
Il salua Ville, ainsi que Luna et Raya. Le violoncelliste s'attarda un instant sur cette dernière.
- Dis donc, qu'est-ce qu'elle te ressemble, Kim ! S'étonna-t-il. Bon, Luna aussi, mais elle a les yeux de Ville, c'est bizarre. Elles ne sont pas censées être jumelles ?
- Si, mais elles ont décidé de ne rien faire normalement, répondit Ville.
Comme pour appuyer les dires de son père, Luna fit une grimace à Eicca. Elle n'aimait pas qu'on la dévisage, et encore moins qu'on la compare à qui que ce soit. La petite avait à peine trois ans et déjà un sacré caractère. Luna lâcha la main de son père et entreprit de découvrir cet endroit inconnu, alors que Raya se contentait de rester tranquillement dans les bras de sa mère, en attendant que celle-ci décide de son sort. Ils discutaient des détails techniques de la prise vocale tandis que Luna menait sa petite exploration. Un archet attira son attention, et elle ne se gêna pas pour lui faire subir toutes sortes d'expériences... jusqu'à ce que Eicca se rende compte de la chose. Il intervint avant la mère de l'enfant pour récupérer son bien.
- Je peux récupérer mon archet jeune fille, avant que tu ne fasses des miracles ? Je n'ai pas vraiment envie que tu nous détruises le studio avant qu'on ne le rende !
Il tendit la main pour récupérer l'objet, mais tout ce qu'il récolta c'est un coup d'archet sur les doigts.
- Ah Eicca, je crois qu'elle te déteste déjà ! Rit Kim en prenant le bien du violoncelliste des mains de Luna.
- C'est comme ça que la copine de ton guitariste se venge ?
- Je te dois une chanson pour les parties que tu as jouées sur mon album, et elle te doit un coup pour ce que tu lui as fait, alors disons que nous sommes quittes ! Si on commençait ?

Kim resta seule dans la cabine de chant. Elle écouta le morceau plusieurs fois, pour s'en imprégner. Une fois qu'elle l'eut en tête, elle fit quelques essais, pour la mélodie et pour bien placer sa voix. La chanteuse n'était pas très sûre d'elle. Le morceau qu'elle avait écrit était en français. C'était la première fois qu'elle chantait dans cette langue, et elle ne savait pas comment ça allait sonner. Elle ne savait pas non plus pourquoi elle avait eu ce besoin là, les paroles étaient simplement venues toutes seules, comme ça, et elle les chantait brut, elle avait refuser de les relire et d'y retoucher, tant elle se sentait étrangère à ce qu'elle venait de créer. Mais Kim surpassa ses doutes et enregistra péniblement la chanson. Son chant, elle ne l'entendait pas, elle n'entendait que la mélodie, elle avait le sentiment de ne poser que des mots inaudibles sur les notes agitées des violoncelles. Ce n'est que lorsqu'ils écoutèrent la bande à la fin des prises que Kim comprit réellement le sens de ses paroles. Sa voix lui semblait aussi comme étrangère, comme si elle ne l'avait pas entendue depuis très longtemps.
- Maman chante bien, chuchota Raya à son père.
- Tu ne l'avais jamais entendu avant ? Dit-il, s'étonnant de cette remarque.
- Si mais pas comme ça !

Ville réalisa que lui aussi n'avait pas entendu Kim chanter depuis longtemps, trop peut-être.

***

La porte grinça légèrement lorsqu'il la referma, et il eut peur d'avoir réveillé quelqu'un, même si c'était le milieu de l'après midi. Ville devinait dans la pénombre que Kim s'était endormie dans le siège pendu à côté des fillettes, après les avoir couchées pour leur sieste. Le jeune homme s'arrêta sur le pas de la porte, ne sachant que faire. Il les contempla tout les trois, sans s'approcher, bien qu'il se sentait ridicule de faire ça. Mais à chaque fois il ne pouvait s'empêcher d'être attendri. Il alla tout de même s'asseoir à côté de Kim. Cela suffit à lui faire ouvrir un ½il. Ville s'excusa de l'avoir réveillée, ce à quoi elle répondu que ça ne faisait rien. La jeune femme posa sa tête sur le torse de son compagnon. On n'entendait que le froissement du tissu du t-shirt de Ville avec lequel Kim jouait nerveusement. Il décida de rompre ce silence pesant :
- Ça va ? Chuchota-t-il
- Oui, j'ai simplement encore attrapé froid, mais ça passera, répondit-elle sans grande conviction.
- Et ?
Elle questionna le jeune homme du regard. Il se dit qu'il aurait mieux fait de ne rien dire, car elle ne répondrait certainement pas. Du moins pas directement.
- Les répétitions se passent bien ? Demanda-t-elle pour changer de sujet.
- Oui, on a même composé deux nouveaux morceaux, des inédits pour le concert à venir. Notamment un que j'aime beaucoup, parce que c'est toi qui en a composé la mélodie au piano.
- Tu veux parler de ce truc que j'ai tenté de jouer juste avant de finir ivre morte aux urgences ? Lança Kim ironiquement.
- Euh...oui, bredouilla-t-il avant de se reprendre. Mais au moins il y aura quelque chose de bon dans tout ça, même si je n'ai écrit que le refrain.

Ville lui murmura le refrain de « The Sacrament » à l'oreille, pensant là réconforter un peu. Kim ferma les yeux au son de sa voix, comme pour se laisser bercer, et retrouva le sourire un instant. Jusqu'à ce qu'une question lui vienne à l'esprit.
- Donc vous faîtes quand même ce concert du nouvel an ?
- Bien sûr Kim, comme tous les ans.

C'était donc ça qui la tracassait, bien que Ville ne comprenait pas pourquoi. Peut-être le fait qu'elle ne puisse pas jouer, et n'en aie pas eu l'occasion depuis un long moment.
- Je peux vous faire jouer si vous voulez.
- Non, c'est pas la peine, mais merci.
- Kim, si ça te pose un problème, dis-le moi tout de suite
, déclara-t-il en gardant son calme.
- Ce n'est pas ça... c'est juste que... en enregistrant pour Apocalyptica, je me suis rendue compte que le métier me manquait, mais j'ai choisi d'autres responsabilités. Seulement, je pourrais tout combiner si je n'étais pas... ici.
- Qu'est ce que tu veux dire par « ici »?
- Helsinki.
- C'est toi qui as choisi de venir ici, Kim. Je ne te l'ai pas vraiment demandé.
- Je sais que tu adores cette ville, que tu vis ici depuis toujours mais... Je suis désolée Ville.

Elle lui dit cela avec une sincérité qui le toucha, et il sentit qu'elle était sur le point de tout lui dire franchement.
- Je ne supporte plus de vivre ici, parce que je ne peux pas jouer de la musique comme je l'entends, même si je sais que notre famille passe avant tout et que tout notre bonheur est ici. Mais honnêtement Ville, je ne supporte plus les hivers à rallonge et ce climat qui me rend sans arrêt malade depuis quelques temps. J'ai vraiment envie de retourner à Los Angeles.

Ville ne répondit rien, il comprenait. Ce que vivre à Helsinki représentait pour Kim, c'était ce que vivre à Los Angeles représentait pour Ville. Oublier sa carrière, vivre dans le monde de l'autre, lui donner tout son temps parce que l'on a rien d'autre à faire, un sacrifice qu'au fond il savait lui devoir.

- Alors nous déménagerons à Los Angeles après le concert, céda Ville avec un peu de peine et d'amertume.


***

- Si c'est ce qui vous rend heureux tous les deux, alors faîtes ce que vous avez à faire, dit Mige à son meilleur ami, ne contredisant pas la décision de ce dernier.

Kim se planta entre Ville et son bassiste, rayonnante et en pleine forme.

- Qu'est ce que vous racontez tous les deux ? Demanda-t-elle.
- Rien, je disais juste à Ville combien tu allais me manquer quand vous serez à L.A.
- Mais à moi aussi tu vas me manquer mon Mige ! S'exclama Kim en l'enlaçant.

Ils échangèrent quelques rires et Kim embrassa Ville avant de filer au fin fond des coulisses du Tavastia. Elle savait qu'il ne fallait pas laisser ses enfants seuls trop longtemps avec Jukka et Jade.

- Ville, s'il te plaît enlève-moi ce sourire niais de ton visage ! Ria Mige en voyant le chanteur regarder sa compagne s'éloigner.
- Ah Mige, si tu savais comme je me sens avec Kim depuis que les filles sont là... Tu choisirais de la suivre aussi.
- Je ne m'en fais pas pour toi, ni pour nous d'ailleurs, le monde est petit. En réalité toi et ton petit bonheur n'êtes pas si loin
, s'amusa Mige avant de voir que l'expression sur le visage de son ami n'avait rien de joyeuse.
- Mais tout ce qu'il faut pour ruiner ce petit bonheur n'est jamais très loin, répondit Ville en fixant quelqu'un parmi les invités. Jyrki.
Chapitre 38

# Posté le mercredi 20 mai 2009 08:03

Modifié le lundi 12 octobre 2009 20:19

Chapitre 39

Chapitre 39
« Your pleasure thrills in every way you make me
Thick drops. .
All by myself and you're not here to take me
My red hot stain still makes you call me, baby
Tattooed your name, so you wouldn't forget to claim
If I see you're like your daddy and I should be gone
I would try to burn you but I won't
If I think that loving you could be just like a drug
I would try to burn you but I won't
It's all your graces, your deadly sins
Love and hate you it's so intense »
(Kidneythieves – Spank)


Ville cherchait Kim du regard, à travers la foule. Il se fraya un chemin péniblement au milieu des invités, ne regardant que son but, animé par ce besoin de la retrouver comme pour l'éloigner d'une menace... ou du moins de Jyrki. Le chanteur fut heureux de la trouver en pleine discussion avec deux personnes qu'il ne connaissait pas et salua à peine. Il essaya de ne pas interrompre leur conversation. Kim le sentit passer ses bras autour d'elle et l'embrasser dans le cou. Il s'interrompait parfois pour jeter un coup d'½il dans la foule autour d'eux, puis recommençait. La jeune femme n'avait pas perdu le fil de la discussion jusqu'à maintenant, mais les baisers du jeune homme se faisaient de plus en plus pressants et elle finit par être complètement perturbée.
Kim n'eut pas le temps de s'excuser que Ville la tirait déjà par le bras pour l'emmener dans la loge voisine. Ils se retrouvèrent seuls, dans le noir.
La jeune femme sentait le souffle de son compagnon dans son cou. Puis il vint jouer avec le lobe de son oreille : il savait qu'elle ne pourrait pas y résister. Elle plongea ses mains dans ses cheveux, comme pour le faire arrêter, mais sans vraiment le vouloir.
- Ville ?
Elle alluma la lumière. Kim tomba nez à nez avec le regard désapprobateur du jeune homme, qui éteignit aussitôt. Elle ralluma. Il reteignit.
- Ville, gémit-elle en le repoussant. C'est quoi ce plan ? D'abord tu me fais des avances devant tout le monde, ensuite tu m'entraînes dans une loge qui est... Elle alluma... pas la tienne, et où n'importe qui pourrait nous surprendre. Ce qui est assez... intéressant, ajouta-t-elle avec un sourire en coin, tout en rappuyant sur l'interrupteur.
Dans la pénombre, Ville eut le même sourire, sachant qu'il n'aurait pas pu trouver meilleure distraction pour éviter celui qu'il ne voulait pas voir.

***

Cela faisait si longtemps que tous les membres d'Enema ne s'étaient pas retrouvés dans la même pièce pour travailler ensemble que les idées venaient de toutes parts. Ils s'étaient mis d'accord sur ce qu'ils feraient pour leur retour : une tournée toute particulière, des concerts partout dans Los Angeles. Cela leur permettrait d'être chez eux tous les soirs, de toucher le public local qui n'aurait pas besoin de se déplacer même s'ils savaient que bon nombre de fans viendraient de loin pour les voir. Ils pourraient aussi tester les nouveaux morceaux en live, et sortir un DVD live pour faire patienter les fans lorsqu'ils seraient enfin en studio. La maison de disque était d'accord, Enema n'ayant rien sorti depuis quelques années, tout ce qui permettrait au label de faire rentrer de l'argent était le bienvenu. Tout le monde était heureux à l'idée de reprendre du service, mais Kim se rendit compte que la seule personne à s'opposer à ce projet était celle à qui elle s'attendait le moins, Ville.
La chanteuse voulait avoir le dernier mot, et elle l'aurait. Elle avait commencé les répétitions avec le groupe et ne comptait pas s'arrêter, peu importe ce que Ville pouvait dire et même s'ils devaient passer leurs journées à se disputer.

- Tu sais très bien qu'il n'est pas question de concurrence entre toi et moi, Ville ! Moi aussi j'ai passé du temps à ne rien faire pendant que tu travaillais !
- On l'a tous les deux fait, seulement je me demande pourquoi c'est toi qui devrais reprendre ta carrière, et surtout pourquoi maintenant ? Avec les filles qui vont à l'école et tout ce qu'elles font à côté... Il n'est pas question que quelqu'un d'autre que nous s'occupe d'elles !
- Mais je ne serais pas loin, je rentrerais tous les soirs après les concerts, je serais à la maison tous les jours, et vous pourrez nous accompagner tous les trois ! Je ne sais pas ce qu'il te faut, Ville !
- Tu seras à la maison tous les soirs... mais très tard, tu seras repartie dans l'après midi pour les répétitions, la salle, les balances et autres, et tu n'auras que très peu de temps à nous accorder si nous venons te voir jouer. En plus tu as demandé à ta s½ur de s'occuper de Raya et Luna pendant la tournée, tu sais très bien que tu ne seras pas aussi disponible Kim !
- Rose a accepté juste au cas où toi non plus tu ne serais pas présent, et ce n'est pas n'importe qui ! Qu'est-ce qu'il y a, tu te sens abandonné ?


Elle le lui avait demandé de sa voix innocente et de son petit air attendrissant. Ce n'était vraiment pas le moment de lui jouer ce tour là, Ville savait que si Kim le prenait par les sentiments il finirait par céder. Ils étaient aussi fatigués l'un que l'autre d'essayer de convaincre l'autre et de camper un peu plus sur leurs positions à chaque fois qu'ils s'emportaient. Cela faisait presque un mois que c'était comme ça. Ville savait que la jeune femme l'aurait à l'usure mais il ne voulait pas le lui montrer. Le jeune homme quitta la pièce, la laissant seule, prétextant ne pas vouloir changer d'avis, bien qu'il se soit déjà résolu à la laisser faire. Ville ne s'inquiétait pas, il la laisserait réfléchir pendant quelques temps, arrangerait les choses sur l'oreiller puis la laisserait faire ce qu'elle voulait.
Kim, elle, ne comprenait pas pourquoi il laissait tomber, une fois de plus. Elle soupira, désespérée, comme si rien ne changerait. C'était comme si tout avait changé entre eux, depuis qu'ils étaient revenus à Los Angeles. Kim se sentait responsable mais ne voulait pas revenir sur sa décision. Elle était seule, triste, épuisée par cette situation. La jeune femme repensa aux dernières paroles de son frère, lui disant qu'ils se déchireraient à propos de leur carrière. Et s'il avait eu raison ?

***

Ville portait les deux fillettes, et ne pouvait enlacer Kim, ce qui n'empêcha pas cette dernière de l'embrasser. Elle déposa un baiser sur les joues de Raya et Luna, et leur sourit à tous les trois. En voyant les lumières de projecteurs de la scène danser dans ses yeux, Ville se dit qu'il ne pouvait en être autrement, elle appartenait à la scène et à la musique, et rien ne pouvait la rendre aussi radieuse. Malgré le trac, Ville était sûr que ce premier concert serait grandiose, Kim n'avait pas besoin de les embrasser pour se donner du courage. Les enfants saluèrent encore une fois leur mère de la main. Kim monta sur les planches et laissa s'échapper cette montagne énergie qu'elle avait accumulée pendant toutes ces années loin du public, tout ce bonheur qu'elle ressentait sur et hors de la scène, et qui se retrouvait même dans les chansons les plus tristes qu'ils avaient pu jouer ce soir là. Même Ville, qui avait pourtant assisté à maints concerts, fut ébahi par la performance.

# Posté le lundi 20 juillet 2009 17:08

Modifié le lundi 12 octobre 2009 20:21

Chapitre 40

now i believe in the wind's innocence
ive got that shit left behind
and a long road ahead

don't let it dim your light
you're a dark horse like a thief in the night
don't let it dim your light
you've gotta give it all just to keep up the fight
don't let it dim your light
you're a dark horse like a thief in the night
don't let it take your Grace
you're gonna get what you Make.

(Kidneythieves – Dark Horse)




Luna entreprit d'escalader le lit de ses parents, à sept heures et demie du matin. Depuis le sol, ce tas de couvertures lui paraissait être une montagne. Une fois dessus, elle s'enfonçait un peu plus à chaque pas dans le duvet. Mais rien de tout cela ne la découragea. La fillette fouilla un peu partout, cherchant ses parents qui semblaient se cacher sous des tonnes de draps. Son père fut le premier qu'elle trouva. Luna se pencha pour l'embrasser, ce qui le réveilla avec surprise. Son expression la fit éclater de rire, et Ville fut définitivement sorti de son sommeil. Il jeta un coup d'½il au réveil, l'heure matinale lui donnant envie de se rendormir sur-le-champ, mais il savait qu'il ne pouvait se le permettre. La petite se blottit dans ses bras, riant toujours de son méfait.

Vous ne devriez pas être en train de vous préparer pour aller à l'école, mademoiselle Valo ? Demanda son père
Non ! Répondit fermement Luna. Pourquoi on doit toujours aller à l'école quand toi et maman dormez ?

Ville la regarda avec surprise, mais ne put s'empêcher de rire devant la détermination et l'air si sérieux de sa fille. Ses yeux verts, les mêmes que les siens... Le jeune homme savait qu'il ne pouvait pas leur résister quand ils prenaient cet air boudeur, il cédait toujours, même s'il savait qu'il ne devrait pas, tout comme ses parents à lui quand il était enfant. Plus tard, personne ne pourrait lui résister non plus, pensait-il. Ville embrassa les joues de Luna, arrondies par un large sourire de fierté. Elle allait le faire céder.

Je veux que tu viennes avec nous ! Lança-t-elle.
Pas aujourd'hui, essaya de protester son père, encore fatigué.
Maiiiiiis ! gémit la petite.
Que vous êtes un mauvais père, Ville Valo... Kim avait écouté leur conversation depuis le début et ne put s'empêcher d'intervenir, amusée.
Bon, d'accord, se résigna-t-il. J'ai vraiment l'impression que l'on me mène en bateau dans cette maison.

Luna sauta de joie en bas du lit, elle arrivait toujours à ses fins. Elle eu même le privilège de se faire porter jusqu'en bas des escaliers par son père, bien qu'à peine réveillé.

***


Seule dans sa chambre, Raya pouvait entendre le bruit provenant de la salle de bain où sa mère se trouvait, juste à côté. Mais cela ne la divertissait pas, elle s'ennuyait en attendant le retour de sa s½ur et de son père. Luna avait son cours de musique le mercredi, et Raya le samedi. Ils avaient bien essayé de leur faire prendre des cours ensemble, mais elles restaient collées l'une à l'autre et il était impossible de leur faire faire quoi que ce soit. Raya essayait donc de se divertir, seule au milieu de ce petit monde coloré qu'était sa chambre, en dessinant un de ces drôles d'animaux aux traits enfantins de la tapisserie. Elle l'observait de près, ce lapin pastel aux contours mal dessinés mais tellement fascinant. Elle ne trouva pas la couleur qu'elle cherchait. Elle trouvait le temps long, trop long. La fillette fouilla un peu plus dans son pot à crayons, mit sa main à l'intérieur mais la ressortit aussi tôt. Son poignet lui faisait mal. Ses traits se déformèrent sous la douleur, et l'interrogation. Son bras n'avait rien, alors elle ne comprenait pas. La douleur disparut, puis elle réapparut. Quelque chose n'allait pas.
Raya se décida à aller voir sa mère. La porte de la salle de bain s'ouvrit sur Kim qui se maquillait. La petite leva les yeux vers elle, qui lui paraissait si grande. Elle esquissa une moue plaintive et triste.

Maman, je veux voir Luna, et Papa, gémit-elle.
Ils seront là dans cinq minutes, répondit Kim sans trop lui prêter attention.

Raya remarqua l'absence d'intérêt de sa mère, et ne crut pas un mot de ce qu'elle racontait. Un sentiment étrange la traversa, sans qu'elle ne s'en rende vraiment compte. Et s'il ne revenait jamais ? La fillette émit un gémissement à cette idée et tira sur le bras de sa mère pour attirer son attention.

Maman, je veux les voir tout de suite !

Kim arrêta enfin de s'occuper d'elle pour se tourner vers sa fille. Elle la prit dans ses bras, se disant qu'elle s'ennuyait sûrement sans sa s½ur. Raya s'agrippa au cou de sa mère, puis la douleur reprit.
Elle la serra un peu plus fort. Sa mère la rassura :

Ils vont arriver, Raya, et tu ne t'ennuieras plus toute seule.

La petite se dégagea soudainement, remuant sa tête en signe de protestation, un peu en colère. Sa mère n'avait rien compris, elle ne disait pas ça parce qu'elle s'ennuyait. Les larmes lui montèrent aux yeux et elle fut secouée de sanglots. Kim la serra un peu plus contre elle pour la rassurer, lui caressa le dos, les cheveux, lui murmurant de ne pas pleurer.

Tu as l'air fatiguée, viens avec moi.

Kim porta la fillette qui sanglotait vers sa chambre, et s'installa sur son lit pour la bercer. Elle et Ville n'ouvrant presque jamais les volets, elle alluma sa lampe de chevet pour ne pas laisser le noir effrayer encore plus Raya. Elle la berça doucement, et la petite se calma un peu. Kim lui caressa les cheveux, cela l'aidait toujours à s'endormir.

Voilà, ma princesse, calme-toi, et dors un peu, comme ça quand Luna et Papa reviendront, tu seras en forme pour jouer avec eux.

Ma princesse, c'était toujours comme cela que Ville appelait Raya et Luna, et cela les amusait toujours. Kim se disait que cela l'apaiserait un peu, puisqu'elle voulait tant voir son père. Mais l'évocation de sa s½ur relança ses sanglots. Elles étaient peut-être très proches, mais Raya n'avait jamais pleuré comme ça en l'absence de sa s½ur, jamais. Kim essuyait les larmes qui roulaient de ses tristes petits yeux bleus, ne sachant que faire d'autre.

Je veux qu'ils reviennent, vite, bégaya Raya entre deux longs sanglots.
Écoute, Raya, tu sais bien qu'ils ne sont pas loin, ils vont revenir dans quelques minutes.
Raya recommença à secouer sa tête, pour lui dire non. Non, ils ne reviendraient pas dans quelques minutes, elle ne savait pas pourquoi mais elle le sentait. Sa respiration se faisait de plus en plus difficile et ses larmes de plus en plus abondantes, et Kim ne savait que faire pour la calmer désormais.

Tu veux que je téléphone à Papa et Luna ? Demanda-t-elle en saisissant son téléphone portable.

Elle composa le numéro de Ville, qui, comme prévu, répondit. Sa voix s'échappait du haut-parleur, pour que toutes deux puissent l'entendre. Les voix de Rose et Luna assises avec lui dans la voiture résonnaient aussi dans la pièce.

Raya, princesse, lui dit-il d'une voix douce, nous serons tous là dans...

Un silence. Le téléphone était silencieux, Ville était silencieux. Kim et Raya étaient silencieuses. Leur c½ur eut un temps d'arrêt, lorsqu'un bruit strident envahit leurs oreilles. Un bruit inconnu, puis un autre silence. Et la communication fut interrompue.

Raya se remit à pleurer de plus bel, tandis que Kim cherchait maladroitement le numéro de Rose dans son répertoire. Cette fois, le téléphone ne sonna même pas. Elle le laissa tomber de ses mains, et il s'écrasa lourdement sur le sol. La jeune femme regardait sa fille avec effroi. Ses yeux semblaient vouloir s'échapper de leurs orbites. Elle ne pouvait s'empêcher de la fixer, sans y voir ce qu'elle cherchait. Ses traits étaient paralysés, son esprit figé, et la petite continuait de pleurer.
Ce ne fut que lorsque Raya essaya de se relever que Kim réagit. Elle la prit fermement dans ses bras, et dévala les escaliers aussi vite qu'elle put. Raya était ballottée dans tous les sens, mais s'en rendait à peine compte. Le visage de sa mère et de ses yeux incrédules était resté imprimé dans son esprit. Maintenant, elle était sûre que quelque chose n'allait pas bien du tout, et que sa s½ur, sa tante et son père ne rentreraient pas dans cinq minutes. Et la douleur dans son bras reprit, plus forte que jamais.

***

Raya avait fini de pleurer, elle était trop épuisée pour continuer, après toutes ces heures passées à faire les cents pas et à attendre. Maintenant, c'était sa mère qui pleurait, et Raya avait l'impression de ne jamais mettre assez de force dans ses câlins pour la réconforter. Elle se tenait à ses épaules du mieux qu'elle le pouvait, tandis que Kim cachait son visage dans le cou de la petite, lui murmurant des paroles réconfortantes dont Raya n'avait plus besoin. Si elle les répétait, c'était pour elle-même. Et une question revenait sans cesse: comment Raya avait pu le sentir, le deviner? Elle le savait, Raya le savait, Kim n'arrêtait pas de se le répéter, et de le lui répéter. Raya avait senti que Rose, Ville et Luna ne reviendraient pas à la maison. Leur voiture en avait percuté une autre de plein fouet. Et Kim continuait de marcher, nerveusement. Ses larmes coulaient en silence, mais il en aurait certainement été autrement si Raya n'avait pas été là. Elle se taisait, et elle tenait le coup, pour elle. Mais la fatigue et l'attente commençaient à lui peser, lorsqu'un son familier l'interpella.
Un rire. Un rire aigu, frêle et mélodieux. Luna. Elle l'aurait reconnu à des kilomètres. Ville tenait Luna dans ses bras et la faisait rire pour détendre l'atmosphère, et lui faire oublier les heures qui venaient de s'écouler. S'ils n'avaient pas été une fois de plus à l'hôpital, Kim aurait pu croire, en les voyant ainsi, que tout était normal. Mais ce ne l'était pas. Ville posa Luna sur le sol et Kim courut vers elle pour la prendre dans ses bras. Elle essaya de ne pas pleurer enlaçant ses deux filles. Leur père les regarda presque amusé, même s'il ne voulait pas prendre l'inquiétude de Kim à la légère. L'accident aurait pu être beaucoup plus grave, il le savait, mais tant que personne n'avait rien, il s'en fichait, il n'y pensait pas, il ne voulait surtout pas penser qu'il pouvait perdre qui que ce soit, pas maintenant. Ils étaient beaucoup trop heureux pour que Ville gâche tout en pensant à des choses pareilles. Luna n'avait qu'un bras cassé, et son père faisait tout pour dédramatiser et le lui faire oublier.

Kim se releva finalement et se tourna vers Ville. La main du jeune homme effleura ses joues pour sécher ses larmes, et elle ne pleura plus. Il n'avait rien, Luna n'avait qu'un bras cassé dont elle ne se plaignait même pas maintenant qu'elle avait retrouvé Raya, et Rose devrait rester quelques jours à l'hôpital, mais quelques côtes cassées n'étaient pas suffisantes pour la voir se plaindre. La s½ur de Kim lui expliqua simplement ce qui s'était passé quelques heures plus tôt, calmement, mais Kim l'écoutait à peine. Elle était occupée à regarder un ballet étrange de l'autre côté de la fenêtre, dans la cour de l'hôpital. Le service de sécurité était occupé à empêcher quelques personnes de passer. Elle comprit tout de suite de qui il s'agissait.

Qui était dans la voiture en face ? Personne ne me l'a dit... demanda-t-elle d'un ton sec.

De toute façon, elle s'en doutait, alors autant ne pas lui mentir.

Des paparazzi, répondit Rose. Ils sont partout où les filles sont, ils essaient d'avoir ce que vous ne voulez pas leur donner...

Kim eut la confirmation qu'elle attendait, et elle frissonna. Jusqu'où irait-ils, simplement pour une photo volée et pour lui pourrir un peu plus la vie ? Et surtout comment pouvaient-ils savoir où ils allaient ? Si l'accident avait été plus grave, si elle y avait perdu quelqu'un...sa fille, son compagnon, sa s½ur... cette idée la rendrait folle si elle y pensait. Elle continua d'observer la scène dehors, jusqu'à ce qu'elle remarque quelqu'un un peu plus en retrait. Son regard se posa sur cette silhouette familière. Voilà comment ils étaient au courant de leurs moindres mouvements...cet homme, appuyé contre le portail d'entrée de l'hôpital, c'était Stan.

# Posté le dimanche 13 septembre 2009 14:07

Modifié le dimanche 20 septembre 2009 08:45

Chapitre 41


Another hero - another mindless crime.
Behind the curtain, in the pantomime.
Hold the line!
Does anybody want to take it anymore?
The Show must go on!
The Show must go on!
Inside my heart is breaking,
My make-up may be flaking,
But my smile, still, stays on!
(Queen – Show must go on)


Kim faisait les cents pas, tant bien que mal, dans la petite loge du groupe. Bien que fatiguée, le stress était plus fort et elle devait faire quelque chose, bouger, être active. Seulement la chanteuse n'avait rien trouvé d'autre à faire que d'arpenter la loge de long en large, quitte à s'épuiser encore plus. A peine fut-il entré que l'état de Kim inquiéta John.

- Assieds-toi Kim, et détend toi. Tu as l'air épuisée, tu es sûre que ça va ?

Elle s'installa sur le canapé brutalement, comme si la présence du batteur la perturbait encore plus. Il la fixa, attendant une réponse. Son visage était plus pâle que d'habitude, des cernes profondes se dessinaient sous ses yeux et ses mains tremblaient. Tous ces détails trahissaient quelque chose que John voulait découvrir. Kim s'apprêtait à répondre à sa question quand elle fut prise d'une violente quinte de toux. Elle ne pouvait plus lui mentir, pour le coup.

- Un rhume, comme d'habitude. Pas de quoi s'inquiéter, j'ai juste mal dormi cette nuit.
- On ne tousse pas comme ça quand on a un simple rhume, Kim. Tu es sûre de pouvoir jouer ?

Une fois de plus, John attendit sa réponse. La façon qu'elle avait de prendre sa tête dans ses mains n'annonçait rien de bon.

- Il y a autre chose, tu ne stresses pas pour le concert...

Kim se demandait comment ils faisaient, John et les autres, pour toujours deviner qu'il y avait autre chose que le concert, autre chose que toutes les excuses qu'elle pouvait trouver. Ne rien pouvoir cacher l'énervait, mais c'était aussi la raison de son inquiétude. Depuis l'accident, elle se sentait suivie, mais pas seulement elle. Ses filles aussi, et c'était ça qui l'effrayait le plus. Et pas seulement ça... Stan aussi. La vision qu'elle avait eu à l'hôpital, Stan se tenant là, au milieu de la foule. Elle n'avait vu que lui, et continuait de le voir, d'y penser, sans cesse, en se demandant ce qu'il planifiait.

- J'ai peur John, j'ai si peur. Vu ce qui est déjà arrivé, qui sait jusqu'où il peut aller, et ce qu'il peut se passer ensuite ? se demanda-t-elle.
- Arrête Kim, il ne te fera rien. Il n'a pas le droit de s'approcher de toi et de ta famille, et il serait stupide de le faire, crois-moi. Je te donne ma parole qu'il ne te fera rien, et je suis prêt à m'occuper de lui s'il le faut. Il nous a assez pourri la vie et le groupe comme ça.

John n'était pas sûr que ses mots avaient rassuré la jeune femme, mais il les pensait, et il ne savait pas quoi dire de plus. Il voyait que la peur la rongeaient, toutes ces marques de fatigue sur son visage le montraient. Et elle couvait quelque chose, elle aurait dû se reposer. John porta la main au front de Kim pour s'en assurer. Elle l'attrapa au vol et la repoussa, agacée que l'on s'occupe et que l'on doute d'elle de cette manière.

- Je veux jouer, annonça-t-elle fermement
.

***

Enfin le dernier morceau, Zerospace, qu'ils avaient décidé de jouer pour clôturer chaque concerts de cette tournée. Kim avait donné ce qu'elle pouvait. La musique lui avait certes fait oublier son angoisse, mais elle ne pouvait pas lutter contre les limites de son corps. La fin du concert fût donc la bienvenue, même s'il n'y avait rien que la chanteuse aimait plus que de voir les yeux de Raya et Luna briller d'admiration, à chaque fois qu'elle jetait un regard vers le côté de la scène. Elles étaient toujours là, à lui sourire, aux côtés de leur père. Kim leur rendit ce sourire, et annonça la chanson. Elle fit de son mieux, pour finir le concert mieux qu'il n'avait commencé, et savoir que bientôt elle pourrait aller se détendre l'aida. La chanteuse se sentait mieux rien qu'à cette idée et cela se ressentait sur sa voix, ses mouvements, son attitude. Kim pouvait voir à quel point le public appréciait et profitait, sachant qu'eux aussi devraient bientôt partir.
In the middle I stay in place...
Elle les regardait chanter au son de sa voix, bouger au son de la musique qu'elle avait composée.
Skip or trip at Zerospace
Le public semblait bouger de plus en plus vite, en désordre, en tout sens, de façon confuse et désordonnée, ne suivant plus le rythme qui n'avait pourtant pas accéléré. Kim ferma les yeux un instant.
I met a fellow Zero ... and we were one and all was clearer...
La chanteuse les rouvrit pour voir que Raya, Luna et Ville étaient toujours là, à suivre ses moindres mouvements. Le concert avait était rempli de tout ces regards discrets, de tout ces petits signes entre deux lignes de chant. Un sourire en coin, et Kim reporta son attention sur la foule.
Skip or trip the space or fake in this...
Cette fois, elle pouvait entendre le public, mais pas le voir. Les projecteurs étaient trop forts, éblouissants. Mais même si la salle eut été vide, Kim aurait continué à chanter.
And I'm floating high...
Elle recula de quelques pas, et ferma les yeux pour ne plus être éblouie par les lumières de la scène. Kim se concentra sur sa voix, sur les notes, sur cet ensemble qui réussissait à transporter tout ces gens, ensemble, ailleurs et au même instant.
La jeune femme rouvrit les yeux. Les lumières étaient toujours devant ses yeux, les couleurs se mélangeaient et se déplaçaient. Elles dansaient à la place du public. Ville et les fillettes n'étaient plus là. La musique et le chant non plus. Kim s'effondra.
But I'm always down...

***

Il y eut de longues minutes, interminables, comme si le temps s'était suspendu, avant que tout le monde ne réalise ce qu'il se passait. Le bruit lourd et assourdissant du micro jeté au sol alerta immédiatement Jukka. Le guitariste arrêta instantanément de jouer, comme rendu sourd par le son et le larsen dans son oreillette. Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver la source du problème. Il fut le premier à réagir, sans réfléchir, n'écoutant que son instinct et cette montée d'adrénaline qui ne lui disait qu'une seule chose : que la situation était grave, et qu'il fallait la prendre en main. Sa guitare vola vers les coulisses et vint s'écraser quelques mètres plus loin, provoquant un second choc. En quelques secondes il était sorti de scène, portant Kim dans ses bras.
Le seul son audible dans la salle était maintenant le brouhaha des conversations, des interrogations des gens dans la salle. Personne ne savait ce qu'il se passait réellement, aucun des musiciens n'était sur scène. Du public aux coulisses, l'unique question était : qu'est-ce que Kim avait ?

Ville ne les écoutait que d'une oreille, poussant littéralement les gens qui se mettaient en travers de son chemin pour le lui demander. Si la salle n'avait pas été comble, il aurait couru pour la traverser. Autour de lui les gens défilaient, ils n'avaient pas de nom et pas de visage, même s'ils les connaissaient, il les ignorait, ne suivant que son chemin vers les coulisses. Le jeune homme entra en trombe dans la loge du groupe et fondit sur Kim. Ville entendait vaguement Mike appeler les urgences, John demander aux gens de sortir et de dire à la foule de ne pas s'inquiéter. Tout le monde allait et venait, s'agitait dans son dos. Il ne voyait que Kim, allongée et inconsciente face à lui. Ville lui prit la main, et essaya de lui parler, de l'appeler, doucement, comme lorsqu'il voulait la tirer de son sommeil. Sa respiration était difficile et faible, le jeune homme se rapprocha un peu plus, lui parla un peu plus bas. Nerveusement, il lui serrait la main, répétait son prénom, aussi bien pour la réveiller que pour se rassurer. Le reste de la pièce s'agitait mais pour lui rien ne bougeait.
Soudain, quelque chose tira sur sa manche, d'abord tout doucement puis avec un peu plus d'insistance. Ville sortit enfin de sa torpeur et vit sa fille lui lancer un regard interrogateur.

- Pas maintenant, Raya, lui souffla-t-il.

La fillette était perdue au milieu de ce monde de grandes personnes qui couraient dans tous les sens, qu'elle entendait parler de sa mère alors qu'elle ne pouvait pas la voir, qui discutaient mais qui ne lui expliquaient rien. Et son père était parti, comme ça, en la laissant en plan avec Luna. Il n'y avait personne pour s'occuper d'elle, alors elle insista.

- Pas maintenant ! cria-t-il avec fermeté, presque en la poussant.

Raya n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit, bien qu'elle eut voulu pleurer. Quelqu'un la tira par la manche à son tour et la déstabilisa. Luna la fit sortir de la pièce.
Ville ne réalisa pas la dureté de son acte, il ne réalisait plus rien. Mais son cri avait fini par réveiller Kim. La jeune femme ouvrit lentement, difficilement les yeux, de petits yeux, à peine entre-ouverts, qui tombèrent sur Raya. Elle voulut lui parler, lui demander de venir. Mais la fillette s'éloignait le plus en plus, comme si elle disparaissait, et les mots se noyèrent dans la gorge de Kim. La seule chose qui en sortit fut une violente toux et de profonds râles qui faisaient trembler tout son corps. Tout ce dont elle était capable, c'était de s'agripper à Ville aussi fort que lui le faisait, jusqu'à ce qu'elle soit calmée.

# Posté le jeudi 08 octobre 2009 17:39

Chapitre 42

She Waits
She's a time bomb, with her vibe on
She's gonna use it and surprise them
She's a time bomb, with her vibe on
They'll never know where she got her weapon.
They really don't believe her
She keeps it all a secret
(Kidneythieves - Arsenal)


Un légère brise venant de la mer rafraîchissait cette fin de journée étouffante. Le soleil se couchait au loin, et l'on entendait que le bruit du vent dans les arbres aux alentours et le souffle régulier de Raya. Elle était recroquevillée contre son père, profondément endormie. Ses cheveux noirs étaient en bataille sous les mains de Ville qui les caressait doucement. Ses petits yeux étaient fermés et ses longs cils venaient s'étirer délicatement sur ses joues roses. Le vent jouait avec sa petite robe blanche, ce qui la faisait parfois sursauter et gémir dans son sommeil. Son père continuait à lui caresser les cheveux, il la réchauffait quand elle frissonnait et son regard se perdait dans le paysage au loin, songeur. Parfois, il s'attardait sur sa fille, attendri. Cela faisait bien une heure qu'il était là, allongé sur une chaise longue du balcon, sentant le petit corps de Raya, si fragile, contre le sien.
Kim vint le rejoindre, troublant ses pensées. La jeune femme vint s'assoir près de lui, sur l'accoudoir de la chaise à côté. Elle jeta elle aussi un ½il au spectacle sous leurs yeux, puis elle se tourna vers Ville et Raya. La présence de la petite n'était pas innocente.

- Tu t'en veux ? Demanda Kim à Ville.
- Oui... Il fit une longue pause, pour réaliser que ce sentiment de culpabilité était encore là. Je me rends compte que j'ai peur que quelqu'un leur fasse du mal, mais au final c'est moi qui fait du mal à mes propres enfants.
- Elle t'a déjà pardonné, tu sais.


Kim se doutait bien que Ville se sentait mal. Une partie d'elle comprenait, mais elle ne pouvait pas l'excuser aussi facilement qu'une enfant de quatre ans à qui la situation échappait.


- Écoute, reprit-elle, hésitante. Je sais que tu t'inquiétais pour moi, mais moi je ne compte pas Ville. Elles sont au dessus de tout maintenant. Nos filles passent avant tout. Même si j'avais été en train de mourir à cet instant, c'est elles qui doivent passer avant tout. Si ta fille te réclame, tu dois y aller Ville, tu ne peux pas les laisser comme tu l'as fait. Nous ne sommes plus que nous deux maintenant, elles sont là aussi, et Raya et Luna comptent plus que tout le reste.

Kim ne le réprimandait pas, elle lui avait expliqué tout cela calmement, avec le recul qu'elle avait eu le temps de prendre, maintenant qu'elle allait mieux. Ville comprenait, mais il n'avait pas réalisé à quel point il avait pu être égoïste, et surtout à quel point sa relation avec Kim était toujours aussi fusionnelle... jusqu'à cet instant où il l'avait vu s'effondrer sur scène. Dès lors, tout ce qu'il voulait c'était réparer la peine qu'il avait causé à Raya, lui faire oublier la peur qu'elle avait pu ressentir et ce sentiment de rejet. Tout avait été si vite, tout était encore si confus dans sa mémoire, mais il ne retenait que le fait que Kim allait mieux, et que la tournée pouvait continuer. Leur petite vie et leur bonheur était revenu, comme avant.

***

Contrairement aux jours passés, la chaleur n'était pas suffocante. Un jour parfait pour passer la journée dehors. Toute la petite famille était donc dans le jardin, et Luna ne laissait pas une minute de répit à Ville. Elle courrait dans tous les sens, pour le simple plaisir de voir qu'il se fatiguait très vite et ne pouvait pas l'attraper. A chaque fois que son père s'arrêtait, la petite fille en profitait pour le couvrir d'autant d'herbe que ses petites mains pouvaient contenir. Ville finit par l'attraper pour la porter, de façon à ce qu'elle ne puisse plus bouger et qu'il puisse enfin se venger. Raya vint immédiatement à son secours, laissant sa mère seule à côté de la piscine. Le chanteur n'eut d'autre choix que de capituler sous ses assaillantes, en voyant que Kim ne faisait que rire de lui au lieu de l'aider. Ses cheveux et ses vêtements furent couverts d'herbe en moins de deux minutes. Il fut soulagé lorsque Rose apparut, chargée de quelques courses et du courrier. Raya et Luna lâchèrent presque aussitôt leur père pour se jeter sur leur tante et lui faire subir le même sort. Cette fois, Kim consentit à aider la pauvre victime en la débarrassant, mais affirma ironiquement qu'en bonne mère elle ne pouvait s'opposer à ses enfants. Elle emmena tout ça à l'intérieur, suivie de près par Rose qui arriva à se défaire des deux petites.
Kim s'installa au secrétaire pour survoler le courrier, et tomba sur une lettre qui lui était adressée. Elle savait ce qu'elle contenait mais n'était pas sûre de vouloir l'ouvrir. Rose entra et referma la porte derrière elle pour filer dans la cuisine. La vaste salle à manger était silencieuse. Aucun son de l'extérieur n'y parvenait. Kim était seule face à cette lettre, plongée dans le silence. Seule avec elle même. Une grande inspiration, puis elle ouvrit l'enveloppe. Ses yeux se perdirent sur la page, entre les lettres et les chiffres. En bas à droite se trouvait l'information essentielle, noir sur blanc, mais cela lui sauta tout de même aux yeux. Elle essaya de fixer son regard encore un instant sur ce mot, pour être certaine de ce qu'il signifiait. Kim saisit enfin son sens, et toutes ses conséquences. Son c½ur eut un raté, sa respiration se coupa pour une fraction de seconde. L'instant précédent elle riait, maintenant elle s'étouffait. Son souffle lui revint en un bruit sourd, mais son équilibre la quitta. La jeune femme se rattrapa à la chaise près d'elle en la faisant racler sur le plancher.
Rose sortit de la cuisine et trouva sa s½ur paniquée, à demi-effondrée sur le sol, le regard perdu et cette lettre toujours dans la main. Elle se précipita pour l'aider.

- Kim ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

Elle n'eut aucune réponse. Cette dernière avait toujours le regard perdu, hagard, ne fixant rien, comme inconsciente, déconnectée. Puis elle se mit à trembler de toute son être. Rose essayait de garder son calme. Que pouvait-il bien se passer ? Le bruit de la feuille que Kim froissait dans sa main droite l'alerta. Elle saisit le papier et alors elle comprit. Ses analyses médicales, après évanouissement lors du dernier concert. Rose ne pouvait pas non plus croire ce qu'elle lisait. Son visage se déforma, en un mélange de surprise et de douleur. Ses yeux interrogeait sa grande s½ur, pour savoir ci tout ça était vrai. Rose secoua Kim qui revint à elle.

- Kim ? Qu'est-ce que... ?


Cette fois, la chanteuse avait repris ses esprits et secoua sa s½ur à son tour, ses deux mains agrippant fermement ses épaules.

- Ce n'est rien, tu m'entends. Rien.


Comment pouvait-elle dire ça ? « Rien ». Tout était écrit clairement sur ce papier. Non, ce n'était pas rien. Rose resta bouche bée, puis se reprit quand Kim se mit à pleurer. Elle aussi savait bien que ce n'était pas « rien ». Les larmes coulaient silencieusement sur les joues de l'aînée qui se tenait toujours à la plus jeune, agenouillée devant elle dans un état de choc. Des éclats de rire leur parvinrent de l'extérieur, pour les sortir brutalement de leur torpeur. Rose et Kim regardèrent vers la baie vitrée au même moment. Luna et Ville. La petite riait à gorge déployée et Ville affichait un grand sourire, puis ils s'éloignèrent vers le jardin. Ils n'avaient pas vu les deux jeunes femmes à l'intérieur. Kim fixa encore la porte alors qu'ils étaient partis. Elle retenait son souffle, puis se tourna vers Rose. Le rire de sa fille raisonnait dans son esprit. Cette vision de bonheur... ce bonheur même qu'ils partageaient il y a une minute encore. Tout cela venait de voler en éclats, en une fraction de seconde. Kim éclata en sanglot, tirant sa s½ur vers elle pour la prendre dans ses bras. Qu'avait-elle fait, se demanda-t-elle, pour mériter cela ? Qu'avait-elle fait ? Elle allait détruire tout ce qu'elle avait construit. Elle allait détruire son bonheur et sa famille. Et surtout, elle allait détruire Ville, lui qui n'avait rien demandé. Après tout ce qu'ils avaient vécu, il fallait encore qu'il souffre, par sa faute. Kim refusa cette idée. Elle froissa un peu plus le papier dans sa main avant de tendre le bras pour le dissimuler dans un tiroir. Si elles parlaient, tout s'effondrerait.

- Rien ne s'est produit, Rose. Il ne faut rien dire, c'est un secret. C'est un secret, tu m'entends ? Personne ne doit savoir, personne
, répéta-t-elle d'une voix presque délirante.

Rose acquiesça, et dut partager ce secret si lourd.


***

Pendant des jours, puis des semaines, ce tiroir resta fermé. Kim tentait de l'oublier, de l'ignorer. Elle faisait comme si rien ne s'était produit. Bien sûr, elle avait dû retourner voir des médecins. Mais elle n'en dit pas un mot. Puis elle obtint un traitement. Elle mentit sur la raison de ce traitement. Ville ne s'inquiéta pas plus que cela, tant il était occupé à être heureux et surtout à la croire aveuglément. Au fond, il ne voulait pas s'inquiéter. Pour une fois, la jeune femme essayait de n'avoir aucun scrupule à lui mentir, mais c'était plus fort qu'elle. Souvent, elle se retournait des heures et des heures dans son lit, sans pouvoir dormir. Elle se rassurait en se disant que c'était pour les préserver, Ville et leurs filles. Mais ce soir là, rien ne fonctionna. Le sommeil ne venait pas. A côté d'elle, Ville était profondément endormi. Même sa respiration n'avait pas réussi à bercer Kim, contrairement à son habitude. Elle se retourna pour le regarder et détourner sa pensée de tout ces problèmes. Sa tête s'enfonçait dans l'oreiller. Ses cheveux bouclés étaient impeccablement rassemblés dans son cou, comme si les mouvements de la nuit ne les avaient jamais emmêles. La lumière pâle de la lune qui réussissait à pénétrer par le store illuminait son visage, l'inondant d'une couleur pâle et accentuant le sentiment d'apaisement qu'il reflétait. Elle s'arrêta sur son épaule qui se soulevait lentement au rythme de sa respiration, alors qu'il était allongé sur le côté. Ses lèvres entre-ouvertes étaient ce qu'elle préférait. Cela lui donnait un air enfantin, et surtout envie de l'embrasser. Mais Kim préféra le laisser dormir et se retourna, ce qui le réveilla. Ville tendit le bras pour saisir son épaule et l'empêcher de lui tourner le dos complètement. Il avait senti qu'elle ne dormait pas depuis plusieurs nuits déjà, sans savoir exactement pendant combien de temps la jeune femme restait éveillée. Il lui demanda ce qui n'allait pas. Elle ne répondit pas, alors il insista.

- J'ai quelque chose à te demander,
annonça-t-elle la gorge serrée.
- Vas-y, si ça peut t'aider à te détendre.

Kim se mit assise dans le lit, pour se donner du courage, et mieux voir sa réaction. Elle ne se sentait pas prête à le lui dire, pas maintenant, mais elle avait autre chose en tête.

- Est-ce que... Elle hésita, puis se ravisa. Poser une question ne lui convenait pas. Ville... Je veux me marier, épouse-moi.

La fin était sortie d'un trait, précipitée. Ville ouvrit finalement les yeux. De grands yeux, exorbités, qu'elle pouvait voir clairement malgré la faible lumière. Il se releva même un peu, saisi de surprise. Le jeune homme prit sa respiration, puis ouvrit la bouche pour parler mais... Les mots ne vinrent pas. A la place, il éclata de rire.


- Kim, tu te fous de moi, là ? Tu dis toujours que le mariage ne sert à rien, et que de toute façon ça finit mal. Tu as même engueulé ton frère quand tu as su qu'il était marié ! Toi, te marier ? Nous ? Impossible.


Il riait toujours, jusqu'au moment il se rendit compte que les traits de Kim étaient complètement figés. Elle ne riait pas. Vexée, elle se recoucha immédiatement, en lui tournant ostensiblement le dos et en dissimulant sa tête sous les couvertures. Jamais elle n'aurait pensé qu'il réagirait ainsi, même s'il disait vrai, et même si elle ne pouvait pas lui expliquer les raisons qui la poussait à le lui demander. Malgré tout, Kim était en colère et essayait de se contenir. Pour cette nuit, il ne fallait pas espérer dormir.
Ville se rendit cependant vaguement compte de sa bêtise, sans pour autant la prendre vraiment au sérieux. Il se pencha vers elle et secoua doucement son épaule.


- Attends, tu étais sérieuse là ?
Chapitre 42

# Posté le jeudi 22 octobre 2009 11:33