Chapitre 33

" If you want to save her
First you have to save yourself
If you want to free her from the hurt
Don't do it with your pain

(HIM – Circle Of Fear)

Kim s'installa enfin dans l'avion, essayant de se reposer, malgré son esprit tourmenté. Elle ne comprenait pas le jeu de Ville, peu importe les raisons qu'elle pouvait s'imaginer, aucune ne lui semblait valable. Pourquoi était-il assis à côté d'elle sur ce vol pour Los Angeles ? Il avait prévu tout cela. Elle le savait, mais pourquoi ? Le jeune homme était installé calmement à ses côtés, semblant détendu, faisant preuve d'un grand contrôle et surtout d'ignorance bien dosée... Elle ne pouvait le supporter.
"Je ne vois pas pourquoi tu prends la peine de m'accompagner si tu m'ignores... Je pouvais faire le voyage seule. Pourquoi tu fais tout ça ?"
Il continuait à avoir les yeux rivés sur son livre. Il finit sa page, puis la tourna, lentement. Ville répondit enfin à Kim, sans même la regarder :
"Je le fais pour nous, et peut-être aussi pour voir jusqu'où tu peux aller... Te tenir devant moi alors que tu m'as trompé est bien trop facile, Kim. Se tenir ainsi devant le reste du monde est bien plus difficile...j'ai hâte de savoir quel rôle tu vas jouer cette fois."
Il lui fit ressentir toute sa ranc½ur simplement au son de sa voix. Le jeune homme n'avait pas eu l'intention de la laisser s'en aller, seulement de la faire souffrir, comme lui souffrait. Comme une sorte de vengeance, pour rétablir l'ordre des choses. Ayant compris ceci des quelques mots qu'ils venaient d'échanger, Kim ne chercha pas à en savoir plus. Elle n'eut pas la force de lui demander ce qu'ils allaient faire à Los Angeles, et s'ils en reviendraient, ensemble ou non. Elle se dit simplement que puisqu'il voulait la faire souffrir, si cela pouvait l'aider, alors qu'il le fasse, elle subirait. Elle attendrait simplement que sa colère et que la douleur passe, comme toujours. Que pouvait-elle bien faire d'autre ?

***

Jukka, Mike et John arrivèrent à l'entrée de l'immense salle de spectacle pour se prêter aux objectifs des photographes et aux yeux des fans qui les attendaient sur le tapis rouge. John ne voyait pas d'inconvénient à être présent à une cérémonie de remise de prix si sa présence était requise, Jukka y voyait une occasion de plus de faire partie du spectacle et amuser la galerie, tandis que Mike détestait ce genre d'événement. Et il n'était pas le seul, une des raisons de l'absence du quatrième membre d'Enema. Les trois hommes devaient donc représenter le groupe à eux seuls. Le tableau était saisissant : Jukka essayait de se faire aussi carré que John alors que celui-ci lui tapotait doucement le haut de la tête de façon moqueuse. Mike se tenait simplement à côté d'eux, les regardant avec un large sourire un instant, puis balayant la foule ensuite. Deux silhouettes familières apparurent au bout du tapis et s'approchaient d'eux. Le bassiste se pencha vers le guitariste et essaya de lui en faire part au creux de l'oreille, mais le bruit, les cris et les flashs tout autour (d'eux) l'empêchèrent de saisir l'information. Mike donna alors une tape sur l'épaule aux deux hommes et indiqua la direction dans laquelle ils devaient regarder d'un mouvement de tête. Les musiciens fixèrent bouche bée, avant que Jukka ne flanque à ses deux compères un coup de coude bien senti. Essayer de ne pas paraître trop surpris était le message. C'était aussi le message que renvoyait les yeux de Kim, d'un simple regard. Elle ne savait pas ce qu'elle venait faire ici, elle n'en avait aucune envie, mais visiblement, Ville pensait le contraire. La jeune femme prit presque naturellement sa place entre les trois musiciens et le chanteur, avant que deux fois plus de journalistes ne s'approchent du petit groupe. La présence de Kim et Ville étaient une grosse surprise pour bien plus que les musiciens, et tout tournait autour d'eux à l'instant même où ils posèrent un pied hors de la voiture. Surprenant pour beaucoup, mais apparemment pas pour le jeune homme. Ville savait ce qu'il faisait, semblait à l'aise, restait aux côtés de Kim et souriait. Il se prêtait au jeu au même titre que Jukka, Mike ou John. Elle n'avait d'autre choix que de poser elle aussi, d'afficher un sourire et d'entrer pour continuer la soirée. Ils étaient là, tous les cinq, l'un à côté de l'autre. Jukka et Mike avaient maintenant les bras passés autour des épaules l'un de l'autre et s'amusaient à mélanger leurs cheveux blonds. Ils ressemblaient presque à des frères : les mêmes cheveux blonds mal coiffés, les mêmes baggys trop bas, les mêmes pulls ou t-shirts tels des panneaux publicitaires pour des groupes de tous horizons. John se tenait simplement un peu derrière Kim, bien plus grand qu'elle, comme son ombre, avec ses vêtements noirs, assez simples pour une fois. Il se confondait presque avec elle, portant un tailleur-pantalon noir et une chemise blanche ouverte. Ses cheveux étaient attachés. Elle était sobre, mais élégante. Ville lui correspondait presque en tout point. Il la tenait contre lui, regardant les flashs crépiter. Tout semblait normal, chacun était lui-même et faisait ce qu'il avait à faire...en apparence. Un flash se fit plus fort et plus proche que les autres. Juste au moment où Kim était en train de chercher Ville des yeux, cherchant un contact, quelque chose la rassurant. Mais son regard s'était perdu, tout comme elle l'était au milieu de cette foule. Elle tourna la tête et vit que Jim était à l'origine de cet élément perturbateur. Il n'y avait que lui pour saisir le bon instant, le détail révélateur, et plus particulièrement chez sa s½ur.
« Les apparences sont trompeuses...mais pas pour tout le monde... »
Jim lui avait lancé ces quelques mots à l'oreille avant de s'éloigner et de se perdre dans la foule. Kim s'en moquait bien, son frère était le dernier de ses soucis. Les autres essayaient de ne pas montrer leur étonnement. Seul Ville se demandait ce que Jim pouvait bien savoir, et ce qu'il pourrait raconter. Ils continuèrent leur chemin, jusqu'à disparaître dans la salle. Bien des choses avaient du être changée à la dernière minute pour Kim et Ville, mais ils eurent finalement un siège avec le reste du groupe. Mais aussi avec Jim.
« Cette mascarade est ridicule, qu'est ce que vous venez chercher ici ? Lequel a forcé l'autre ? Je pensais que vous aviez mieux à faire que de vous exhiber dans ce genre de soirées « pompeuses », comme le dit si bien Kim. Mais apparemment, non... »
Ni Ville ni Kim ne prirent la peine de lui répondre, personne n'osait réellement poser de question. Et Jim n'avait rien vu, pensait sa s½ur.

Elle se leva avec le reste du groupe lorsque le nom d'Enema fut nommé pour une récompense. Ils montèrent sur scène recevoir le prix. Aucun des trois hommes n'osa s'approcher du micro pour les remerciements. Ils laissèrent la place à la chanteuse, sans trop savoir à quoi s'attendre, sachant seulement que si elle était là, il y avait une raison. La jeune femme s'approcha difficilement. Les mots ne venaient pas. C'était comme si elle n'avait rien à dire, pourtant elle avait tellement de choses sur le c½ur. La peur des mots mal choisis se faisait aussi ressentir. Kim se tenait là, devant toute cette foule qui attendait quelques mots. Un merci aurait suffit, mais il ne vint pas. John lut dans ses yeux, comprit qu'il lui fallait plus de courage qu'il ne paraissait. Il glissa discrètement sa main dans la sienne, et la serra, sa façon à lui de la soutenir. Et les mots vinrent enfin, spontanément, devant tout ces gens, mais surtout devant une personne :
« Pendant notre voyage, tu m'as demandé si j'oserais me tenir face au monde, avec ma tromperie, comme j'avais osé le faire face à toi. Alors ce soir je le fais, et en demandant pardon. Me tenir face au monde entier est facile, tellement plus facile que de me tenir devant toi si je t'ai blessé, car je ne supporte plus de voir ceux autour de moi souffrir. Surtout toi. Depuis que je t'ai rencontré, j'ai désiré plus que tout la paix, le repos, loin du monde et de l'agitation, loin de la vie que j'avais mené jusqu'alors, et partager tout cela avec toi. C'était notre idéal, nous ne voulions que peu...si peu. Nous n'avons obtenu que le contraire. L'attente, la douleur, l'impuissance, le battage médiatique...la mort. Je sais que tu ne voulais pas cela, qu'il fallait sauver les apparences, tu voulais encore espérer. Alors je ne peux que te donner cette chanson. Je l'ai écrite pour nous, avec toi. Il ne me reste que cela et je souhaite simplement que tu l'entendras. ».
Personne ne s'y attendait, mais elle avait réussi à avoir un piano, quelqu'un au violoncelle, une basse et une guitare. Si peu pour une chanson qui avait tant de sens pour elle malgré tout. Un seul regard et Jukka et Mike savaient qu'ils devaient l'accompagner. Ils s'assirent et les premières notes de Serene Dream raisonnèrent. Ses doigts parcouraient le piano pour produire des notes qu'elle connaissait si bien. Ses yeux étaient fermés pour les ressentir plus intensément. Elle revoyait tous ces instants passés avec Ville ces derniers mois à Helsinki, leurs sourires, leurs moments de tendresse, leurs étranges discussions à propos du prénom de leur futur enfant, le jour où elle avait écrit ce morceau et toutes les attentes qu'il portait... Sa voix vacillait parfois d'émotion, se faisait plus douce et basse parfois. Sa peau frissonnait au fil des souvenirs, pendant que le morceau gagnait en intensité. Elle joua ses dernières notes de piano, laissa mourir la dernière note de sa voix. Puis elle ouvrit les yeux, et vit que Ville n'était plus là.

***

« Tu es pire qu'un enfant, Kim ! » lança Jim alors que sa s½ur venait de passer devant lui et entrer dans la maison sans même leur adresser un mot, à lui et à Hazel.
« Pour ce que tu en as à faire... » répondit-elle doucement. Jim l'entendit et se leva, en soupirant et jetant son journal de côté. Il trouva ses deux s½urs dans le salon. Rose lisait alors que Kim n'avait visiblement envie de rien.
« Très bien, Kim, commença son frère. Dis moi ce que tu me reproches et que l'on en finisse avec ça !
_Je ne suis pas sûre que tu veuilles l'entendre...
_Mais puisque je te le demande ! Ca a à voir avec une certaine visite à Helsinki, je suppose ?
_Je formulerais plutôt ça comme « Aider sa s½ur qui en a besoin, l'écouter, la rassurer, la conseiller », mais sinon c'est à peu près ça, oui.
»
Son ton sec le sidéra, tout comme ce genre de reproches. Il s'était excusé, certes pas très finement mais il n'avait eu aucune envie de se déplacer pour une chose à laquelle il ne pouvait rien.
« Je ne pouvais pas venir, Kim ! Tu aurais du le comprendre, mais je crois que ça n'est pas le cas. Et puis que voulais tu que je vienne te dire ? Que voulais tu que je fasse ? Je suis aussi impuissant que toi dans cette histoire !
_Une simple présence aurait suffit !
s'écria-t-elle. Mais tu n'es pas venu, ce qui n'est pas du tout du genre de Jim que je connais ! Tu n'as pas pris la peine de m'écouter, comment peux-tu savoir si tu n'as rien à me dire ? »

Jim pensa un instant qu'elle avait raison sur ce dernier point. Il hésita, mais continua quand même :
« Tu veux vraiment de mes conseils ? Tu veux vraiment savoir ce que je pense de tout cela ?
_Vas-y quand même, au point où j'en suis...
»

Le jeune homme hésita un peu plus. Il fit quelques tours dans la pièce pour réfléchir clairement à ce qu'il allait dire, puis se lança :
« Tu veux réellement enlever la vie à ces enfants ? Si tu penses que c'est la seule chose à faire, si tu es convaincue au fond de toi et si tu as les preuves irréfutables qu'il n'y a que cette possibilité, alors va au bout. Il faut le consentement de Ville ? Tu peux t'en passer. Traîne le en justice, fais-lui un procès. Si tu sais que tu peux gagner, alors fais-le, car c'est l'unique solution. Mais souviens-toi, Kim, du jour où tu es venue me trouver pour me dire que tu comptais garder ton enfant, avec ou sans Ville. Ce jour-là tu m'as dis : « Jamais je ne pourrais tuer mon enfant, autant me tuer moi même. » Jamais...Ce sont tes mots exacts. Je te revois me les dire comme si c'était hier. »
Et Kim se revoyait elle aussi. Elle s'entendait dire ces mots, dans le bureau de son frère, un lieu tellement impersonnel pour une telle nouvelle. Elle se remémora aussi la journée qui venait tout juste de s'écouler, avant cette discussion. La jeune femme l'avait passé sur la tombe d'Elias. Elle savait à présent qu'elle ne voulait pas y voir deux noms de plus, ce serait plus qu'elle ne pourrait jamais en supporter. Seulement, que pouvait-elle faire d'autre ? Attendre était pire que le reste, pour une fin si certaine. Kim se sentit envahie par ce sentiment d'impuissance une fois de plus. Il saisissait tout son être, lui donnant une envie irrépressible de faire quelque chose, n'importe quoi, de bouger, d'agir. Peu importe, tant qu'il y avait une réaction. Les larmes vinrent à leur tour, soudainement, en un torrent incontrôlable. Kim se jeta dans les bras de son frère subitement. Il la tenait fermement. Elle criait, au milieu de ses larmes, se débattant dans l'étreinte de Jim.
« Je te déteste, Jim, tu m'entends ? Je te déteste ! Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tu me mets en face de tout ça ? »
Elle s'exprimait tant bien que mal, continuant à le maltraiter. Il ne pouvait que la tenir de son mieux, patiemment, sans trop essayer d'éviter les coups. Jim savait qu'il n'avait qu'à attendre que sa s½ur se calme. Kim le fit enfin. Elle laissa sa tête contre son torse et ses larmes couler. La jeune femme enlaça un peu plus son frère, comme pour essayer de se faire pardonner et se calmer un peu plus. Rose avait été figée tout le temps de leur dispute, comme bien souvent. La cadette savait qu'il ne fallait pas se mettre entre eux, mais elle ne pouvait s'empêcher d'être quelque peu choquée. Elle trouva finalement la force de se lever et d'adresser quelques mots à sa s½ur :
« Kim, tu sais que nous aimerions t'avoir avec nous, mais les choses ne s'arrangeront pas si tu restes. Ta place est à Helsinki. »
La chanteuse quitta la pièce. Elle ne voulait plus rien entendre et se dirigea directement vers sa chambre. Rose et Jim étaient plantés là, dans l'incompréhension, sans savoir ce qui avait pu l'offenser dans ces dernières paroles. Rose fut la première à réagir :
« Quel imbécile tu fais...Être gentil, était-ce trop te demander ? Elle ne va que de plus en plus mal... »
Jim ignora le ton inquiet de sa plus jeune s½ur et reprit le sien, désinvolte :
« Oh non, elle va déjà mieux ! Elle sera encore plus en colère après moi pendant deux ou trois jours, puis elle retournera à Helsinki à genoux pour se faire pardonner. Au fond je les aime beaucoup...Un partout dans le match « avec qui vas-tu me tromper cette fois ci ? ». Je sens que la prochaine manche va être exquise... »
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# Posté le dimanche 18 mai 2008 17:58

Modifié le dimanche 18 mai 2008 18:12

Chapitre 34

Spiritualize my sensuality, in your eyes, between you and me
[...]
[I can feel your pulse and now it's part of me]
[anything you want I will forever be]
For you I'll save it
[...]
I can't evade it
You're all I've needed...

(Kidneythieves – K)

La guitare crachait les notes saturées du riff principal de leur nouveau morceau, bientôt rejoint par une montée de caisse claire annonçant l'entrée de la basse. La chanson était lancée et la voix de Kim vint se mêler aux instruments. Elle, John et Mike répétaient la première version de « Red & Violet ». Kim en avait bouclé la structure, elle n'avait eu que cela à faire en un mois passé seule à Los Angeles. Composer pour ne pas remuer sans cesse les souvenirs des dernières semaines, même si cela n'était pas très efficace. Une lecture rapide des paroles permettait clairement de savoir à qui elles s'adressaient... Jyrki.
Please don't send another rose this time, please don't, what you hold will fade just like a rose and you'll be alone ...” Cette erreur, cette histoire éphémère la poursuivait toujours autant. Ils étaient arrivés au pont, un passage calme puis s'apprêtaient à faire repartir le morceau, à lui redonner de l'intensité, lorsque le son se coupa soudainement.
John et Mike s'étaient arrêté de jouer, surpris, ce que Kim ne semblait pas être. La chanteuse débrancha sa guitare en vitesse et déboula hors de la pièce. Jim se trouvait bien là où elle s'attendait à le trouver : un doigt sur le disjoncteur de la maison. Il venait de couper le courant.
_Vous m'ennuyez, j'ai besoin de repos, lança-t-il pour seule explication.
_C'est plutôt que tu te sens obligé de me pourrir la vie depuis que je suis ici, Jim !
John passa la tête par la porte de la salle de répétition pour essayer de comprendre ce qui venait de se passer. Il saisit immédiatement à la vue de Jim.
_Bon sang, mais pourquoi tu nous refais ce coup-là ? demande le batteur d'une voix plaintive. Il ne voulait entrer en conflit avec personne, simplement finir cette répétition dans de bonnes conditions. Les trois garçons d'Enema étaient tous dans le même sac : leur avenir était plus qu'incertain et dépendant au plus haut point du bon vouloir de leur chanteuse. Une simple répétition, même avec un line-up incomplet, était déjà un grand pas en avant pour eux, et Jim était souvent de la partie, pour la gâcher.
_Vous savez très bien ce que je veux : qu'elle parte, et maintenant. Je l'avais prévenu, elle a choisi la partie adverse depuis un bon bout de temps. Kim n'a plus sa place ici, mais à Helsinki.
Sur ces paroles froides, Jim quitta la pièce sans prendre la peine de remettre le courant. Kim, elle, était encore plus en colère. Comment pouvait-il parler d'elle ainsi et, en plus, l'ignorer ? De quoi se mêlait-il, une fois de plus ? La jeune femme se sentait bafouée, rejetée, ignorée et frustrée. Sa guitare vint se fracasser en milles morceaux contre le mur le plus proche. Elle n'avait plus envie de continuer avec Enema de toute façon.

***

Kim avait finalement atterri à Helsinki, avec un sentiment de solitude envahissant. Rester à Los Angeles avec Jim dans les parages devenait invivable. Elle ne connaissait même pas ses motivations réelles, pourquoi voudrait-il qu'elle retourne en Finlande s'il refusait de la voir avec Ville ? Entre les coups bas et cet étalage sans fin de son propre bonheur, Kim avait fini par suivre la volonté de son frère.
Mige vint la chercher à l'aéroport. Il était le seul à qui la jeune femme avait pensé. Elle ne savait pas où aller. Retourner dans la maison qu'elle partageait avec Ville était hors de question, car Kim ne voulait pas l'y trouver. Elle ne savait tout simplement pas quoi lui dire, même si des tonnes de questions se bousculaient dans sa tête. Ne pas l'y trouver serait encore pire. Tous les bons moments passés dans cette maison lui reviendraient en mémoire, tous ces instants où ils étaient entourés et où l'endroit était chaleureux... Voir cette maison vide et froide ne ferait qu'accentuer son mal-être.
Kim et Mige marchaient lentement. Il savait que tôt ou tard Kim lui parlerait, voudrait prendre des nouvelles de Ville, alors autant passer aux sujets délicats tout de suite.
_Ville est chez ses parents, je ne pouvais pas le laisser retourner vivre seul pendant que tu n'étais pas là... Le bassiste parlait doucement, hésitant. Il voulait la ménager mais savait qu'il devait tout lui dire. Lorsqu'il est revenu de Los Angeles, je l'ai récupéré dans un sale état... Il avait l'air si fatigué, et il pouvait à peine respirer. Il était en pleine crise d'asthme et je n'avais rien pour l'aider, ses médicaments étaient introuvables... Il lui a fallu des jours pour aller mieux et je ne sais pas s'il s'en est complètement remis.
_ Est-ce que je pourrais aller le voir ?
La voix de Kim laissait deviner sa profonde inquiétude et sa nervosité.
_ Je ne sais pas. Je n'ai pas de nouvelles, mais je suis sûr qu'il est bien entouré. Je sais seulement qu'il continue à aller les voir, tous les jours. Même Mige n'arrivait pas à prononcer les prénoms de Luna et Raya. Il ne savait pas s'il devait s'attacher ou non, ainsi il prenait une certaine distance, dans le doute et la crainte. Il n'était pas le seul.
Kim se sentit encore plus mal. Ville était présent pour elles, peu importe ce qu'il adviendrait. Il avait promis d'être là et de se battre, et il le faisait. Kim, elle, n'avait même pas apporté un peu de sa présence durant ce mois écoulé. Elle n'avait pris aucune nouvelle et s'était renfermée sur elle-même. La jeune femme s'en voulait d'avoir tout abandonné. Mais elle était à bout de force. Elle se demandait où Ville allait la puiser et se disait que peut-être il pourrait lui en transmettre un peu, mais il était certainement trop tard, puisqu'il était parti. Mais pourquoi ?
_ Lorsque vous vous êtes disputés et que Ville voyait que tu ne revenais pas, il a tout de suite su qu'il se passait quelque chose, mais jamais il n'avait imaginé cela. Jamais il n'aurait pensé que tu puisses aller chez Jyrki. Il préférait ne rien s'imaginer de toute façon. Tu aurais dû le voir... il avait tellement peur qu'il te soit arrivé quelque chose, et en même temps tout aussi peur que tout cela se sache. Ville a envoyé Jukka te chercher au milieu de la nuit pour que personne ne vous voie, pour que personne ne sache ce qu'il venait de se produire... Il ne voulait pas que la presse s'empare de cette histoire et n'en rajoute. Ville a simplement voulu sauver les apparences, pensant que s'il se montrait avec toi à cette cérémonie à Los Angeles, personne ne parlerait de cette liaison avec Jyrki, que personne ne la découvrirait. Il voulait montrer au monde entier que vous faisiez face, ensemble. Mais tu as été trop honnête avec lui, toi-même, et le reste du monde, Kim. Tu as simplement tout dévoilé, tu as fais volé son plan en éclats. Ville pensait qu'avec le temps, en restant ensemble et en passant l'éponge après la cérémonie, les choses s'arrangeraient, que votre relation irait mieux. Il n'a pas pu affronter cela, Kim. Il n'a pas réussi à te pardonner, surtout après que tu aies brisé l'image qu'il voulait donner. Maintenant vous êtes partout dans la presse, dans les journaux. Quelqu'un a fini par parler, et on t'accuse d'abandonner tes enfants. Je ne sais pas si tu es un peu sortie de chez toi en étant à Los Angeles, Kim, mais c'est vraiment partout ! On ne peut pas le rater, on te voit à Los Angeles, si loin de tes enfants... Je me fiche bien de tout cela, je ne prétends pas savoir ce que tu vis et je n'aurais pas la moitié de ton courage si j'étais à ta place Kim, mais je sais que tu ne les as pas abandonnés. Toi aussi, tu le sais.
La jeune femme s'arrêta. Mige avait essayé d'être rassurant dans ses dernières paroles et il était persuadé que Kim prendrait les bonnes décisions à présent. Mais elle ne savait pas quoi faire. Elle avait longuement considéré l'idée de Jim et était déterminée à se battre dans ce sens, même si cela devait encore faire du mal autour d'elle. Ainsi, elle n'avait pas abandonné ses filles ? Kim, elle, n'en était pas si sûre. Mais elle savait que l'espoir, lui, était bel et bien effacé.

***

La petite chambre de Ville se résumait à un désordre épouvantable. Il l'avait créé, en étalant ses affaires partout et en déplaçant son matelas pour le poser à même le sol, près de la porte. Ainsi, le jeune homme se sentait en sécurité, rassuré. Il s'était réapproprié un lieu où il n'avait pas séjourné depuis des années. Son désordre formait comme une carapace protectrice dans laquelle il avait accès à tout ce dont il avait besoin, à portée de main. Tout, sauf une chose, Kim.
Ville pouvait sentir son parfum, une odeur légère et subtile, mais tout de même là. Il pensait que le sommeil qu'il venait à peine de quitter le trompait. Ce parfum semblait pourtant bien présent et réel, envahissant même, tellement il lui avait manqué. Le jeune homme ouvrit les yeux.
Kim était assise contre la porte, ayant enfin atteint son but : le retrouver. Elle ne l'avait pas réveillé, la jeune femme regardait Ville dormir depuis de longues minutes. Elle, c'était le calme de cet homme endormi qui l'avait rassurée. La chanteuse ne savait pas comment il réagirait, mais le trouver ainsi lui avait fait oublié ses craintes. Elle était simplement heureuse de le revoir et apaisée. Il semblait serein, plongé dans le noir profond de cette petite pièce. Kim s'était installée à côté de lui pour le contempler. Elle avait presque oublié à quel point il pouvait être beau en le voyant ainsi, un mince filet de lumière éclairant son visage pâle et les sombres cheveux en bataille qui le recouvrait ça et là. Ville semblait sorti d'un rêve, tout comme Kim lorsqu'il la vit.
Est-ce qu'une chose n'est réelle que lorsque que l'on peut la toucher ? Il tendit sa main vers celle de la jeune femme pour être certain qu'elle était bien là. Leurs regards se rencontrèrent, comme pour la première fois, et tous deux pouvaient clairement y lire les sentiments de l'autre. Les barrières étaient tombées, il n'y avait plus qu'eux deux, connectés par ces yeux qui en disaient tant. Mais ce n'était pas encore assez. Kim parcourait le corps du chanteur de ses mains, voulant elle aussi être sure de la réalité de cet être si proche d'elle. Ville avait besoin de sentir un peu plus ce parfum, et il s'enivrait de celui-ci, la tête enfouie dans son cou. Leurs lèvres se rencontrèrent à leur tour et se goûtèrent, lentement, doucement, pour ne rien en perdre. La douce mélodie de leur respiration les berçait. Ils pouvaient sentir leurs c½urs battre contre leurs poitrines, à l'unisson. Le pouls de l'autre faisait alors partie d'eux et devenait le leur. La réalité qu'ils venaient de retrouver engageait tous leurs sens et les emprisonnait.

# Posté le samedi 30 août 2008 09:27

Chapitre 35

« No I won't surrender
At any cost
You're something so sweet and tender
From my heart

Yes I've done my evil
I've done my good
Just believe me honey
I won't let go of you 
»

(HIM – You are the one)



Ils avaient retrouvé le calme de leur maison. Comme Kim l'avait redouté, l'endroit était vide. Tout ces gens qui venaient les voir et faisaient vivre la maison n'étaient plus là, il n'y avait plus les visites quotidiennes d'amis. Mais elle s'en fichait. Tant que Ville était là, c'était suffisant. Cette fois, le silence n'était pas pesant. Kim était assise à son piano, essayant de se concentrer sur sa partition. Ses yeux étaient fixes. Elle n'arrivait pas à lire les notes. La mélodie ne lui revenait pas en tête, alors qu'elle l'avait écrite quelques heures plus tôt. Il n'y avait que des lignes, des points, des barres, du blanc... et tout était flou. La musicienne arrêta sa lecture. Elle n'y comprenait rien. A quoi bon se forcer, se dit-elle en attrapant son verre. Kim finit sa vodka et referma le couvercle tant bien que mal. La jeune femme alla s'installer dans la canapé juste à côté. Elle remplit de nouveau son verre, et regarda la pluie tomber sur les vitres de la véranda. Elle était si bien qu'elle était comme figée. Tous les détails l'entourant contribuaient à ce bien-être et elle s'y enfonçait un peu plus. Le moindre changement dans son environnement proche pouvait tout faire basculer. Ville sortit bruyamment de la cuisine, et Kim sortit de ses songes. Comme si sa bulle de pensées venait d'exploser. Elle le regarda s'approcher et considérer un instant la table basse devant lui. Il y déposa une deuxième bouteille, vide.


Tu as vidé celle là ! S'exclama-t-il, en parlant de celle qui s'y trouvait déjà.
Il s'assit à son tour, sur le fauteuil en face de la jeune femme, avec un soupir qui ne plut pas à cette dernière.

Ne me fais pas de reproches, parce que moi aussi j'en aurais à te faire ! Lui cria-t-elle soudainement.

Son cri le surprit, si bien que Ville ne put répondre. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre, et Kim s'était déjà renfermée sur elle même.


Qu'est ce que tu me reproches ? Je ne t'ai rien demandé, c'est toi qui as commencé à boire. Il avait enfin réussi à formuler sa phrase.
Je ne parlais pas de ça... Laisse tomber.

Ville insista tout de même.

Je n'ai pas envie d'en parler, fut la seule réponse qu'il obtint.

Kim s'allongea sur la banquette et se mit dos à Ville. Il réalisa qu'il l'avait probablement blessée, même s'il ne savait pas pourquoi ni comment. Le jeune homme vint s'asseoir sur la table pour être à ses côtés.


Excuse moi, bredouilla-t-il en lui touchant l'épaule, dans l'espoir qu'elle se retourne.
Laisse-moi, répondit-elle en chassant la main de Ville.

Il la replaça, n'ayant pas compris le sens du geste de Kim. Cette dernière sursauta et fit volte-face subitement. Il ne vit pas la main de la jeune femme arriver sur lui violemment. Il se retrouva par terre, au milieu des verres, dans un cri dont il ne pouvait percevoir les mots. Kim lui criait de la laisser tranquille, une fois de plus. Ville rassembla ses esprits et vit qu'il s'était coupé la main. Il se releva tant bien que mal.


Arrête de m'emmerder pour ces conneries, Ville ! Il y a des choses bien plus graves qui sont de ta faute, et toi tu viens me reprocher... ça !

Lui non plus ne savait même plus pourquoi elle le disputait, mais elle lui criait toujours dessus. Il ne comprenait pas comment elle pouvait continuer. Ville était un peu sonné de sa chute. Il ne voulait plus l'entendre, il se dirigea vers la porte, mais elle le suivit. Kim le voyait fuir et ne le supportait pas.


Kim, je suis désolé mais ma main me fait mal, si tu pouvais arrêter de hurler deux minutes ! Finit-il par lancer.
Non, ça, ça ne fait pas mal ! Je peux te montrer ce que c'est qu'avoir mal, Ville !

Le jeune homme sentit quelque chose s'enfoncer dans son épaule et se resserrer. Son dos heurta brutalement quelque chose de dur et froid, et sa tête suivit. Il n'eut qu'un réflexe. Ses bras se raidirent et se tendirent. Puis ses mains vinrent recouvrir son visage. Elles y restèrent quelques minutes. Ville gardait les yeux fermés, pour mieux sentir son corps. Il ne sentait plus rien. Il ouvrit les yeux. Kim était allongée sur le sol. Sa tête avait heurté la table. Elle ne bougeait pas. Il aurait voulu lui parler, pour savoir, mais il n'en eut pas la force. Il tomba à ses côtés, en chuchotant son prénom.


***


Qu'est ce qu'il s'est passé ? Demanda Seppo à Ville.

Le jeune homme n'avait rien à répondre, et il n'avait pas tellement envie de savoir. Il ne pouvait que tenir sa tête, et attendre que son mal de tête et tout le reste disparaissent. Seppo s'assit à côté de lui, attendant toujours sa réponse. Il prit Ville par le menton et tourna sa tête dans sa direction.


Regarde-moi, et réponds-moi ! Lui ordonna-t-il.
Je sais pas.
Mais...Ville, tu as bu ? S'exclama-t-il, interloqué, comme s'il s'était la première fois qu'il voyait son protégé dans cet état.
Évidemment, sinon tu crois que j'aurais oublié ça ?

Seppo lâcha Ville. Il n'en avait pas besoin de plus, il devina aisément ce qu'il venait de se passer.


Vous allez me tuer, vous deux ! Lança le vieil homme.

Il se releva et reprit sa marche nerveuse à travers la salle d'attente. Un médecin finit par leur apporter des nouvelles.


Elle a juste été un peu sonnée par le choc et a perdu conscience. Rien de très grave mais nous allons la garder quelques jours. Vous avez eu de la chance...cette fois.

Elle sortit sur ce sous-entendu et lança un regard noir à Ville, qui comprit tout de suite.


Ça y est, maintenant on me prend pour un alcoolique qui bat sa petite amie...
C'est trop drôle, je devrais peut être m'y mettre aussi ! Lança Jukka, avachi deux sièges plus loin.
La ferme, répliqua sa petite amie en lui donnant un coup de poing dans le ventre.
Aïe...c'est moi l'homme battu, répondit-il plaintivement.

Ville n'avait pas le c½ur à écouter leurs plaisanteries. Même si, par chance, les conséquences physiques n'étaient pas graves, il y en avait d'autres qui inquiétaient bien plus le jeune homme.


Je vais faire ce que je peux, mais si cette nouvelle se répand, on est tous foutus, annonça Seppo en quittant l'hôpital.


***

Ville repensait à cette phrase qu'avait dite Seppo deux jours plus tôt. Il espérait sincèrement que l'affaire ne s'ébruiterait pas. Des choses bien pires avaient été dites sur lui et Kim, mais là ce serait de trop. Il essaya de chasser cela de son esprit en regardant les étages défiler sur le cadran au dessus de la porte de l'ascenseur. Le quatrième s'afficha et les portes s'ouvrirent. Ville s'avança. Ces yeux bleus, ces cheveux noirs, cette silhouette... tout cela lui était familier.


Merde... murmura-t-il pour lui même.
Oh, ça tu l'as dis !

Jim repoussa Ville au fond de l'ascenseur. Il appuya sur un bouton et les portes se refermèrent aussitôt.


« Pohjamaa »...Imprononçable mais ça sonne bien je trouve ! Lança-t-il sarcastiquement choisissant un étage. Je crois que nous devons parler, Ville !
Inutile, tu pourras me dire ce que tu veux, je ne la quitterai pas. C'était un accident, mais pense ce que tu veux... répondit le Finlandais.
Tu as raison, parler c'est inutile, autant utiliser quelque chose que tu comprends.

Jim avait contenu sa colère envers Ville assez longtemps. Il attrapa le jeune homme et le souleva pour le plaquer contre le miroir de l'ascenseur, le faisant trembler.


Je te tue en premier ou je te dis d'abord toutes les saloperies que je pense de toi ? Ah, j'avais oublié que parler était inutile ! S'écria Jim.
Mais vas-y, qu'est ce que tu crois que ça va changer ? Elle nous haïra autant l'un que l'autre. Oui, je lui ai fait du mal, mais une chose est sûre, c'est que je ne l'abandonnerai certainement pas une nouvelle fois, peu importe ce que ça me coûtera !


C'en était plus que ce que Jim pouvait entendre. Sa raison l'avait abandonné, les arguments ne servaient à rien. Lorsque les portes s'ouvrirent, Ville roula sur le sol. Il entendit l'ascenseur se refermer. Il était recroquevillé, tout son corps le faisait souffrir, mais il ne pouvait rien faire. Il ne pouvait rien dire et rien voir non plus. Il n'avait qu'à attendre, et espérer que quelqu'un le trouve rapidement, car on descendait rarement au sous-sol.

# Posté le samedi 27 décembre 2008 19:53

Modifié le dimanche 22 mars 2009 16:18

Chapitre 36

« I'm pretty, what do I deserve
I feel pretty, until I walk out the door
I wonder when pretty's gonna bleed
My monster has all the time he needs
 »
KidneyThieves – Pretty

Son regard était rivé sur son reflet dans le miroir. Même si cela lui faisait mal, elle ne pouvait le détourner. Ses yeux étaient rouges et humides, soulignés de deux profondes cernes. Sa peau blanche était assombrie par les ecchymoses. Autant de marques de ce moment dont elle ne se souvenait pas, avec tant de conséquences bien visibles. Elle se souvenait de la douleur au réveil, de la panique, et du moment où elle a vu Ville. Kim s'était sentie prisonnière de son corps, comme si sa peau était une barrière pour la garder à l'intérieur d'elle-même et l'empêcher de bouger. Chaque membre lui avait semblait si lourd. Elle aurait voulu faire un mouvement vers lui mais la force lui manquait. Elle aurait voulu lui parler mais sa cage thoracique s'écrasait. Elle ressentait toutes ces douleurs, alors qu'elle pouvait parler et bouger. Toute cette souffrance, c'était celle de Ville. Elle se souvenait aussi de son frère. Mais elle refusait d'y penser, car elle savait qu'il était toujours là, quelque part dehors à l'attendre.
De ce qu'il s'était passé avant, aucun souvenir. Kim ne se souvenait pas non plus s'être un jour vue dans cet état. L'image que le miroir lui avait toujours renvoyé était celle d'un visage jeune, parfaitement symétrique, lisse et parfait, même lorsqu'elle était au plus mal. Ses joues avait été parfois trop creusées, mais c'était le seul signe que son corps lui envoyait. Kim voulait se rappeler de cette image, de reflet tuméfié, le graver dans sa mémoire. C'était le symbole de tout le mal qu'elle avait engendré, des mauvaises décisions qu'elle avait prises et où cela l'avait menée, elle et ceux qui l'entouraient. C'était la marque de ce qu'elle avait voulu faire à ses filles, et de ce qu'elle avait fait à Ville.
Ce dernier entra dans la petite salle de bain de la chambre d'hôpital. La jeune femme ne le regarda même pas. Il s'approcha difficilement d'elle, pouvant à peine marcher. Le jeune homme se plaça derrière elle, et l'entoura de ses bras. Sa tête était posée sur son épaule, et Kim pouvait voir le visage de Ville dans le miroir.
- Je l'ai épargné, pour que tu gardes toujours en tête sa gueule d'ange et que tu la regrettes à jamais...
Elle entendait encore son frère la terroriser avec ces quelques mots, la menaçant de tout faire pour les séparer.
Kim savait que si son visage était intact, le reste était en bien sale état. Elle finit par baisser les yeux, qui tombèrent sur le bras droit de Ville, couvert d'hématomes. Il le dissimula dans sa manche et resserra son étreinte. Pour lui, ses contusions étaient égales à celles de Kim. Les bleus de leurs corps étaient le reflet de ceux de leur âme. Leurs différences étaient effacées.
- Au moins j'ai une raison de souffrir, la douleur physique est bien plus supportable que la douleur mentale...lui glissa-t-il à l'oreille.

***


- Je veux les voir.
Ces mots avaient soudainement brisé le silence. Après des semaines d'absence, Kim pensait qu'elle devait voir ses filles. Il lui faudrait le faire à un moment ou à un autre, même si elle avait peur, car elle ne savait pas ce qu'elle allait trouver là bas. Si leur état était meilleur ou s'il avait empiré. Ville et Kim n'avaient pas encore abordé ce sujet depuis son retour, comme si garder le silence était la condition de leur bonne entente, ce qui les maintenait ensemble. Vraisemblablement, cela n'avait pas marché. La jeune femme se disait qu'il était temps de mettre les choses au point. Elle avait eu son lot de douleur et se sentait à égalité avec ses filles, elle pensait mériter tout le mal qu'elle avait traversé, et que ainsi elle était pardonnée, lavée de toute culpabilité, bien qu'au fond ce n'était pas tout à fait ce qu'elle ressentait.

Ville entraîna Kim derrière lui. Il entra et s'approcha des couveuses, comme à son habitude. Il s'était accoutumé à tous ces gens qui allaient et venaient, ces bruits inconnus, ces machines étranges. Voir ses enfants dans cet endroit avait fini par lui sembler normal, c'était devenu une routine. Kim le suivait en hésitant, serrant sa main du plus fort qu'elle pouvait. Elle regarda timidement au dessus de l'épaule de Ville.

Raya et Luna dormaient paisiblement. Les machines avaient disparues, les bruits stridents s'étaient tus, il n'y avait plus qu'un simple ronronnement lointain et régulier, presque berçant. Les petites lui semblaient avoir tellement grandi, elle ne les reconnaissait pas. Lorsque Luna ouvrit les yeux, sa mère n'eut plus aucun doute. Elle avait les yeux de Ville, et ils se posèrent sur Kim. Cette dernière porta sa main jusqu'au bébé, sans le vouloir. Elle alla prendre celle de Luna. Elles restèrent ainsi à se regarder quelques instants, tandis que Ville s'éloignait, les laissant se retrouver. Il s'installa près de Raya. Ce que Kim ressentirait en la voyant l'inquiétait, car il était clair qu'elle était en moins bonne santé que sa soeur. Raya était beaucoup plus petite et plus maigre, elle dormait et pleurait plus. Pourtant, la jeune femme resta silencieuse en rejoignant Ville. Kim lui reprit la main et resta en retrait, laissant son compagnon s'occuper de la petite fille. Sa mère voyait comme elle semblait fragile et ne savait pas comment s'y prendre. Le jeune homme caressait simplement la joue de l'enfant et lui chuchotait une berceuse en finnois. Kim se laissait emporter elle aussi par cette mélodie à peine audible, lorsqu'ils furent interrompus.
Une infirmière les salua. Pressée, elle leur dit vouloir aller droit au but et fit son annonce sans ménagement :
- Nous avons une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne est que vos filles pourront rentrer chez vous très bientôt, mais sachez que cela sera dur, plus dur que pour la plupart des parents. Elles sont encore fragiles, et vous devrez redoubler de vigilance, suivre leur santé de très prés, faire attention à ce qu'elles mangent bien et prennent du poids normalement. Nous ne pouvons pas vous dire comment cela se passera, mais le moindre problème pourrait prendre une ampleur considérable, c'est pour cela que vous ne devez pas hésiter à revenir et nous contacter si... Enfin si vous êtes autorisés à faire tout cela. La mauvaise nouvelle, c'est qu'avec l'incident qui vous a amené ici et votre passé, les services sociaux songent à ne pas vous donner la garde de vos enfants.
Ils ne répondirent pas, ils n'avaient rien à dire. Ils s'enfoncèrent dans leur silence, maintenant lourd et pesant. Kim finit par sortir de la pièce. Le stress l'envahit, elle faisait les cent pas dans le couloir. Ce sentiment d'impuissance lui revenait, plus envahissant que jamais, mais cette fois il s'accompagnait de colère, de rage plutôt que de désespoir. Elle avait fait tout ce chemin pour rien, elle avait voulu en finir pour que finalement ses filles vivent, on venait de la remettre en face de toutes ces erreurs, et on ne lui laissait même pas une chance d'essayer de les réparer. Kim en voulait au monde entier, ainsi qu'à elle-même. Contenir tout cela allait la faire exploser. Ville la prit dans ses bras, où elle s'était presque jetée, pour tenter d'évacuer tout ça. Elle le serra si fort qu'il avait mal, mais il ne se plaignait pas. La jeune femme déserra un peu son étreinte et trouva le courage de lui parler.
- Maintenant je réalise que j'ai eu tort, et que tu as tellement donné... Et elles aussi. Quand je vois de si petits êtres se battre autant, affronter tout ça, au début de leurs petites vies... Je me dis qu'à côté, je ne suis rien. Et tout ce que j'ai vécu n'est rien, tout ce que j'ai eu à affronter n'est rien, alors s'arrêter maintenant, ce serait égoïste. Nous devons nous battre, pour qu'elles vivent avec nous.

***


Comme Kim l'avait redouté, son frère était toujours là, et elle ne put lui échapper en quittant l'hôpital.
– Ne viens pas tout gâcher cette fois, soupira-t-elle.
– Moi, gâcher quelque chose ? Avec ce qu'il t'a fait, c'est moi qui gâche quelque chose ?
– Tu ne crois pas que tu as été un peu loin, là ?
– Oh, ça... J'étais énervé.
– Quoi ? Énervé ? Comment est ce que tu peux dire ça après ce que tu as fait à Ville ?
– La question est plutôt : Comment est ce que TU fais pour rester avec lui après ce que LUI t'as fait ? Il n'avait pas à te frapper, c'est tout.


Elle n'eut rien à répondre. Au fond, elle ne savait pas ce qu'il s'était vraiment passé ce soir là. On lui avait simplement dit que sa tête avait heurté la table basse. Comment, elle n'en savait rien. Elle s'en doutait un peu, au fond, mais ce n'était pas à Ville qu'elle en voulait mais à elle-même, car elle n'avait pas su se contrôler.

– Je sais ce que tu te dis Kim, que c'est de ta faute. Selon toi c'est toujours de ta faute, alors arrête un peu et ouvre les yeux. Sors-toi de là. Ça n'en vaut pas la peine.
– Attends, Jim, s'indigna-t-elle, qu'est-ce qui n'en vaut pas la peine exactement ? Moi et Ville ? D'accord, ce n'est peut être pas parfait, mais après tout ce qui s'est passé... Ca ne s'abandonne pas comme ça, sur un coup de tête. Ou alors c'est peut être la vie de mes filles qui n'en vaut pas la peine, hein Jim ? C'est ce que tu essaies de me dire, tu veux qu'on me dise que je les abandonne encore une fois ?


Elle essayait de se contenir, elle ne voulait pas finir par hurler sur quelqu'un une fois de plus. Jim, lui, était très calme et n'avait pas besoin de se forcer.

– Oui, rien de tout cela ne vaut la peine si tu veux mon avis ! Qu'est-ce que tu crois qu'il va se passer, hein ? Il va te tromper, ou mieux tu vas le faire, vous allez vous engueuler, vous déchirer, puis vous remettre ensemble après d'émouvantes retrouvailles, puis tout cela va recommencer... Sauf que cette fois il y aura deux gamines entre vous deux, et au final vous allez finir par ne plus pouvoir vous voir, parce que Madame ou Monsieur aura fait de mauvais choix pour les enfants, ou pour sa carrière, vous allez vous disputer une fois de trop et il va encore t'envoyer ici... Je ne le laisserai pas faire. Si c'est pour qu'il te pourrisse la vie à toi, ou pour que vous pourrissiez la vie à vos filles, alors oui ça n'en vaut pas la peine !
– Merci, Jim, je vois toute l'estime que tu as pour moi ! Je serais une mauvaise mère donc ? Difficile de faire pire que toi, qui est ici alors que sa femme est enceinte, qui a un fils à élever et qui m'a conseillé de mettre fin à la vie de mes enfants !
– Oh, maintenant on m'accuse ! Tu n'avais pas l'air trop en désaccord avec mes idées lorsque je t'ai fait la suggestion ! Mais pour en revenir au problème, il a simplement eu ce qu'il méritait, mais apparemment tu persistes à t'enfoncer avec lui. J'ai toujours été là pour toi, Kim, quand quelqu'un te faisait du mal, et lui a été trop loin. Maintenant si tout ce que j'ai fait n'a pas d'importance à tes yeux, soit. C'est lui ou moi.
– Toujours ? Tu as dis toujours ? S'emporta-t-elle. La dernière fois que j'ai eu besoin de toi, tu n'es pas venu. Tu avais mieux à faire, alors maintenant retourne étaler ton bonheur et ta vie parfaite au reste du monde, et laisse-moi dans ma vie de merde puisque c'est comme ça que tu la considères. Entre toi qui n'es pas là quand il faut ou qui ne me laisse pas vivre, et Ville... Je crois que mon choix est déjà fait.
– Parfait, de toute façon tu n'as déjà plus de carrière donc plus grand chose à perdre, au fond, répondit Jim d'un ton amer. La prochaine fois qu'il te frappe ou que tu es en train de crever d'une overdose au milieu de nul part, sache que je ne serai pas là pour te ramasser.



Merci Sorn ^^

# Posté le dimanche 22 mars 2009 18:48

Modifié le samedi 02 mai 2009 18:04

Chapitre 37

Jade elle a dit : tu postes et tu modifieras après... (et moi j'écoute Jade XD) Donc le chapitre n'est pas corrigé, à peine relu parce que j'avais d'autres choses à faire et parce que Sorn est occupée avec ses propres écrits, donc je compte sur ceux qui liront de me signaler rapidement s'il y a des fautes, merci !
Attention, une partie de ce chapitre est tirée d'une histoire vraie ahah !



« And i know where I belong
Away from your gods
That heal all wounds and light this endless dark »
(HIM – Endless Dark)



De retour à la case départ. Attendre, se taire, faire profil bas, laisser les autres gérer une situation que l'on ne contrôle pas, sans aucun moyen de dire la vérité, sa vérité. Mais cette fois, Kim et Ville enduraient cette impuissance, sachant que c'était pour le bien de tous.
Seppo avait été clair, ils devaient se faire oublier car l'acharnement médiatique de ces derniers temps ne les aideraient pas. Ils devaient disparaître, loin de tout ces gens qui essayaient de faire la lumière sur des mensonges, et attendre que leurs avocats fassent leur travail.
Ville et Kim ne pouvaient s'éloigner d'Helsinki et de leurs filles, mais ne pouvaient pas non plus rentrer chez eux, où ils étaient certains d'être attendus. Ils restèrent quelques temps chez Mige, le temps de calmer la situation et que la presse s'éloigne de leur maison, mais ce ne fut pas long. Le couple eut envie de retrouver son intimité au bout d'une courte semaine. Assez longtemps pour qu'une surprise les attende de retour chez eux.

***

- Jukka je sais que c'est toi, je reconnaitrais cette odeur de rat et de poisson à des milliers de kilomètres ! Ce n'est pas drôle, lâche moi ! Pestait Kim, qui ne pouvait pas le voir à cause du bandeau sur ses yeux.
- Oh si, c'est drôle ! Avouez que je suis la meilleure surprise qui vous soit arrivée depuis... longtemps !


Jukka était bien la dernière personne que Kim voulait voir en rentrant chez elle, et Ville se demandait bien comment Mige avait pu se téléporter dans leur salon, car il lui semblait qu'il était bien chez lui lorsque lui et Kim étaient partis. Quoi qu'il en soit, ils s'étaient bien arrangés et Kim et Ville étaient maintenant leurs prisonniers, dans leur propre maison, les yeux bandés et guidés ils ne savaient où. Jukka et Mige les libérèrent finalement face à une porte close.

- Je crois que je n'ai pas tellement envie de savoir ce que vous avez mis la dedans, dit Ville. Je crains le pire !
- Non mais tu nous prends pour qui ? S'offusqua Jukka. On a simplement pensé à quelques trucs auxquels vous n'avez pas eu le temps de penser ! C'est ça, la magie de l'esprit Jukka ! Que dis-je, l'intelligence supérieure made in Jukka !
- Bon, tu l'ouvres cette porte ? Interrompit Mige, feignant l'énervement.


Le guitariste s'exécuta. La porte s'ouvrit sur une pièce plongée dans l'obscurité. Il les fit tous entrer et ouvrit les volets. Ils découvrirent une large pièce avec un plafond cathédrale, illuminée par une grande baie vitrée sur tout un pan de mur, avec la plus belle vue sur la mer de toute la maison. En face de celui-ci se trouvait une large fresque à la peinture encore fraiche. Elle représentait une scène de fête foraine, avec des milliers de petites touches de couleurs pastels. Les boiseries étaient peintes de façon à être assortie avec le dessin. Kim et Ville étaient si impressionnés par cette ½uvre qu'ils ne prêtèrent que très peu d'attention au reste. Ville regarda Jukka et Mige, dubitatif.

- Vous avez fais tout ça en une semaine ?!
- Oui, j'aurais pu tirer toute la gloire et tout le profit de cette ½uvre extraordinaire mais non, car c'était sans compter sur l'aide de ce cher Mige qui a tissé ce tapis avec ses poils, répondit Jukka. *
- En fait, tout le monde nous a un peu aidé à sa façon, ajouta Mige. Tout le monde a envoyé un petit quelque chose pour la chambre des filles, et nous avons tout mis en place. A vous de retrouver ce qu'ils vous ont envoyé !

Kim avait vaguement écouté leur conversation, bien qu'elle était toujours absorbée par la peinture. Elle se plongea dans le jeu des devinettes tout de suite.

- Je sais qui aurait pu peindre ça, mais je l'aurais su s'il était venu ici ! Je sais que Mike peint ce genre de chose...
- Merde, j'ai parié avec Mige qu'il pourrait passer une nuit avec ma copine si vous ne trouviez pas, souffla Jukka à Ville. Bon, j'ai dû le cacher chez moi toute la semaine, je dois dire que j'ai apprécié partager mon lit avec lui !


Ville refit un tour de la pièce, regardant les meubles blancs, les étagères pleines d'objets enfantins dont il ne connaissait pas la provenance. Il s'arrêta un instant et regarda autour de lui.

- J'aimerais savoir quel truc tordu tu as trouvé à offrir, Jukka.
- Attends, j'ai déjà blessé mon corps d'athlète à porter tout ces meubles ici, alors je ne vais pas en plus vous offrir quelque chose ! Sachez aussi que Jade ne fait plus de cadeaux. En effet il y a une malédiction sur les cadeaux de ma copine, à Noël elle m'a offert des places pour le concert des Kings of Leon et nous y sommes allés le lendemain de la vraie date du concert... Depuis elle n'offre plus rien, c'est plus sûr ! **


Tous éclatèrent de rire à ce qui était pourtant une anecdote vraie, et qui n'avait pas autant fait rire le guitariste sur le coup, mais il riait aussi à présent. Ils leur semblaient à tous ne pas avoir ri comme ça depuis si longtemps, tous ensemble, si spontanément et surtout si honnêtement. Kim quitta enfin la peinture et suivit Ville a travers son exploration de la pièce. Elle aperçut un fauteuil à bascule qui ne lui était pas étranger. Elle s'y précipita et s'y installa confortablement, comme si elle ne voulait plus le quitter. La jeune femme avait du mal à croire que cet objet puisse se trouver là. L'étiquette prouvant l'authenticité de ce vieux siège était encore là, confirmant sa pensée.

- Ça ne peut que venir de John. C'est un vieux siège qu'il a acheté pour sa femme quand elle attendait Killian, je me souviens que je lui piquais souvent sa place lorsque j'allais les voir, tellement j'adorais ce fauteuil, on est si bien dedans !

Mige donna raison à Kim. Ville quant à lui inspectait les deux petits lits trônant au centre de la chambre.

- Hum... Ikea ? Un cadeau d'Ingvar Kamprad lui même ? Demanda le jeune homme.
- Non, Burton est bien plus qu'un marchant de meuble, ricana Jukka.


Kim se releva pour faire tourner le siège hamac dans lequel Ville s'était installé, entre les deux lits. Elle trouva l'idée originale.

- Dis moi quand tu auras envie de vomir, lui dit elle en continuant de le faire tourner sur lui même.
- Je crois que c'est bon là, répondit Ville. Qui a eu l'idée de ce truc horrible ?
Kim poussa le siège pour qu'il se remette en place, par quelques rotations en sens inverse qui donnèrent encore plus le tournis à Ville. Elle finit par s'asseoir à ses côtés.
- Ce doit être Gas, on peut s'asseoir à deux dedans ! Dit-elle ironiquement.
- Fais pas ton Jukka, lui répondit se dernier. C'est le genre de truc que JE dis, et oui c'est lui qui l'a offert ! Oh mais regardez moi ces grands placards, poursuivit-il en les ouvrant. Kim tu vas pouvoir y planquer au moins deux amants et demi, dont Mige !
- Rentre dedans pour voir, lui lança le bassiste en le poussant à l'intérieur, avant de refermer les portes.
- Je suis sûre que c'est ma mère qui a rempli ce truc, elle a toujours peur qu'on manque de tout et n'importe quoi, et puis elle aurait volontiers enfermé Jukka aussi, dit Ville entre deux rires.
- Ta mère est folle, elle me fait peur, lança Jukka depuis le placard. Bon, laissez-moi sortir maintenant !


Mige libéra finalement son ami, avant de s'apercevoir que Kim et Ville avaient remarqué son cadeau. C'était un grand cadre blanc, rectangulaire et horizontal, avec deux photos en noir et blanc. Une de Luna et une de Raya. Il les avait prises à l'hôpital, mais rien ne le laissait deviner. Sur ces photos, elles n'étaient que deux petites filles normales, deux nouveaux nés calmes, comme si rien ne pouvait les troubler, rien ne les faisait souffrir. Ville devina facilement de qui ces photos venaient. Il admirait simplement la beauté des clichés, sachant qu'elles seraient là, bientôt. Kim les voyait autrement, comme la preuve qu'elles ne souffriraient plus, qu'elles seraient comme tous les autres bébés. Elle essayait de se rassurer, de se dire que si ses enfants avaient réussi à tout traverser, maintenant les choses seraient plus faciles. Elle voyait aussi en ces photos la marque de son absence, car même Mige avait été là pour elles quand leur mère ne l'était pas. Elle ne pouvait plus attendre de les avoir à côté d'elle et son impatience lui faisait presque mal, physiquement. Le bassiste s'en voulait presque de leur avoir fait ce cadeau qui avait ruiné la bonne ambiance qui régnait, mais il n'était pas le seul. Il vit le regard de Kim lorsqu'elle vit Linde entrer dans la pièce avec sa fille Olivia dans ses bras. Lui aussi comprit. Il s'arrêta sur le pas de la porte et chuchota quelques excuses, sans vraiment regarder la jeune femme. Il imaginait bien qu'elle devait trouver sa présence avec la petite déplacée, mais ils étaient amis, et il voulait lui apporter sa pierre à l'édifice, ou plutôt Olivia. Il la posa par terre et la petite se dirigea vers Ville, sachant qu'il la comprendrait. Il se mit à sa hauteur.

- J'ai un cadeau pour tes bébés, lui dit-elle en finnois de sa petite voix timide. Elle lui tendit une peluche avant d'ajouter : C'est les deux mêmes. C'était à moi avant, alors tu leur diras d'en prendre soin.
- Bien sûr que je leur dirais, Princesse !


Il l'embrassa sur le front, et elle se dirigea vers Kim pour lui donner la deuxième peluche. La jeune femme n'avait pas compris le sens de ses mots, mais savait que c'était un cadeau spécial. Kim prit Olivia dans ses bras et la serra contre elle.

***

- Qu'est ce qui t'a poussé à subir tout ça ?

Un large sourire s'installa sur le visage de Ville à cette question pourtant si sérieuse.

- Toi.

Kim arrêta subitement de jouer avec les boucles de Ville. Elle le regarda droit dans les yeux.

- Je me sens mal, vraiment. Après tout ce que je t'ai fait traverser, et ce que j'ai fait à nos filles... J'ai l'impression que je n'ai plus le droit d'être heureuse et que je ne serai pas à la hauteur.

Ville sentit soudain la peine l'envahir. Il la resserra un peu plus contre lui et il enfouit son visage dans le cou de la jeune femme.

- Tu sais, je ne me sens pas mieux, lui murmura-t-il à l'oreille. Lorsque tu m'as dis que tu attendais Elias, j'ai eu si peur que je suis parti... Je n'étais pas prêt, et je ne l'étais pas plus la seconde fois, mais je n'ai rien dit. J'avais peur, tout le long j'ai eu peur, et même maintenant de ne pas savoir y faire. Mais après m'être senti si coupable de la mort d'Elias, et tout la souffrance que tu as éprouvé après, je ne pouvais pas te dire que je ne voulais pas... J'avais peur mais je n'ai rien dit, car je savais que cela te rendrait heureuse. J'ai toujours peur, mais maintenant nous n'avons pas le choix. J'ai mené tout ce combat pour toi, et pour elles, mais je ne me sens pas bien car j'ai aussi l'impression de l'avoir fait pour ma conscience. Nous serons à la hauteur, parce que nous ne pouvons pas faire autrement, et parce que nous ferons tout ce qu'il faut pour ça.


Kim ne répondit pas. Elle se sentait rassurée par ses mots, et par le fait que maintenant elle se sentait égale à Ville. Tout cela était derrière eux maintenant, il fallait aller de l'avant, il n'y avait pas d'autre solution. De longues minutes s'écoulèrent, en silence, dans ce couloir d'hôpital désert. Jusqu'à ce qu'on leur apporte leurs filles. Ils purent enfin les prendre dans leur bras, les sentir bouger comme jamais, sentir leurs petits membres s'agiter, leurs c½urs battre, leurs petits corps qui semblaient inconsistants dans leurs bras d'adultes, la peur d'être trop maladroits. Tout cela se bouscula d'un seul coup dans leur esprit. Mais ils n'eurent pas le temps de s'y habituer. Ils devaient quitter l'hôpital, mais ils étaient attendus. Il n'y eut bientôt plus de gêne, mais un instinct de protection plus fort que le reste. Kim et Ville sortirent, leurs enfants contre eux, sachant qu'aucun de ses vautours dehors n'auraient la moindre photo, la moindre parcelle à voler de ces vies qui commençaient.



* Non c'est pas ça l'histoire vraie, mais ça aurait pu !
** Oui, ceci est bien tiré d'une histoire vraie, et en réalité Jukka est Guiz !

Merci Sorn pour la correction !

# Posté le dimanche 19 avril 2009 09:56

Modifié le lundi 20 avril 2009 15:25