First you have to save yourself
If you want to free her from the hurt
Don't do it with your pain”
(HIM – Circle Of Fear)
Kim s'installa enfin dans l'avion, essayant de se reposer, malgré son esprit tourmenté. Elle ne comprenait pas le jeu de Ville, peu importe les raisons qu'elle pouvait s'imaginer, aucune ne lui semblait valable. Pourquoi était-il assis à côté d'elle sur ce vol pour Los Angeles ? Il avait prévu tout cela. Elle le savait, mais pourquoi ? Le jeune homme était installé calmement à ses côtés, semblant détendu, faisant preuve d'un grand contrôle et surtout d'ignorance bien dosée... Elle ne pouvait le supporter.
"Je ne vois pas pourquoi tu prends la peine de m'accompagner si tu m'ignores... Je pouvais faire le voyage seule. Pourquoi tu fais tout ça ?"
Il continuait à avoir les yeux rivés sur son livre. Il finit sa page, puis la tourna, lentement. Ville répondit enfin à Kim, sans même la regarder :
"Je le fais pour nous, et peut-être aussi pour voir jusqu'où tu peux aller... Te tenir devant moi alors que tu m'as trompé est bien trop facile, Kim. Se tenir ainsi devant le reste du monde est bien plus difficile...j'ai hâte de savoir quel rôle tu vas jouer cette fois."
Il lui fit ressentir toute sa ranc½ur simplement au son de sa voix. Le jeune homme n'avait pas eu l'intention de la laisser s'en aller, seulement de la faire souffrir, comme lui souffrait. Comme une sorte de vengeance, pour rétablir l'ordre des choses. Ayant compris ceci des quelques mots qu'ils venaient d'échanger, Kim ne chercha pas à en savoir plus. Elle n'eut pas la force de lui demander ce qu'ils allaient faire à Los Angeles, et s'ils en reviendraient, ensemble ou non. Elle se dit simplement que puisqu'il voulait la faire souffrir, si cela pouvait l'aider, alors qu'il le fasse, elle subirait. Elle attendrait simplement que sa colère et que la douleur passe, comme toujours. Que pouvait-elle bien faire d'autre ?
***
Jukka, Mike et John arrivèrent à l'entrée de l'immense salle de spectacle pour se prêter aux objectifs des photographes et aux yeux des fans qui les attendaient sur le tapis rouge. John ne voyait pas d'inconvénient à être présent à une cérémonie de remise de prix si sa présence était requise, Jukka y voyait une occasion de plus de faire partie du spectacle et amuser la galerie, tandis que Mike détestait ce genre d'événement. Et il n'était pas le seul, une des raisons de l'absence du quatrième membre d'Enema. Les trois hommes devaient donc représenter le groupe à eux seuls. Le tableau était saisissant : Jukka essayait de se faire aussi carré que John alors que celui-ci lui tapotait doucement le haut de la tête de façon moqueuse. Mike se tenait simplement à côté d'eux, les regardant avec un large sourire un instant, puis balayant la foule ensuite. Deux silhouettes familières apparurent au bout du tapis et s'approchaient d'eux. Le bassiste se pencha vers le guitariste et essaya de lui en faire part au creux de l'oreille, mais le bruit, les cris et les flashs tout autour (d'eux) l'empêchèrent de saisir l'information. Mike donna alors une tape sur l'épaule aux deux hommes et indiqua la direction dans laquelle ils devaient regarder d'un mouvement de tête. Les musiciens fixèrent bouche bée, avant que Jukka ne flanque à ses deux compères un coup de coude bien senti. Essayer de ne pas paraître trop surpris était le message. C'était aussi le message que renvoyait les yeux de Kim, d'un simple regard. Elle ne savait pas ce qu'elle venait faire ici, elle n'en avait aucune envie, mais visiblement, Ville pensait le contraire. La jeune femme prit presque naturellement sa place entre les trois musiciens et le chanteur, avant que deux fois plus de journalistes ne s'approchent du petit groupe. La présence de Kim et Ville étaient une grosse surprise pour bien plus que les musiciens, et tout tournait autour d'eux à l'instant même où ils posèrent un pied hors de la voiture. Surprenant pour beaucoup, mais apparemment pas pour le jeune homme. Ville savait ce qu'il faisait, semblait à l'aise, restait aux côtés de Kim et souriait. Il se prêtait au jeu au même titre que Jukka, Mike ou John. Elle n'avait d'autre choix que de poser elle aussi, d'afficher un sourire et d'entrer pour continuer la soirée. Ils étaient là, tous les cinq, l'un à côté de l'autre. Jukka et Mike avaient maintenant les bras passés autour des épaules l'un de l'autre et s'amusaient à mélanger leurs cheveux blonds. Ils ressemblaient presque à des frères : les mêmes cheveux blonds mal coiffés, les mêmes baggys trop bas, les mêmes pulls ou t-shirts tels des panneaux publicitaires pour des groupes de tous horizons. John se tenait simplement un peu derrière Kim, bien plus grand qu'elle, comme son ombre, avec ses vêtements noirs, assez simples pour une fois. Il se confondait presque avec elle, portant un tailleur-pantalon noir et une chemise blanche ouverte. Ses cheveux étaient attachés. Elle était sobre, mais élégante. Ville lui correspondait presque en tout point. Il la tenait contre lui, regardant les flashs crépiter. Tout semblait normal, chacun était lui-même et faisait ce qu'il avait à faire...en apparence. Un flash se fit plus fort et plus proche que les autres. Juste au moment où Kim était en train de chercher Ville des yeux, cherchant un contact, quelque chose la rassurant. Mais son regard s'était perdu, tout comme elle l'était au milieu de cette foule. Elle tourna la tête et vit que Jim était à l'origine de cet élément perturbateur. Il n'y avait que lui pour saisir le bon instant, le détail révélateur, et plus particulièrement chez sa s½ur.
« Les apparences sont trompeuses...mais pas pour tout le monde... »
Jim lui avait lancé ces quelques mots à l'oreille avant de s'éloigner et de se perdre dans la foule. Kim s'en moquait bien, son frère était le dernier de ses soucis. Les autres essayaient de ne pas montrer leur étonnement. Seul Ville se demandait ce que Jim pouvait bien savoir, et ce qu'il pourrait raconter. Ils continuèrent leur chemin, jusqu'à disparaître dans la salle. Bien des choses avaient du être changée à la dernière minute pour Kim et Ville, mais ils eurent finalement un siège avec le reste du groupe. Mais aussi avec Jim.
« Cette mascarade est ridicule, qu'est ce que vous venez chercher ici ? Lequel a forcé l'autre ? Je pensais que vous aviez mieux à faire que de vous exhiber dans ce genre de soirées « pompeuses », comme le dit si bien Kim. Mais apparemment, non... »
Ni Ville ni Kim ne prirent la peine de lui répondre, personne n'osait réellement poser de question. Et Jim n'avait rien vu, pensait sa s½ur.
Elle se leva avec le reste du groupe lorsque le nom d'Enema fut nommé pour une récompense. Ils montèrent sur scène recevoir le prix. Aucun des trois hommes n'osa s'approcher du micro pour les remerciements. Ils laissèrent la place à la chanteuse, sans trop savoir à quoi s'attendre, sachant seulement que si elle était là, il y avait une raison. La jeune femme s'approcha difficilement. Les mots ne venaient pas. C'était comme si elle n'avait rien à dire, pourtant elle avait tellement de choses sur le c½ur. La peur des mots mal choisis se faisait aussi ressentir. Kim se tenait là, devant toute cette foule qui attendait quelques mots. Un merci aurait suffit, mais il ne vint pas. John lut dans ses yeux, comprit qu'il lui fallait plus de courage qu'il ne paraissait. Il glissa discrètement sa main dans la sienne, et la serra, sa façon à lui de la soutenir. Et les mots vinrent enfin, spontanément, devant tout ces gens, mais surtout devant une personne :
« Pendant notre voyage, tu m'as demandé si j'oserais me tenir face au monde, avec ma tromperie, comme j'avais osé le faire face à toi. Alors ce soir je le fais, et en demandant pardon. Me tenir face au monde entier est facile, tellement plus facile que de me tenir devant toi si je t'ai blessé, car je ne supporte plus de voir ceux autour de moi souffrir. Surtout toi. Depuis que je t'ai rencontré, j'ai désiré plus que tout la paix, le repos, loin du monde et de l'agitation, loin de la vie que j'avais mené jusqu'alors, et partager tout cela avec toi. C'était notre idéal, nous ne voulions que peu...si peu. Nous n'avons obtenu que le contraire. L'attente, la douleur, l'impuissance, le battage médiatique...la mort. Je sais que tu ne voulais pas cela, qu'il fallait sauver les apparences, tu voulais encore espérer. Alors je ne peux que te donner cette chanson. Je l'ai écrite pour nous, avec toi. Il ne me reste que cela et je souhaite simplement que tu l'entendras. ».
Personne ne s'y attendait, mais elle avait réussi à avoir un piano, quelqu'un au violoncelle, une basse et une guitare. Si peu pour une chanson qui avait tant de sens pour elle malgré tout. Un seul regard et Jukka et Mike savaient qu'ils devaient l'accompagner. Ils s'assirent et les premières notes de Serene Dream raisonnèrent. Ses doigts parcouraient le piano pour produire des notes qu'elle connaissait si bien. Ses yeux étaient fermés pour les ressentir plus intensément. Elle revoyait tous ces instants passés avec Ville ces derniers mois à Helsinki, leurs sourires, leurs moments de tendresse, leurs étranges discussions à propos du prénom de leur futur enfant, le jour où elle avait écrit ce morceau et toutes les attentes qu'il portait... Sa voix vacillait parfois d'émotion, se faisait plus douce et basse parfois. Sa peau frissonnait au fil des souvenirs, pendant que le morceau gagnait en intensité. Elle joua ses dernières notes de piano, laissa mourir la dernière note de sa voix. Puis elle ouvrit les yeux, et vit que Ville n'était plus là.
***
« Tu es pire qu'un enfant, Kim ! » lança Jim alors que sa s½ur venait de passer devant lui et entrer dans la maison sans même leur adresser un mot, à lui et à Hazel.
« Pour ce que tu en as à faire... » répondit-elle doucement. Jim l'entendit et se leva, en soupirant et jetant son journal de côté. Il trouva ses deux s½urs dans le salon. Rose lisait alors que Kim n'avait visiblement envie de rien.
« Très bien, Kim, commença son frère. Dis moi ce que tu me reproches et que l'on en finisse avec ça !
_Je ne suis pas sûre que tu veuilles l'entendre...
_Mais puisque je te le demande ! Ca a à voir avec une certaine visite à Helsinki, je suppose ?
_Je formulerais plutôt ça comme « Aider sa s½ur qui en a besoin, l'écouter, la rassurer, la conseiller », mais sinon c'est à peu près ça, oui. » Son ton sec le sidéra, tout comme ce genre de reproches. Il s'était excusé, certes pas très finement mais il n'avait eu aucune envie de se déplacer pour une chose à laquelle il ne pouvait rien.
« Je ne pouvais pas venir, Kim ! Tu aurais du le comprendre, mais je crois que ça n'est pas le cas. Et puis que voulais tu que je vienne te dire ? Que voulais tu que je fasse ? Je suis aussi impuissant que toi dans cette histoire !
_Une simple présence aurait suffit ! s'écria-t-elle. Mais tu n'es pas venu, ce qui n'est pas du tout du genre de Jim que je connais ! Tu n'as pas pris la peine de m'écouter, comment peux-tu savoir si tu n'as rien à me dire ? »
Jim pensa un instant qu'elle avait raison sur ce dernier point. Il hésita, mais continua quand même :
« Tu veux vraiment de mes conseils ? Tu veux vraiment savoir ce que je pense de tout cela ?
_Vas-y quand même, au point où j'en suis... »
Le jeune homme hésita un peu plus. Il fit quelques tours dans la pièce pour réfléchir clairement à ce qu'il allait dire, puis se lança :
« Tu veux réellement enlever la vie à ces enfants ? Si tu penses que c'est la seule chose à faire, si tu es convaincue au fond de toi et si tu as les preuves irréfutables qu'il n'y a que cette possibilité, alors va au bout. Il faut le consentement de Ville ? Tu peux t'en passer. Traîne le en justice, fais-lui un procès. Si tu sais que tu peux gagner, alors fais-le, car c'est l'unique solution. Mais souviens-toi, Kim, du jour où tu es venue me trouver pour me dire que tu comptais garder ton enfant, avec ou sans Ville. Ce jour-là tu m'as dis : « Jamais je ne pourrais tuer mon enfant, autant me tuer moi même. » Jamais...Ce sont tes mots exacts. Je te revois me les dire comme si c'était hier. »
Et Kim se revoyait elle aussi. Elle s'entendait dire ces mots, dans le bureau de son frère, un lieu tellement impersonnel pour une telle nouvelle. Elle se remémora aussi la journée qui venait tout juste de s'écouler, avant cette discussion. La jeune femme l'avait passé sur la tombe d'Elias. Elle savait à présent qu'elle ne voulait pas y voir deux noms de plus, ce serait plus qu'elle ne pourrait jamais en supporter. Seulement, que pouvait-elle faire d'autre ? Attendre était pire que le reste, pour une fin si certaine. Kim se sentit envahie par ce sentiment d'impuissance une fois de plus. Il saisissait tout son être, lui donnant une envie irrépressible de faire quelque chose, n'importe quoi, de bouger, d'agir. Peu importe, tant qu'il y avait une réaction. Les larmes vinrent à leur tour, soudainement, en un torrent incontrôlable. Kim se jeta dans les bras de son frère subitement. Il la tenait fermement. Elle criait, au milieu de ses larmes, se débattant dans l'étreinte de Jim.
« Je te déteste, Jim, tu m'entends ? Je te déteste ! Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tu me mets en face de tout ça ? »
Elle s'exprimait tant bien que mal, continuant à le maltraiter. Il ne pouvait que la tenir de son mieux, patiemment, sans trop essayer d'éviter les coups. Jim savait qu'il n'avait qu'à attendre que sa s½ur se calme. Kim le fit enfin. Elle laissa sa tête contre son torse et ses larmes couler. La jeune femme enlaça un peu plus son frère, comme pour essayer de se faire pardonner et se calmer un peu plus. Rose avait été figée tout le temps de leur dispute, comme bien souvent. La cadette savait qu'il ne fallait pas se mettre entre eux, mais elle ne pouvait s'empêcher d'être quelque peu choquée. Elle trouva finalement la force de se lever et d'adresser quelques mots à sa s½ur :
« Kim, tu sais que nous aimerions t'avoir avec nous, mais les choses ne s'arrangeront pas si tu restes. Ta place est à Helsinki. »
La chanteuse quitta la pièce. Elle ne voulait plus rien entendre et se dirigea directement vers sa chambre. Rose et Jim étaient plantés là, dans l'incompréhension, sans savoir ce qui avait pu l'offenser dans ces dernières paroles. Rose fut la première à réagir :
« Quel imbécile tu fais...Être gentil, était-ce trop te demander ? Elle ne va que de plus en plus mal... »
Jim ignora le ton inquiet de sa plus jeune s½ur et reprit le sien, désinvolte :
« Oh non, elle va déjà mieux ! Elle sera encore plus en colère après moi pendant deux ou trois jours, puis elle retournera à Helsinki à genoux pour se faire pardonner. Au fond je les aime beaucoup...Un partout dans le match « avec qui vas-tu me tromper cette fois ci ? ». Je sens que la prochaine manche va être exquise... »