Chapitre 28

[Bon je poste, comme je n'ai pas de bêta sous la main pour corriger mes fautes et bien...CE SERA LEUR FAUTE !
Enfin Sorn ou Myrkyn si vous passez par là hein, n'oubliez pas le petit regard qui tue sur la faute d'accord ou de grammaire ^^ !





Oh girl we are the same
We are strong and blessed and so brave
With souls to be saved
And faith regained
All our tears wipe away

In joy and sorrow my home's in your arms”

(HIM – In Joy and Sorrow)


Comment est ce qu'une chose pouvait mener à une autre, puis une autre, et encore une autre... Voilà ce à quoi songeait Kim dans l'avion qui la ramenait à Helsinki. C'était comme si les nuages qui défilaient à travers le hublot lui faisaient remonter le cours du temps, lui étalaient sa vie devant ses yeux. Comment avait elle fait pour partir des bas fonds parisiens jusqu'à la première classe de cet avion où une hôtesse anonyme et blasée s'évertuait à lui exaucer ses moindres désirs ? Comment est ce qu'elle pouvait s'exposer sur les scènes du monde entier, émouvoir les masses et leur faire croire que tout allait bien, entre deux prises de méthadone ? Comment pouvait elle croire atteindre, ne serait-ce qu'une seconde, le bonheur stéréotypé que devrait offrir une famille ? Cela était bon pour son frère, mais pas pour elle... Peut être que ces grands et dramatiques évènements de sa vie s'étaient produit pour une raison. Mais après toutes ces épreuves, ces créations, ces joies et ces peines, il ne restait que des doutes que l'oisiveté offerte par l'après tournée n'allait pas arranger.

***

Le plateau reproduisait un sous sol vide et grisâtre, leur rappelant à tous les endroits sordides où ils répétaient à leurs débuts. L'ambiance sur le tournage était cependant très bonne, et surtout studieuse. Tous s'affairaient, à gauche, à droite, dans les loges, tout était réglé à la seconde près, le matériel devait être enlevé et replacé suivant les prises, et cela n'était pas une mince affaire. D'imposantes lampes venaient réchauffer l'atmosphère de ce lieu aux couleurs délavées, entourant Ville d'un halo de lumière éclatant, tandis que d'autres prises le voyaient assis entre Linde qui jouait de la guitare sèche et Gas errant dans ce décor sans vie. Amplis, éléments de batterie, éclairage, caméras et musiciens devaient entrer et sortir sans cesse, d'une prise à une autre. D'étranges instruments de mesure étaient parfois installés, aux cadrans ésotériques et impossibles à faire fonctionner, mais essentiels à la vidéo. Le script collait aux paroles du morceau. Comme souvent, il était question d'un lien indestructible, d'entités inséparables, qui réussissent toujours à se retrouver, même dans la mort. C'était le cas ici, tout ces instruments enregistraient les signaux envoyés de l'au-delà par une jeune femme répondant au groupe qui lui jouait cette chanson. Ville avait commencé l'écriture de ces paroles pendant la tournée suivant Razorblade Romance, sachant très bien qu'au fond elles étaient vraies, sachant qu'il finirait bien par retourner un jour là où était sa place et sa maison : ses bras, ceux de Kim.
Il détestait les tournages, même s'ils se passaient bien. Jouer la comédie comme un clip l'exigeait n'était pas son fort, mais le chanteur essaya de faire abstraction de ce détail lorsque les caméras se mirent en route pour une nouvelle prise. Ville empoigna son micro et ferma les yeux. Il allait et venait dans ce flot de lumière oscillante que sa silhouette sombre coupait, tout en pensant à celle pour qui il avait écrit cette chanson, comme s'il ne l'interprétait que pour elle. Le jeune homme se déplaçait, les yeux toujours clos, comme plongé en lui-même, lorsque le refrain arriva. Il était face à la caméra, et il ouvrit les yeux, lentement. Ils continuaient à fixer le spectateur, perçants, défiants, pendant encore quelques instants. Puis le chanteur continua à se mouvoir au milieu des autres musiciens : Burton penché sur son clavier, Gas concentré derrière ses fûts, Linde plongé dans son monde et Mige bougeant dans toutes les directions. Le plateau était alors très lumineux, éclairé de toute part, baigné d'une lumière blanche émanant des lampes placées un peu partout, dans les amplis et même le micro de Ville. Leurs ampoules faiblissaient parfois puis se reprenaient, mais eux ne devaient pas arrêter de prétendre jouer. Jusqu'à ce que la musique s'arrête. La dernière prise venait d'être faite, le tournage était terminé.
Chacun se félicita du travail effectué, même si les fruits ne seraient réellement visibles qu'au montage. Le groupe s'éclipsa dans sa loge au milieu des remerciements. Ce genre de formalités avait beau bien se passer, les musiciens se sentaient épuisés après ces trois jours intensifs. Ils rassemblaient leurs affaires chacun de leur côté, dans un silence que vint rompre le son de la télévision allumée par le bassiste. Ville identifia vaguement le jingle de MTV news. La voix de la présentatrice lui semblait distante et abstraite jusqu'à ce qu'il distingue quelques mots qui le mirent en alerte. Le jeune homme se retourna, et fixa l'écran, alors que les autres tout autour de lui le fixait. Il put entendre son nom, et ces quelques mots qui lui étaient destinés lors d'une conférence de presse. Il pouvait difficilement croire ce qu'il entendait, il avait besoin de s'asseoir.

***

Elle s'assit immédiatement au fond du van, la tête contre la vitre teintée, regardant les roues avaler le bitume tout le long du trajet. Kim penchait entre soulagement et peur. La nouvelle avait était annoncée, mais cela n'était que le début. Le doute persistait aussi sur sa façon de faire. La presse était un rouleau compresseur redoutable qui ne l'avait jamais servie comme elle l'avait souhaitée, et elle avait choisi de passer par ce moyen là. L'inquiétude l'avait empêchée d'agir autrement, d'affronter en face ce qu'elle redoutait. Elle n'avait cependant plus le choix, il lui faudrait bien assumer ses erreurs, une fois de plus. Cette simple pensée l'angoissait, et l'emplissait aussi de regrets. Comment avait elle pu laisser cela se produire ? La jeune femme n'en pouvait plus de remuer sans cesse ces pensées dans sa tête. L'asphalte défilant sous le van du groupe ne l'empêchait plus de réfléchir. Kim alluma son I pod et une chanson se lança au hasard. « In Joy And Sorrow »... Elle était prête à changer pour éviter d'en rajouter lorsqu'elle entendit la voix de Ville. La chanson fut jouée entièrement, et Kim se disait même que peut être les paroles disaient vrai. Il ne les avait pas écrit pour rien, elle le savait. Il reviendrait toujours vers elle, pour longtemps encore, malgré tout...
In Joy and sorrow My home is in your arms...In a world so hollow it's breaking my heart...

# Posté le mercredi 24 octobre 2007 08:38

Modifié le vendredi 26 octobre 2007 15:54

Chapitre 29

No one can free you now
From the chains around your heart
Don't be afraid now
Just dive in this emptiness
And hold your breath on your way down

(HIM – This Fortress of Tears)



Il s'agissait de mots qu'elle ne pouvait comprendre mais dont les sonorités et l'intonation lui étaient familiers maintenant. Puis Ville éteignit le radio réveil, et elle se souvint. Le chanteur devait prendre un avion tôt dans la matinée pour quelque affaire à Londres. Ils ne pourraient donc jamais être en paix, pensait Kim en tirant Ville par le bras pour qu'il revienne vers elle. La jeune femme ne voulait pas le voir partir et briser ce petit cocon de chaleur qu'ils avaient formé pendant la nuit. Ses yeux étaient clos, ses cheveux noirs en bataille sur l'oreiller, tout son corps marqué par le sommeil et sa main serrait celle du jeune homme pour ne pas le laisser partir. Mais il n'avait pas le choix. Ses doigts effleurèrent la joue de Kim, et elle ouvrit les yeux. Il put distinguer leur bleu si clair grâce aux quelques rayons de lumière pâle que laissaient passer les volets. Il pouvait aussi y voir son inquiétude. La main de Ville glissa sous les couvertures et se posa sur le ventre de la jeune femme. Elle la recouvrit de la sienne. Sept mois aujourd'hui, cela faisait sept mois. Il venait de s'en souvenir, et cet instant était comme idyllique. Mais il devait partir. Ville se pencha pour embrasser Kim et lui murmurer : « Ca ne sera pas long, je te le promets... »
Peut-être avait-il essayé de se convaincre lui-même que ces quelques jours à Londres passeraient vite, même s'il n'avait aucune envie d'y aller. Ville se sentait déjà oppressé rien qu'en sortant de leur maison d'Helsinki. Les journalistes étaient toujours là, essayant tant bien que mal de se dissimuler autour de la petite île. A l'intérieur, le couple savait que rien ne pouvait leur arriver, mais lorsqu'il sortait... Kim avait pensé calmer leurs ardeurs en faisant son annonce publiquement, mais il n'en était rien. Le chanteur se dépêcha de monter dans la voiture qui devait le mener à l'aéroport, détestant cette sensation de ne pas être seul.


***

« Soyons honnêtes...Avoir un enfant, et en plus avec toi, c'est comme s'il les avait dans un étau le pauvre Ville ! » lança Jukka en guise de bonjour.
« C'est d'ailleurs tout ce qu'il trouve à m'envoyer pour me tenir compagnie pendant son absence ? Toi ?! » répliqua Kim en lui ouvrant la porte. La petite amie du guitariste entra derrière lui, veillant au grain et prête à rattraper ses bêtises.
« Je suis désolée Kim, j'ai vraiment essayé de m'en débarrasser mais je n'ai pas réussi, c'est pour cela que nous sommes en retard. »
Jukka détestait ne pas comprendre ce qu'elles se disaient mais décida de ne pas protester pour cette fois. Le blond fonça dans le salon se réchauffer et s'enfoncer dans le canapé pour apprécier pleinement le début de son séjour. Ne rien faire serait son credo pendant trois jours, Kim et Jade étaient prévenues. Il dut pourtant se relever une heure plus tard sur ordre des jeunes femmes. Elles avaient finalement réussi à le convaincre de faire la cuisine.
« Je te jure que tu as le bon rôle dans cette affaire Kim ! Tu en profites pour m'exploiter, mais je me vengerai ! Quant à toi, Jade...
_ Tais-toi et regarde ce que tu fais !
coupa cette dernière. »
Jukka se tut effectivement, sous le regarde étonné de la chanteuse et de sa petite amie qui s'attendaient à une réplique. Son regard était dirigé vers la télévision au-dessus de Kim, qui diffusait le journal télévisé d'une chaîne finlandaise. Lorsqu'elles comprirent enfin ce qu'il regardait, elles se retournèrent, mais le reportage était terminé. Le visage de Jukka était grave lorsqu'il quitta la pièce pour répondre au téléphone. Kim lança un regard interrogateur à Jade. Elle se contenta de hausser les épaules, ne comprenant pas ce qui lui prenait et les quelques mots qui lui parvenaient de la conversation en finnois qu'avait le guitariste.
Lorsque ce dernier fut de retour, il était clairement nerveux et finit de préparer le repas en silence, refusant de répondre aux interrogations, parfois fantaisistes, des deux jeunes femmes.
« Tu es vraiment étrange, Jukka. Arrête cette blague tout de suite... » La compagne du guitariste fut coupée par la sonnette de la porte d'entrée. Le jeune homme s'empressa d'aller ouvrir et revint accompagné de Seppo. Kim se releva d'un bond, ne s'attendant pas à voir leur manager ici.
« Mais qu'est ce qui se passe, Jukka ? » demanda-t-elle. Il regarda le vieil homme, lui fit « Non » de la tête et jeta le torchon qu'il tenait. Il était clair qu'il n'était pas en état de dire quoi que ce soit.
« Kim, viens avec moi s'il te plait. »
La jeune femme suivit Seppo, sans poser de question, sachant qu'une explication viendrait assez tôt. Elle n'avait pourtant pas la moindre idée de ce qui pouvait leur passer par la tête. Dans le salon se trouvaient Mige et Linde. Les musiciens regardèrent Kim avec inquiétude alors qu'elle paraissait plutôt les interroger. Une fois assise, elle scruta chacun des trois hommes dans la pièce. Ils avaient l'air à la fois inquiets mais aussi très gênés, comme si la raison de leur présence était bien trop dure à dévoiler. Ttout cela commençait à alerter fortement la jeune femme. Mige prit la main de la chanteuse, ce qui la fit sursauter. Mais Seppo ne lui laissa pas l'occasion de protester.
« Kim...Ecoute, je...Je ne sais pas comment le dire et...Ce n'est pas facile... »
Il hésitait, longuement, et pendant chacune de ses pauses, Kim avait l'impression d'entendre son c½ur battre un peu plus fort, comme s'il était posé à côté d'elle, résonnant dans toute la pièce.
« Voilà...L'avion dans lequel se trouvait Ville s'est écrasé et... nous n'avons pas de nouvelles... »
Son c½ur sembla s'être arrêté. Elle n'entendait plus ses battements. Sa main serra celle de Mige par réflexe. Son cerveau, lui, ne comprit pas tout de suite. Il y eut quelques secondes où elle ne réagit pas, serra cette main dans la sienne, sentit les larmes monter et son souffle se couper. Kim se tourna vers les musiciens.
« Mais...Mige, Linde...Non, vous savez que...ça n'est pas vrai ? » balbutia-t-elle, sans entendre ce qu'elle disait. Le guitariste baissa les yeux et fit un signe de tête... « Si ».
La nouvelle fut enfin assimilée, elle prit tout son sens, toute son horrible réalité prit forme dans l'esprit de la jeune femme, comme une explosion. Kim se releva, lentement, et se dirigea vers la porte, de façon automatique. La porte se referma derrière elle, et ils entendirent la jeune femme hurler. Mige vint la prendre dans ses bras. Il pouvait sentir chacun de ses membres trembler, son c½ur s'emballer et l'entendre lutter pour respirer. Ses doigts fins se crispèrent et s'accrochèrent au pull du bassiste, ils y étaient ancrés, le serrant aussi fort qu'ils le pouvaient, jusqu'à en trembler eux aussi. La jeune femme était complètement détachée du monde extérieur. Son esprit ne comprenait plus qu'un seul mot : « Non ». Non, ce n'était pas possible. Non, elle nageait en plein cauchemar et allait bientôt se réveiller. Mais à chaque fois la réalité allait bien plus vite et se heurtait de plein fouet à ses pensées, provoquant un nouveau spasme de douleur, un nouveau sanglot, un nouveau râle pour tenter de respirer. Sa tête tournait et résonnait comme si tout autour d'elle était bel et bien en train de s'écrouler. Kim s'accrochait à Mige comme si le fait de serrer du plus fort qu'elle le pouvait était la seule chose qui l'empêcherait de sombrer.

***

La chambre était plongée dans le noir, comme son esprit, se disait-elle. La seule source de lumière venait de la télévision en face d'elle. Kim avait passé des heures assise sur son lit, à regarder les mêmes informations en boucle sur BBC, peut-être dans l'espoir d'avoir un semblant de nouvelles. Mais elle n'avait rien obtenu. La jeune femme n'arrivait même plus à comprendre les journalistes. Elle était juste hypnotisée par les images et les couleurs, ne percevant que des sons et non des mots. Les larmes avaient laissé place à un grand vide en elle, à une fatigue pesante qu'elle n'arrivait pas à soulager, ne pouvant trouver le sommeil. La chanteuse ne pleurait plus du fait que le parfum de Ville flottait tout autour d'elle dans la pièce. Cela l'avait calmée au moment où on l'y avait amenée.
Quelqu'un entra dans la pièce et vint s'asseoir sur le lit à côté d'elle. La chanteuse réussit à reconnaître Linde et à reprendre quelque peu ses esprits lorsqu'il lui adressa la parole.
« Excuse-moi, je venais simplement voir comment tu allais...
_ Linde, je t'en pris, rentre chez toi. Tu as une femme et une petite fille magnifique, alors c'est avec eux que tu devrais être, pas ici. S'il te plait, tu es fatigué, ne te préoccupe pas de moi. Va les rejoindre.
»
Il comprit ce qu'elle voulait dire. Elle aurait voulu que Ville soit là, comme lui était présent pour sa famille. Le guitariste renouvela son soutient à la jeune femme avant de s'en aller.
Alors Kim se renferma de nouveau sur elle-même. Le fragile équilibre qu'elle avait réussi à établir venait de voler en éclat par un simple claquement de porte, comme celui qui avait précédé Ville le matin même. L'angoisse commençait à monter. Elle ferma les yeux et se sentit flotter dans le vide de son esprit, qui semblait s'enfoncer un peu plus. Elle retint son souffle, la descente semblait sans fin, et elle s'y trouvait seule...

# Posté le mercredi 14 novembre 2007 10:37

Modifié le lundi 21 janvier 2008 15:05

Chapitre 30

Chapitre 30
Merci à Jade pour la correction (donc s'il reste des fautes, c'est sa faute ! )


« This fortress of tears
I've built from my fears for you
This fortress won't fall
I've built it strong for you »

HIM – Fortress Of Tears


Sa tête était affreusement lourde. Beaucoup trop lourde pour qu'aucun mouvement ne soit envisageable. Pourtant, elle ouvrit lentement les yeux au son de la porte. Kim fut aveuglée par la lumière du couloir et ne put reconnaître la personne qui venait d'entrer. Le lit s'enfonça légèrement lorsque cet inconnu s'y assit. Elle sentit une main saisir la sienne, une main large et forte. Puis elle entendit son nom, plusieurs fois, prononcé d'une voix grave et profonde. La jeune femme reconnut enfin la personne qui se trouvait à ses côtés et reprit ses esprits. Elle se demanda vaguement combien de temps elle avait pu dormir, ne se rappelant pas avoir senti le sommeil venir. Puis tout lui revint, la visite de Seppo quelques heures plus tôt, cette nouvelle, la douleur, le vide, cette absence. Kim vit tout cela défiler beaucoup trop vite pour son esprit. Elle su que la douleur qu'elle avait ressenti à l'annonce de la nouvelle allait revenir, que son corps allait encore la faire souffrir, mais il passa ses bras autour d'elle, tentant de la rassurer comme il le pouvait. La chanteuse se sentit quelque peu apaisée en sa présence, mais elle ne savait toujours pas quoi faire. Tout en elle la poussait à agir, elle voulait savoir, comprendre, avoir des nouvelles, peu importe si elles étaient bonnes ou mauvaises. Mais Kim ne pouvait rien faire, attendre la rendait folle, mais elle savait aussi qu'une mauvaise nouvelle la rendrait bien plus que folle. La jeune femme resta ainsi quelques minutes, la tête sur l'épaule de Jyrki, entourée de ses bras et ses mains reposant sur son ventre rond, à livrer sa bataille intérieure faite de questions incessantes, de scénarios allant du meilleur au pire, d'un doute grandissant et d'une douleur indescriptible. Tout ceci s'arrêta soudain. Kim venait de remarquer une chose à laquelle elle ne pensait plus depuis de longues minutes. Elle se redressa subitement, coupa sa respiration pour mieux entendre. Mais il n'y avait rien à entendre, rien à ressentir. Rien qu'un long et pesant silence, que Jyrki respecta, inquiet. Ce silence vola en éclat. Quelques mots de Kim suffirent. « Le bébé ne bouge plus. »
Le silence n'existait plus, entre les pas précipités de Jyrki dans les escaliers, sa voix paniquée au téléphone, la panique qui se répandait parmi ceux qui étaient restés, les allées et venues dans toute la maison, les sirènes et tous ces médecins qui s'affolaient. Le silence n'était que dans la tête de Kim qui, bien que manipulée, déplacée au beau milieu de toute cette agitation, était immergée dans l'océan de ses pleurs.

***

Il était assis à côté du lit, dans ce fauteuil presque trop grand pour lui. Tout en tenant sa main, il regardait par la fenêtre. La neige tombait doucement sur Helsinki, les sombres bâtiments se démarquaient de la clarté matinale et le jeune homme regardait les flocons se détacher du ciel lentement, pour ne pas la regarder elle. Kim était endormie depuis son arrivée. Elle avait l'air calme, comme si rien ne s'était jamais produit, si on ne remarquait pas les cernes sous ses yeux et son autre main crispée sur le drap. Ville savait tout ce qui venait de se produire pendant son absence, comment un simple retard à l'aéroport et une erreur d'avion pouvait faire basculer autant de choses. Il savait aussi que Kim ne pouvait pas être tranquille. « Nous ne pouvions rien faire. Elle se laisse mourir. Elle ne fait que pleurer, ou dormir. Il n'y a rien que nous ne puissions faire si elle n'en a pas envie... ». C'était les premiers mots que Ville avait entendu en arrivant ici, sous le choc. Et il l'était toujours, redoutant en même temps la réaction de la jeune femme lorsqu'elle le trouverait à ses côtés.
Etonnement, tout resta silencieux. Le seul bruit accompagnant son réveil fut celui des draps qui se froissaient, faible mais suffisant à attirer l'attention de Ville dans cette atmosphère si grave. Elle sera juste un peu plus fort la main dans la sienne, peut être trop épuisée pour pouvoir lui parler ou se manifester autrement. Il vint s'agenouiller prés du lit, mettant leur visage à la même hauteur. Ville pouvait lire dans ses yeux à quel point elle allait mal et sa gorge se noua encore plus. Comment pouvait-il lui expliquer qu'il ne s'agissait que d'une erreur ? Qu'il n'avait pas pu la contacter parce que ses bagages avaient disparus ? Le jeune homme ne pouvait supporter son regard. Il se redressa et ils s'enlacèrent tant bien que mal. Ville pouvait sentir à quel point elle était fragile et faible, son souffle court dans son cou lui rappelait combien elle était épuisée. Nerveusement, il commença à remettre en ordre les cheveux de Kim, si noirs sur cet oreiller trop blanc, comme pour éviter d'avoir à donner ces explications qui lui semblaient tellement dérisoires.
« Tu es là, Ville... Ne t'en vas plus. » lui murmura-t-elle péniblement. Il sut que s'expliquer serait inutile à cet instant.
« Je ne partirai plus, Kim. Mais je t'en prie, tiens le coup, ne me laisse pas... »
Le jeune homme savait qu'elle ne risquait certainement rien, mais il était réellement effrayé, ne sachant pas ce qu'il lui restait à découvrir encore. Ville resta avec la jeune femme. Le silence et les regards leur suffisaient, puisque l'autre était enfin là, souffrant mais encore présent. Il ne s'en alla que lorsqu'elle trouva le sommeil.

« Je ne veux plus avoir à la quitter...C'est trop dur. Je suis fatigué, je voudrais que l'on rentre chez nous. Je veux arrêter...tout. » Ville n'avait pu s'effondrer devant Kim, il se l'était interdit. Ses larmes se mirent à couler à peine le pas de la porte de l'hôpital franchit. Mige l'avait trouvé seul sur ce banc, tremblant tellement qu'il n'arrivait pas à fumer sa cigarette. Le bassiste comprenait. Le chanteur avait simplement envie de tout envoyer en l'air, de tout abandonner. Mige n'avait même pas le courage d'essayer de le raisonner, de s'opposer. Personne n'oserait et ne pouvait prétendre lui refuser le repos auquel Ville aspirait, même si cela signifiait la fin probable de tout ce qu'ils avaient entrepris jusqu'alors. L'homme remarqua soudain le regard du plus jeune, à la recherche d'approbation et de soutien, comme un enfant égaré. « Ne t'inquiète pas Ville, je serai avec toi. » Mige savait que le chanteur ne pouvait affronter seul ce qu'il savait arriver à grand pas.
Traverser ces couloirs labyrinthiques sembla sans fin à Ville, terrorisé, aveuglé par ces lumières qui défilaient au dessus de lui au rythme de sa marche. Il obéit mécaniquement aux recommandations du personnel du service qu'il entendait à peine. Sa conscience n'attrapa que quelques mots au vol. « Elles ne peuvent pas respirer seules...Nous ne savons pas si elles vont vivre... ». A peine un fauteuil lui fut-il proposé qu'il y tomba, perdu, désorienté, effrayé par toutes ces machines et leurs bruits subtils mais entêtants. Tous ces appareils pour ces deux petits êtres, ces deux petites filles. Ses filles. Si petites, si fragiles, par rapport à toutes ces machines qui tentaient de les maintenir en vie chaque seconde qui passait. Il se sentait désespérément attiré, mais quelque chose bloquait. Ses yeux étaient humides, mais il voyait ses larmes couler sur cette paroi froide et épaisse, lentement, traçant leur chemin malgré des obstacles que l'on ne pouvait voir. Elles se heurtaient à cette enveloppe qui le séparait d'elles, solides et protectrices, bien que barrière entre eux. Il aurait voulu avoir ce rôle, entourer ces deux petits êtres de ses bras, que ce soit sa chaleur qui les berça. Mais il n'avait que ses larmes roulant sur ses joues et venant ne faire qu'un avec la surface de cette petite forteresse de verre et de larmes.


***
Kim avait toujours aimé retomber dans le silence le plus complet. C'était pour cela que l'on s'était tout de suite intéressé à elle, pour les zones d'ombre entre les concerts, ainsi que le peu de frasques et de rumeurs qui réussissaient à s'en échapper. Lorsque le rideau retombait, on ne pouvait voir à travers, et c'est ce qui intriguait. Elle avait toujours fait en sorte de se protéger autant que possible. Il y avait Kim en public, et Kim en privée. Seules ses rencontres pouvaient être remarquées, certains agissements soulignés, mais la suite restait un secret. Mais depuis une de ces rencontres, avec Ville, tout avait basculé. Lui était toujours visible, entre deux tournées, deux rendez vous, deux avions... Quelques interviews ici, quelques collaborations par là, quelques concerts ailleurs. Ville ne se lassait jamais. Il y avait toujours un ½il sur lui, et bien qu'il n'ait rien à cacher, maintenant c'en était trop. Kim et Ville n'avaient pu éviter d'être mis à nu, leur carapace n'était pas assez épaisse et leur voile pas assez opaque. Leurs faiblesses et leurs coups durs avaient été étalés aux yeux de tous et il n'y avait donc plus rien à cacher. Celle qu'était Kim en privé avait pris le dessus et n'était maintenant plus qu'un seul et même personnage public, pathétique et effondré. Ville aurait souhaité pouvoir disparaître dans un endroit à l'abri de tous, qu'il n'avait jamais su se créer. Le sort s'acharnait aussi impitoyablement que leurs liens se resserraient. Plus rien de ce qu'ils avaient vécu ensemble ne pouvait espérer rester intime, mais il y avait encore ce qu'ils avaient créés. Leurs enfants étaient l'union de leurs deux êtres surexposés, et rien ni personne ne devait leur voler leurs nouvelles petites vies. C'était pour elles qu'ils devaient maintenant reconstruire une carapace, loin de ce monde d'hostilité et de convoitise. Et ils savaient que le chemin serait long et aussi douloureux que de les voir dans ces petites carapaces en verre. Qu'adviendra-t-il d'elles quand elles ne les auront plus ? Et si elles se refermaient sur elle-même, les emprisonnant ?
Ville luttait pour respirer, en proie à une crise d'asthme. La voix de Mige lui parvint finalement, le faisant reprendre quelque peu ses esprits, noyés sous toutes ses pensées.
« Raya et Luna... Nous avions tout les deux notre prénom favoris si nous avions une fille. Nous n'aurons pas à nous mettre d'accord sur un seul...
_Mais...et si... ?
» Mige hésitait, mais Ville avait compris. L'idée de perdre un petit être une fois de plus lui était inacceptable. Il s'était battu contre lui-même, contre ses peurs et ses questions, contre le sort même pour en arriver là, et il ne reculerait pas maintenant.
« Je me fous du temps et de l'argent que ça prendra. Je me fiche d'avoir à aller chercher moi-même les meilleurs médecins à l'autre bout de la planète. Je suis déterminé à aller au bout. Elles vivront, quoi que ça me coûte. ».

# Posté le dimanche 03 février 2008 19:03

Modifié le lundi 04 février 2008 08:27

Chapitre 31

"Today tomorrow seems so far away
And the wait in vain
[...]
Afraid that everything remains unchanged
In this fragile dream, yeah
Ashamed of the shattered remains
Of promises made, yeah"
(HIM - Sweet Pandemonium)


Un son familier la tira de son sommeil. Kim était heureuse de l'entendre, malgré ce que cela impliquait. Elle savait qu'elle devait se lever mais essaya de profiter encore du peu de temps qu'il lui restait pour se reposer, puis quelque chose la fit sourire. C'était Ville. Comme s'il s'agissait d'un rituel, il se levait lentement et sortait sur la pointe des pieds, le plus silencieusement possible, comme pour ne pas la réveiller. Mais ils savaient tous deux que Kim devrait se lever quand même, pour l'aider. Le jeune homme avait beau avoir à chaque fois la meilleure volonté du monde, en se levant pour s'occuper de la petite qui pleurait, il se retrouvait toujours très vite débordé, les pleurs de l'une entraînant ceux de l'autre...
Mais le bruit qui réveilla Kim à cet instant était tout sauf familier. Les machines entourant Luna et Raya étaient devenues avec le temps de simples éléments du décor. Leur son n'était plus qu'un gros ronronnement qui réussissait à plonger la jeune femme dans des rêveries, où elle s'imaginait des jours meilleurs. Tous ces rêves s'envolèrent en un instant, lorsque cette alarme se déclencha. Le personnel médical commença à s'agiter tout autour des enfants, laissant leur mère de côté, sans explications, absorbés par l'urgence, paniqués. Sans comprendre comment ni pourquoi, la jeune femme se retrouva dans le couloir, seule, dans le froid, sans aucun autre repère que le son de cette alarme, se mêlant à ses pensées. Elle ne se faisait toujours pas à ces murs, aux méthodes des médecins, censés être les meilleurs de ce pays. Malgré les heures passées ici, Kim n'arrivait pas à s'habituer à cet hôpital, et ne pas savoir ce qu'il se passait n'arrangeait rien. Elle était tout simplement effrayée, angoissée, perdue. Elle ne savait plus où elle était, ni avec qui. Elle entendait toujours les machines hurler, sans arrêt. Alors, peu importe les médecins qu'ils avaient trouvé, peu importe les traitements coûteux qu'ils pouvaient payer, toute la technologie qu'ils mobilisaient, l'argent et l'acharnement n'étaient pas ce qui pouvait les sauver. Savoir qu'elles allaient vivre, être enfin des enfants valait à présent tout l'or du monde, mais Kim n'arrivait plus à l'espérer.

***

« Jim, enfin, tu pourrais tout de même faire le déplacement... Elle en a besoin, elle veut sûrement te voir !
_Ecoute, Rose, je ne vais pas voler à son secours à chaque fois que quelque chose ne va pas, Kim est assez grande, elle peut se passer de moi. Je suis sûr que tout va bien se passer pour eux.
»
Elle était outrée. Rose comprenait que son frère ait envie de rester avec sa femme et son fils, mais il ne pouvait pas affirmer que tout se passerait bien et ne pas s'inquiéter pour leur s½ur.
Hazel soutenait ce point de vue, ne voyant pas d'objection à rester seule quelques temps, mais Jim ne voulait rien savoir. Les deux femmes essayaient de le raisonner, mais Logan lui servait de prétexte pour ne pas écouter. Il jouait avec l'enfant, le faisant sauter sur des genoux et rire aux éclats. Lorsqu'elles eurent finit, Jim laissa son fils gambader où bon lui semblait. Il s'empara d'une feuille de papier, y griffonna quelques mots et la mit dans une enveloppe.
« Puisque vous insistez, voilà pour Kim. Je n'en ferai pas plus. Ma femme est enceinte, mon fils n'a qu'un an, j'ai du travail, je reste donc ici. »
Rose n'eut d'autre choix que d'écourter son escale à New York pour rejoindre sa s½ur à Helsinki. Ce fut Jukka qui l'accueillit dans la capitale finlandaise, étant le seul possédant une voiture disponible. Elle lui exposa brièvement les évènements précédant son arrivée.
« C'est une sorte de concours entre Jim et Kim, c'est cela ? Du genre qui aura une équipe de foot le premier ? lança le guitariste.
_ Heureusement que nous sommes arrivés, je sens que je vais déformer et répéter tout ça ! répliqua ironiquement Rose avant de planter le finlandais là avec ses bagages.
_ Alors ajoute aussi qu'en Finlande on joue au hockey, donc ils n'en auront que six. ajouta-t-il, amusé. »

Kim était assise, droite, devant son grand piano noir. Elle faisait presque corps avec lui, tant le reste de la pièce était blanc, même les vitres de la véranda étaient couvertes de neige. Rose ne voulait pas interrompre ce moment tant sa s½ur semblait concentrée, plongée dans le morceau, bien loin du monde et de ses soucis. La musique s'arrêta. Elle vint s'assoir lentement à côté de son aînée, sans dire un mot. Cette dernière se contenta de sourire en la voyant, heureuse de sa présence.
"Tu m'as manqué Rose , lui dit-elle d'une voix calme mais lasse.
_ Je suis désolée Kim, mais Jim m'a donné cela pour toi, je ne sais pas ce que ça dit."

La chanteuse s'empara de l'enveloppe que lui tendait sa s½ur. Elle s'était attendue à ce que son frère soit là aussi. La vaste maison pouvait l'accueillir avec Hazel et Logan, il pouvait bien venir avec tout une fanfare s'il le voulait, elle s'en fichait. Elle avait besoin de lui, elle avait besoin de monde, d'être entourée. Leur demeure vivait nuit et jour, les gens allaient et venaient, mais jamais le couple n'était seul. Kim remit le mot dans son enveloppe aussitôt après la lecture, ne supportant pas d'être traitée par son frère comme une simple affaire professionnelle à régler en envoyant une petite carte pour que tout rentre dans l'ordre. Elle n'eut cependant que la force d'envoyer voler le courrier à travers la pièce, pas celle de pester contre lui. Rose comprit ce qu'elle ressentait, à quel point elle était lasse et fatiguée.
« Ecoute...Je sais que tu as besoin de nous mais parfois nous n'avons pas le choix. Je comprends que tu sois énervée contre lui, Jim n'a pas été très adroit cette fois. Il t'a peut-être blessée mais il a été là pour toi pendant tout ce temps, pour t'aider quand tu en avais besoin. Il pense seulement que tu es assez adulte pour prendre soin de toi maintenant. »
Kim considéra un instant le sens de ces mots. Elle avait presque oublié la gentillesse et la candeur de sa s½ur, qui la saisirent à travers ces mots bien qu'ils échouèrent à la réconforter. Puis, la tête sur l'épaule de Rose, elle se mit à pleurer doucement.
"Non, je ne le suis pas... Je me sens si petite, si tu savais... Toutes ces forces que je ne peux contrôler...Le temps, la douleur, la mort. Je ne peux même pas protéger mes enfants. Alors, sommes-nous un jour vraiment adultes face à tout cela ? "

***

Ville attendait dans le couloir, observant à travers la vitre les deux jeunes femmes. Il pensait que la venue de Rose allait remonter le moral de Kim, alors il les laissait passer du temps ensemble, avec les deux petites. L'atmosphère de l'hôpital semblait s'être un peu réchauffée avec la présence de Rose. Cela changeait des visites habituelles, où ils étaient seuls, avec ces silences entre eux qu'ils ne pouvaient supporter, et qui en disaient tellement long. Kim n'avait jamais osé parler ouvertement de ce qu'elle avait sur le c½ur, elle avait laissé Ville prendre les décisions, choisir les médecins, les traitements. Elle n'avait fait que suivre, essayer de s'accrocher aux quelques espoirs que le corps médical lui laissait entrevoir, sans rien objecter. Mais Ville sentait que parfois c'en était beaucoup trop pour elle. Lui aussi sentait la lassitude de sa compagne, mais préférait l'ignorer. Il avait fait une promesse, il se l'était juré. Il préféra laisser ces pensées s'envoler en voyant Raya sourire à Kim et Rose, alors que Luna dormait. Ces sourires étaient trop rares, mais ils existaient. Ville ne désirait aller de l'avant que pour eux, mais pas Kim. Elle laissa sa s½ur seule et sortit les larmes aux yeux. La jeune femme se jeta dans les bras du chanteur. Il la serra contre lui, l'entourant de ses bras le plus possible. Entendre le c½ur de Ville battre empêcha Kim d'éclater en sanglots. Ses mains agrippaient la veste du jeune homme, du plus fort qu'elle pouvait, comme pour y saisir quelque chose. C'est son courage qu'elle prit, pour rompre le silence.
« Je ne peux plus, Ville...Je ne peux plus les voir souffrir comme ça et attendre, toujours attendre, peut-être pour rien. Je ne veux plus !
_ Je le sais, mon amour. Elles sont là pour ça. Je te promets que tout cela sera bientôt derrière nous.
»
Il n'avait pas réellement su quoi lui dire, il doutait d'avoir été convainquant ou rassurant, mais surtout il avait peur de considérer pleinement le sens des paroles de la jeune femme.
« Non ! Attendre, encore, et les faire souffrir. Ne me dis pas que tu ne le ressens pas...Nous sommes ici chaque jour, nous les voyons avoir mal chaque jour, sans savoir quand cela va finir et surtout comment, et chaque jour j'ai mal aussi, avec elles. Je ne peux plus, Ville. Je veux en finir...pour elles. Je ne veux plus qu'elles aient mal. »
Il fut foudroyé par le sens des paroles de Kim. Ville ne pouvait plus y échapper maintenant. Depuis tout ce temps, il avait espéré, il s'était battu et démené, elle n'avait fait qu'attendre sagement, en se disant que peut-être ses filles lui seraient rendues, qu'elles pourraient s'en sortir. Maintenant, Ville se rendit compte qu'elles ne s'en sortiraient pas. Il avait l'impression d'avoir perdu une guerre. Kim l'avait décidé. Sa guerre pour la vie se terminerait par la mort. Comment pourrait-il la contredire ? Il ne pouvait plus nier qu'elle avait trop souffert au point de ne plus pouvoir exprimer sa douleur. Elle l'avait regardé dans les yeux, s'exprimant sans laisser passer un quelconque sentiment. Son regard était vide, las, alors que lui ne put que pleurer.

# Posté le vendredi 14 mars 2008 17:49

Modifié le dimanche 16 mars 2008 11:20

Chapitre 32

Corrigé par Sorn, parce que j'invente de nouveaux temps dans la conjugaison Française X)

“Please don't, what you hold will fade just like a rose and you'll
be alone, can't you see that what you hold it isn't gold.
please don't send another goddamn rose
the desire's sweet you keep taking blood from me
please don't send another goddamn rose”

(KidneyThieves – Red&Violet)



« Ville, ouvre moi, c'est Mige. Ouvre-moi, il faut que je te parle... » Le bassiste entra en entendant le verrou de la porte se décoincer. Le jeune homme était simplement assis sur son grand lit blanc, le visage tourné vers la fenêtre mais le regard perdu. Il avait l'air fatigué, de larges cernes soulignaient ses yeux et ses cheveux en bataille n'arrangeaient rien. Le jeune homme semblait profondément triste, quelque peu déboussolé, et affaibli aussi. Ville n'avait pas quitté sa chambre depuis quatre jours, refusant de parler à qui que ce soit, même à Kim. Surtout à Kim. Mige savait que son ami cachait sa ranc½ur de cette façon. Le chanteur en voulait à la jeune femme, pour sa décision. Il n'arrivait pas à l'accepter, et il n'en avait pas la moindre envie.
« Ville, écoute...Je ne sais vraiment pas quoi te dire pour te réconforter, je ne le peux pas. Mais Kim le peux, et tu le sais. Vous êtes tous les deux dans la même galère, vous êtes ensemble. Tu devrais lui parler. Arrête de t'enfermer, regarde comme tu te rends malade ! » Mige avait une voix presque plaintive, peinée. Il ne savait pas comment le convaincre, il n'avait pas la moindre idée de la façon dont il fallait se comporter avec celui qui était pourtant son ami depuis de nombreuses années, et qu'il n'avait jamais vu dans cet état. Ville serra la main de son bassiste en signe de reconnaissance, et d'acceptation. Il l'accompagnerait, il avait des choses à dire à Kim, et il sentait que c'était le moment.

***


Ils se tenaient face à face, la longue table d'acajou de la salle à manger entre eux, quelque peu mal à l'aise, sans trop savoir quoi se dire. Mais Kim dissipa ce malaise très vite.
« Je sais que tu me reproches quelque chose, laisse-moi seulement savoir quoi...
_Ta décision, Kim
, répondit-il froidement.
Elle soupira. Elle était fatiguée de s'expliquer, fatiguée de devoir affronter les regards incompréhensifs, les questions que l'on n'osait pas lui poser, les non-dits. Ville était la dernière personne à qui elle voulait se tuer à expliquer son point de vue, alors que pour elle il semblait si naturel qu'il la comprenne et la soutienne. Ce n'était pourtant pas le cas.
« Je suis fatiguée, Ville ! Il n'y a jamais rien de nouveau, jamais une nouvelle qui pourrait me donner encore un peu d'espoir. Il n'y a que toi qui t'accroches à des illusions, de l'attente, encore et toujours, et surtout cet horrible sentiment d'impuissance. Ne le ressens-tu donc pas ? Ne souffres-tu pas, toi aussi, de laisser ces enfants souffrir comme nous le faisons ? Pourquoi s'acharner alors qu'il n'y a plus d'espoir ? Je pensais que tu savais ce que c'était de te déplacer chaque jour en attendant une bonne nouvelle, quelques mots réconfortants, ou un sourire sur leurs visages...Mais apparemment non. » Kim était au bord des larmes, mais la colère qu'elle éprouvait de ne pas être comprise était plus forte.
« Il y a toujours un espoir Kim, seulement tu refuses de le voir ! Tu refuses de leur laisser une chance, de se battre et de savoir ce que c'est de vivre ! Tu agis en égoïste, simplement parce que tu ne peux pas attendre ! Ne crois pas que tu sois la seule à souffrir, moi aussi je hais voir mes enfants souffrir, mais la différence, c'est que je sais ce que je peux faire. Attendre et leur donner du temps, c'est la seule chose qu'il y a faire ! Je t'interdis de dire que je suis insensible, Kim ! Je ne suis pas celui qui veut que ses enfants meurent...
_ Laisse moi te rappeler qu'il y en a un qui ne porterait pas ton nom s'il n'était pas mort ! Merci pour l'insensible et l'égoïste, merci pour tout Ville. Je crois que j'ai besoin d'aller voir ailleurs quelques instants...
»
La jeune femme quitta la pièce en coup de vent, énervée, enragée, laissant là Ville, lui aussi en colère mais tout aussi perdu et déprimé. Mige, lui, était juste interloqué et impuissant.

Ayant fermé la porte derrière elle, Kim ne savait pas vraiment où aller. Elle n'avait envie de déranger personne, et ne savait pas réellement qui pourrait l'accueillir spontanément. Du moins, elle ne resta pas sans le savoir très longtemps. Kim avait conscience qu'elle ne devrait pas y aller, mais elle avait besoin de quelqu'un vers qui se tourner, et elle savait où trouver une porte ouverte. Un taxi la déposa à destination, mais elle sonna en vain. Cette fois, Kim ne sut vraiment plus où aller. Par dépit, elle s'assit dans les escaliers de l'immeuble. Elle se prit la tête dans les mains. Elle se sentait si vide et si seule. Elle évitait de remuer cette dispute dans sa tête, elle y résistait plutôt, sachant à quel point elle avait été blessée. Un bruit l'interpella, un étage plus bas, celui de quelqu'un qui montait. Il s'agissait de Jussi, surpris de trouver Kim ici. Sans dire un mot, il se tourna vers son successeur : Jyrki. Ce dernier lui fit simplement signe d'entrer dans l'appartement qu'ils partageaient. Au regard que lança le batteur à la chanteuse, il ne s'agissait pas pour lui d'une bonne surprise. Jyrki et Kim le suivirent cependant dans l'appartement. Ce ne fut que lorsque Jussi disparut dans sa chambre que la jeune femme prit réellement connaissance des lieux. Elle n'était jamais entrée auparavant, et ne les imaginaient pas vivre dans un tel endroit. C'était un vaste appartement de caractère, ne semblant pourtant pas destiné à en être un. Il s'agissait de l'étage d'une vaste maison bourgeoise du XIXe siècle. L'endroit était impeccablement tenu, et le salon au mur en arc de cercle vitré offrait une magnifique vue sur la ville, dans laquelle le regard de Kim se perdit. Le bras de Jyrki sur ses épaules la sortit de sa rêverie.
« Si tu viens me trouver, c'est parce que tu n'as pas pu trouver Ville... » Commença-t-il en s'asseyant sur un des divans. Il savait qu'elle avait besoin de réconfort. Il était là quand personne d'autre n'avait su le lui procurer. Le chanteur avait le sentiment que Kim ne voulait pas le reconnaître, mais elle vint tout de même s'asseoir à côté de lui et accepta le verre de vin qu'il lui proposa. Elle finit par craquer. Tout sortit, d'une traite. Raya, Luna, sa décision, le manque de communication, la dispute. Jyrki fut étonné de ne pas la voir pleurer. C'est ainsi qu'il sentit à quel point elle avait été blessée, ce qui avait fait naître en elle de la colère. Il vit aussi cela comme un signe de sa lassitude profonde, de son ennui. Elle était tellement désespérée et avait tellement pleuré qu'elle ne le pouvait plus.
Il lisait en elle, mais comme les autres, il ne sut pas quoi lui dire. Jyrki ne chercha pas tellement, ne souhaitant poser aucun jugement, mais aussi, au fond, ne souhaitant pas réhabiliter Ville aux yeux de celle qu'il convoitait. Dans un moment comme celui-ci, la convoitise et la tentation étaient bien trop fortes, et surtout il était facile de leur céder, quand tout était si confus et désespéré.


« Ah, ce Jyrki, il est tellement romantique ! Il les déshabille aux quatre coins de l'appartement mais réussit toujours à faire en sorte qu'elles soient à l'aise dans son lit. Bon, tu m'excuses, je te l'empreinte ! » Lança Jukka en entrant brusquement dans la pièce et tirant sur le bras de Kim pour la sortir du lit.
« Jukka, il est cinq heures du matin, et cette histoire ne te regarde pas ! Lâche-moi tout de suite !
_ Tu as l'air d'avoir les pensées bien claires subitement ! Sors de là, pendant que je ramasse les décombres de tes vêtements, Jussi n'a pas l'air d'avoir très envie de le faire !
»
La sortie tout aussi fracassante du guitariste finit de réveiller Jyrki et Kim. Ils ne savaient pas ce que faisait Jukka ici, mais ça n'était pas ce qui les préoccupait. Le fait qu'ils ne sachent pas quoi se dire ou que faire à cet instant leur parut plus alarmant. Après quelques longs secondes d'un silence pesant, il se leva et prit rapidement de quoi se vêtir. Il pensait devoir lui dire quelque chose, essayer d'être aussi rassurant qu'il le pouvait. Jyrki vint s'assoir à côté de la jeune femme et lui prit simplement la main.
« Il y a des chances pour que tout cela ne signifie jamais rien du tout...ou le contraire. Tout dépendra de toi, maintenant. Tu sais où me trouver. Tu peux prendre une douche à côté si tu veux, je vais voir ce que font les deux autres. » Elle s'exécuta, n'ayant tout simplement rien à répondre. Quelques minutes plus tard, elle sortit silencieusement de la chambre du chanteur. Seul Jukka l'attendait dans le salon, s'abstenant, pour une fois, de tout commentaire. La jeune femme le suivit simplement jusqu'à la sortie, lorsque quelqu'un la prit par le bras. C'était Jyrki. Il glissa dans ses cheveux une rose, qu'il venait juste de couper du bouquet trônant dans l'entrée. Il la laissant ensuite partir, un sourire aux lèvres comme dernier souvenir de cette nuit.

***


« Peut-on savoir ce que tu es venu faire ici ? demanda la jeune femme, une fois seule avec le guitariste dans sa voiture.
_Rien, je rendais simplement visite à des amis. Bizarrement, les mêmes que toi, quelle coïncidence !
_Qui te l'a dit ? Qui t'a appelé ?
_Hum...C'était les voisins je crois. Ca ne m'étonne pas, tu n'as pas la réputation d'être silencieuse, si tu vois ce que je veux dire !
»
Kim commençait sérieusement à être énervée par les réponses ironiques et déplacées de Jukka.
« Mais tu n'es donc jamais sérieux, Jukka ? Tu ne peux pas l'être au moins une fois dans ta vie ! Si tu dois t'occuper de ce qui ne te regarde pas, au moins fais-le avec un peu d'intelligence et de sérieux ! »
Le jeune homme se demanda un instant quoi répondre. Cette histoire l'agaçait. Si elle pensait que courir la ville au milieu de la nuit l'amusait, elle se trompait. Jukka ironisait pour ne pas s'énerver franchement devant une conduite qu'il condamnait, alors qu'il savait ne pas être en position de le faire. Mais comme tout le monde semblait partir de travers en ce moment, alors pourquoi pas lui ?
« Tu veux réellement que je sois sérieux, Kim ?
_Non, je m'en fous. On est arrivé de toute façon.
» Jukka freina alors brusquement. La voiture s'arrêta net. Il se tourna vers elle, d'un coup.
« D'accord, Kim, je vais être sérieux avec toi. Cette histoire me regarde quand Ville m'appelle au milieu de la nuit en me suppliant d'aller te chercher au fin fond d'Helsinki et en insistant bien pour que personne ne nous voie. Cette histoire me dégoûte aussi profondément, tout d'abord parce que Ville et Jyrki étaient supposé être amis, si ce mot a un quelconque sens à tes yeux. Mais le pire, c'est surtout toi, Kim ! Tu ne te rappelles donc pas du soir où cet avion pour Londres s'est écrasé ? Ne te souviens-tu pas de tout ce que tu as ressenti ? De ce sentiment d'avoir perdu Ville à jamais ? Tu pensais qu'il était mort, tu étais dans un état... Regarde-moi bien, Kim, car même moi lorsque je me souviens t'avoir vu à l'instant où Seppo t'a annoncé la nouvelle, j'ai encore cette peur qui s'affiche sur mon visage... Mais surtout, tu n'a pas vu le tien ce soir là ! Non, tu ne l'as pas vu... J'aurais donné tout pour ne jamais te voir comme cela, Kim ! ...Je ne sais pas comment exprimer ça mais...tout un monde s'écroulait avec toi, j'ai cru à une fin, je ne sais pas la fin de quoi mais j'étais terrifié rien que par ton regard. Tout cela, juste pour Ville...Et maintenant... Tu l'as cru mort et tu allais te laisser mourir avec lui, et maintenant tu agis comme cela ! »
La jeune femme resta interloquée. Elle était là, devant cet homme toujours si joyeux, les yeux dans les yeux, alors qu'il venait de lui résumer en quelques mots le pire sentiment de toute sa vie. Le temps se figea alors que leurs yeux ne se lâchaient plus. Jukka finit par détourner son regard. Il redémarrait la voiture quand la portière du côté passager claqua. Kim poursuivit les quelques mètres qui la séparait de la maison à pied. Qu'aurait-elle pu encore dire à Jukka en le quittant ? Il avait raison, et l'admettre faisait mal. Tout comme Ville eût du mal à accepter ce qui ce qu'il venait de se passer cette nuit-là.
La jeune femme eut à peine le temps de faire un pas dans l'entrée. Il poussa deux grosses valises vers elle, accompagnées de ces quelques mots :
« Tu pars pour Los Angeles...à moins que tu ne veuille retourner chez Jyrki ! »
Sous le choc et la douleur provoqués par le ton amer de Ville, Kim considéra sérieusement le choix qui lui était proposé...

# Posté le lundi 07 avril 2008 15:00