Chapitre 18

Chapitre 18
Chapitre 18 :

« It was a trickster, mister
I know why - this is the color of divine.
I burned my fire again
I answered all my questions
»
Trickster

Il sentait la crise monter, lentement pour mieux exploser une fois arrivée à son sommet. Ville n'arrivait plus à respirer, à cause de l'angoisse qui l'enserrait, et qui permettait à son asthme de se défouler. De l'air. Son inhalateur. Il aurait supplié pour cela, s'il avait pu parler au lieu de faire l'impossible pour retrouver son souffle. Ville était assis contre le mur entre le salon et la salle à manger, pendant qu'autour de lui Rose s'affairait, aussi paniquée que lui, à retourner toute la valise du chanteur pour trouver ce dont il avait besoin. Ils n'entendirent donc pas la voiture qui vint se garer dans la propriété. Jim passa la porte, soutenant une Kim épuisée, à bout de forces et au bout du rouleau. Elle ne pu que tomber à terre, dans les bras de Ville. Elle était là, il ne pouvait presque pas y croire tant il avait été saisi d'angoisse. Les larmes coulèrent sur ses joues, de soulagement.
« Je suis là, Ville...Je suis là » répétait-elle en chuchotant doucement dans son oreille, mais un peu comme si elle voulait s'en persuadé elle-même. Et bien qu'il la serrait fortement contre lui, il sentit qu'il allait déjà un peu mieux. Son c½ur se calmait et sa respiration s'apaisait, enfin. Il prenait de grandes bouffées d'air, comme pour aspirer sa présence. Rose pris la main de son frère, avant qu'il ne dise quelque chose de déplacer en cet instant, et déclara d'une voix calme, en regardant Jim d'un regard l'invitant à la complaisance :
« Allons nous recoucher, il sera temps de discuter de tout cela demain. ».
Ils abandonnèrent les affaires de Ville là, cela étant le dernier de leurs soucis pour le moment, et regagnèrent leurs chambres respectives.
Une fois couchés, de sa voix fatiguée et pleine de ses larmes à peines séchées, ce dernier dit à Kim à demi mots :
« Je suis tellement désolé...Si seulement tu savais, toutes ces choses...que je n'arrive pas à te dire, ou à te montrer...Je suis mauvais pour ce genre d'histoires Kim, et pour trouver des solutions...Je n'ai pas essayer de t'aider, j'ai encore voulu fuir...J'ai fuis.
_Moi aussi j'ai fuis, mais d'une autre façon. C'est moi qui ai un problème Ville...Je n'ai pas voulu le voir...Et c'est à moi de le régler, pas à toi.
_J'ai fait trop d'erreurs Kim, et je...
_Nous avons traversé trop de choses, et nous n'étions juste pas prêts à les affronter...
»
Elle avait raison, pensa-t-il. Ils s'étaient à peine rencontrés que tous avaient été trop vite. Les évènements se sont enchaînés, les émotions se sont bousculées jusqu'à devenir trop fortes pour résister. Et tous deux avaient tenté de tenir mais avaient fuit, elle essayait d'échapper aux souvenirs d'une enfance trop difficile, d'une mère trop loin et en pleine déchéance qui avait voulu mettre sa fille en garde mais en vain, et ensemble aux souvenirs qui ne s'écriront jamais avec leur enfant qu'ils ne verront pas grandir. Ville ne su quoi répondre, et un n½ud dans sa gorge l'en empêchait. Kim se sera un peu plus dans ses bras et plaça sa tête contre la sienne pour se plonger dans ses réconfortants yeux verts.
« S'il te plait, chante quelque chose pour moi. » Elle était comme une petite fille réclamant une berceuse. Le jeune homme la balança alors très doucement dans ses bras
« You are my heaven tonight, I'm in love with you, You are my heaven tonight ...
***

Le matin suivant, Kim n'eu pas voix au chapitre. Elle s'entendit dire qu'elle n'était pas en état de décider de ce qui serait le mieux pour elle. La jeune femme eue beau protester, et Ville pu toujours contester, et faire tout ce qu'il pouvait pour changer leur position. Ils ne voulaient pas être séparés, il n'y avait rien de pire, rien qu'ils n'auraient moins supporté que cela à l'heure actuelle. Mais Jim, John et Mike avaient pris leur décision : cure de désintoxication. A Los Angeles. Environ deux mois. Pas de visites. Quelques coups de téléphones, des lettres, mais surtout aucune mauvaise nouvelle, pour le « bien du patient »...

« Il y a des jours où je suis trop fatiguée pour me battre. A quoi bon ? Tu es loin, et ouvrir les yeux me fait trop mal. Je ne veux pas voir ce monde, pas voir ce qui me reste à franchir. Le personnel est agréable, et j'ai ici toute l'aide nécessaire, tous les gens qui devraient m'aider...Devraient, oui. Mais il y a ces jours où je ne le veux pas. Je pense parfois que je n'arriverai jamais à vivre dans ce monde, à vivre normalement, et surtout à vivre avec le passé. Rien ne sera jamais comme avant...Face à la justice nous ne sommes pas égaux, face à l'amour nous le sommes encore moins. Et pas même face à la mort. Mais face à la came, on est tous les même : plus rien. Alors pourquoi vivre dans un monde tel que celui-ci ? Toutes ces choses importantes ou ces valeurs n'ont plus de sens quand je vois ce qui se passe ici, les autres autour de moi. Comment peut-on s'en sortir quand on est aussi perdu, quand on a en plus replongé une seconde fois ? Pourtant, je suis assez lucide pour voir tout cela. Il semblerait que ça soit toujours par là qu'il faut commencer...
Puis il y a ces jours où tu es là. Quand je reçois tes lettres, avec ces timbres me rappelant nos jours heureux à Helsinki, quand j'ai l'impression que ton parfum empli la pièce, quand j'arrive à parler de ce qui fait mal, et tout simplement quand je pense à toi. Car je sais que nous nous retrouverons bientôt, que les choses iront mieux. Tu es comme ma lumière au bout du tunnel, se rapprochant un peu plus chaque fois que je la vois, bien qu'elle ne soit pas allumée tous les jours. La chose que je désir le plus est le jour où je serai avec toi, où je te serrai dans mes bras, où je te dirai que tout est derrière nous, finalement.
Il y a ces jours où je me dis que ce n'est qu'une bataille de plus, et ceux où je me dis que je n'arriverai pas à la mener. Mais il n'y a pas d'autres choix que de continuer à lutter, je suis ici et je dois bien y faire quelque chose...Rien ne sera jamais comme avant. Voilà pourquoi nous devrons tout refaire, nous construire une nouvelle vie. Mieux qu'avant. Nous irons où tu voudra, et même nulle part si tu le veux, car il n'y a rien que je ne ferais pas si c'est pour toi. Nous rendrons ce nulle part possible, où les bombes seront des fontaines de vie, où nous n'aurons plus soif et plus mal. Même si tout cela n'est qu'un rêve, je le tenterai, je l'écrirai et il existera quand je le chanterai...
Je ne fais d'ailleurs qu'écrire ici, et composer. Ils m'ont laissé une guitare acoustique, alors je ne fais qu'avancer petit à petit dans mes nouvelles ébauches de morceaux. D'une certaine façon, je trouve de quoi écrire ici, beaucoup de matière. Je me rend compte qu'avant, j'ai exploré mon passé, mais de façon malsaine et douloureuse. Puis j'ai voulu l'occulter, l'oublier. Et je me suis enterrée moi-même, on ne vit pas sans son passé. Ici, je peux explorer ce passé, et tenter de vivre avec, de façon saine. « Trickster » parle de ce constant retour en arrière et de ma façon de l'oublier, tout le monde sait comment...J'ai aussi écris « Placebo » évoquant ces cachés de substitution qui, je crois, ne me quitteront plus jamais, mais en y plaçant le v½ux le plus cher que tout cela soit enfin terminé. J'ai ajouté d'autres paroles à certaines chansons, et toutes se rejoignent ou presque. Toutes évoquent ce que nous avons traversé, jusqu'à maintenant, et d'autres évoquent ce qui reste du passé et qui remonte à la surface. Je me répète, mais le mieux serait que je te montre tout cela. Et tu le verras, tu l'entendras bientôt, très bientôt.
Maintenant, répond moi, et parle moi de toi, d'Helsinki, des jours qui passent, de ta vie, d'une vie normale...Je veux te lire, pour te sentir prés de moi.
7000 reasons to dream, one reason to live, one reason to me...You
Kim.
***

Ville posa la lettre sur la table basse. Il se sentait si seul sans elle. Kim lui manquait tellement que même ses occupations habituelles ne le passionnaient plus autant. Il ne se concentrait pas assez, ne s'investissait pas totalement dans ce qu'il faisait, ne participait qu'à moitié aux conversations autour de lui. Et il évitait au maximum tout journaliste pour le moment, bien que la presse s'en était donnée à c½ur joie. Son esprit était par son image, obsédante. C'est de cette façon, avec les dernières image de Kim que gardaient sa mémoire, qu'il s'était rendu compte que la jeune femme avait perdu trop de poids, et que la fatigue se lisait clairement sur son visage, ainsi que l'expression terne de ses yeux bleus d'habitude si pétillants étaient impossibles à ne pas remarquer. Autant de preuves qu'elle se droguait, et qu'il n'avait pas su voir. Maintenant, il était trop tard, et le chanteur devait se résigner. Kim le lui écrivait elle-même, c'est le passé et une nouvelle vie les attendait. Alors, quand Ville ne noyait pas les interminables jours le séparant d'elle dans l'alcool, ou qu'il ne restait pas enfermé dans sa chambre à composer de nouvelles chansons, il supervisait sa nouvelle « création », entre deux répétitions. Helsinki leur réservait une surprise de taille au retour de Kim...

# Posté le mercredi 07 mars 2007 13:51

Modifié le samedi 24 mars 2007 10:17

Chapitre 19

“Thought, interrupting thought. close a door, open one”
Amnzero

Elle regardait les bâtiments et les passants défiler le long de la route. Kim avait tout fait pour que sa sortie se passe le plus discrètement possible, et retournait maintenant chez elle. Bien que les tentations qu'offrait Los Angeles n'étaient pas recommandées pour quelqu'un sortant de cure de désintoxication, la jeune femme n'avait pas vu son frère et sa soeur depuis longtemps. Jim lui avait demandé de rester quelques jours avant qu'elle ne parte pour Helsinki. Il avait lui-même réservé le billet de sa s½ur, elle n'avait qu'à venir le chercher. Kim se sentait calme, apaisée, et se réjouissait déjà rien qu'en imaginant la tête que ferais Ville quand il la verrais, car elle ne l'avait pas prévenu. Elle se dit que rien ne pourrai troubler sa quiétude, et entaché les instants de bonheurs qui l'attendait en Finlande. La jeune femme voulait s'y accorder un break bien mérité, avant d'attaquer l'enregistrement du nouvel album, même si elle était impatiente de retourner en studio. En jetant un regard par la fenêtre du taxi, elle se dit que sa vie allait être comme le bleu infini du ciel. Les nuages sombres s'éloignaient pour laisser place aux beaux jours les plus simples, au bonheur le plus humble et à l'accalmie, enfin. Kim se sentait tout simplement bien, elle monta le volume de son Ipod, et se laissa bercer par les notes de son groupe préféré, Queen, et leur morceau « A kind of magic » parfaitement adapté à ses sentiments en cet instant. Un sourire radieux se dessina sur ses lèvres...

***

Lorsqu'elle était de retour à Los Angeles, Hazel avait pour habitude de loger chez son frère John. Mais ce dernier ayant pris quelques semaines de vacances au Mexique en attendant la sortie de Kim et la reprise des répétitions pour le prochain album, elle avait élu domicile avec Jim et Rose. De toute façon, c'était avec Jim qu'elle devait travailler pour cette séance photos, et cela ne changeait pas beaucoup de leur vie à New York où ils étaient colocataires de leur appartement en plein Manhattan transformé en auberge pour mannequins et parfois musiciens en tout genre de passage en ville. Kim fut heureuse de voir Hazel, elles se voyaient si peu même si elles s'appréciaient beaucoup. Cela fit encore plus de bien à Kim de pouvoir bavarder de choses et d'autres avec un de ses plus anciennes amies une fois de retour chez elle.
Les réveils sont toujours ce qu'il y a de plus difficile. La journée, on peut toujours sauver les apparences, mais sans cette petite pilule qui vous colle comme une nouvelle peau, plus souriante et respectable que la précédente, que celle que vous portez réellement. Mais il suffit seulement de ne pas y penser, de prendre ce petit cachet, cette drogue qui en replace une autre, et de se lever pour vivre sa vie de nouveau « normalement ». C'est ce que Kim faisait, et elle semblait s'y accoutumer parce qu'elle essayait désormais de regarder devant, de regarder ce qu'elle allait accomplir. Ce matin là, les yeux à demi-ouvert, le poids du sommeil se faisant encore sentir, la jeune femme tâtonna en direction de sa table de nuit pour trouver ses cachets de méthadone. Ils n'étaient plus la. Impossible, elle les y avait déposé la vieille en rangeant ses affaires. Elle fouilla encore et encore, autour d'elle, du regard, mais rien. Elle se résolu a descendre et trouva Jim assis dans la salle à manger.
« Kim, nous avons des choses à nous dire je crois.
_J'ai vraiment autre chose à faire là, Jim, je cherche...
»
Il la coupa net : « Qui te revendais de l'héroïne ?
_Comme si j'allais te le dire... Tu sais très bien ce qui pourrait arriver, je ne peux pas te le dire.
_Ah oui ? Je suppose que c'est ce que tu cherches...
» Son frère sorti d'une de ses poches la méthadone de Kim.
« Oh, et un billet pour Helsinki ! ajouta-t-il d'un ton narquois en jetant un regard vers le morceau de papier à l'intérieur de sa veste. Kim n'en revenait pas, il était vraiment capable de tout pour obtenir quelque chose qui ne l'avancerais de toute façon à rien. La panique commençait à monter en elle, il lui fallait garder son sang froid.
_ Jim, rends moi, tu sais très bien que j'en ai besoin. Tu n'arriveras pas à tes fins comme ça !
_Rien n'est moins sur...Qui t'a vendu cette saloperie ?
» Il restait assis, presque méprisant, parlant froidement et très sur de lui, comme toujours. La jeune femme ne voulait pas entrer dans son manège malsain, mais le besoin se faisait pressant. Elle devait prendre ses cachés, c'était tout. Kim perdit patience une bonne fois pour toute, et surtout elle n'avait pas envie de se battre longtemps avec son frère.
« Jim rends moi ça immédiatement ! » Les mots, le cri lui avait échappé. Elle n'avait pas voulu crier aussi fort mais ses nerfs étaient à vif à cause de l'attitude désinvolte de son interlocuteur. Alertée par ce qu'elle avait entendue, Hazel descendit en trombe les escaliers, elle eut à peine le temps d'analyser la situation qu'elle arracha des mains de Jim l'objet du litige.
« Non mais Jim, ça va pas ou quoi ? Lança-t-elle.
_Hazel, occupe toi de ce qui te regarde ! Il se leva et essaya de lui reprendre les cachets des mains, sans succès. Elle reculait pour lui échapper au fur et à mesure qu'il lui parlait.
_ Ca me regarde ! Je ne vais pas te laisser lui faire du mal comme ça ! T'es vraiment dégelasse, Jim ! Tu ferais n'importe quoi pour avoir ce que tu veux, même rendre ta propre s½ur malade, et pour quelle raison ?
_Arrête, Hazel ! Je veux juste l'aider, je veux juste savoir ! Savoir qui est le salaud qui l'a aidé à replonger, parce qu'il ne peut pas s'en sortir comme ça ! Je suis peut être dégelasse, mais il y en a un pire, là dehors, et je veux savoir qui c'est !
_Toi ? Aider quelqu'un ? Arrête Jim, tu exagères toujours tout, et tu n'aime personne assez pour l'aider ! Tu n'aimes que toi !
»
Il continuait à se rapprocher d'elle, et elle continuait à reculer pour qu'il ne saisisse pas les cachets qu'elle lui avait repris. Mais Hazel finit par se coller à la baie vitrée, elle ne pouvait plus reculer, il était juste en face d'elle, proche, elle ne pouvait plus échapper. Kim assistait impuissante à la scène, elle ne pouvait pas s'interposer, elle n'en avait pas le courage.
«C'est faux...
_Prouve le !
Le coupa-t-elle agressivement. »
Tournure imprévue des évènements. Il l'embrasse. Elle ne résista pas, depuis le temps qu'elle en rêvait. La jeune femme jeta tout de même les cachets à son amie à l'autre bout de la pièce, des fois qu'il ne s'agisse que d'une diversion pour mieux obtenir ce qu'il voulait.
Kim se planta derrière eux, attendant qu'ils aient fini. Jim se retourna et n'eut rien le temps de dire. Sa s½ur ouvrit brusquement sa veste et sorti de la poche intérieur le billet d'avion pour Helsinki qu'il avait réservé. Elle lui donna une gifle dont elle seule avait le secret avant de remonter dans sa chambre.
« Je finirais bien par savoir qui lui a donné... »
Hazel se soucia peu de ce qu'il venait de dire, elle voulait savoir jusqu'où Jim était prêt à aller quand il n'avait rien à gagner...

***

John était revenu en urgence du Mexique et son épuisement dû au trajet en avion ne l'empêcha pas de sauter dans sa voiture à peine arrivé chez lui. Il devait voir Kim, Mike et Stan au plus vite. Déjà accompagné du bassiste, il embarqua la chanteuse et fonça chez le guitariste. Deux voitures de police étaient garées devant chez lui, et deux agents tentaient de le faire sortir, bien qu'il se débattait. C'est lorsqu'il vit Kim et les deux autres hommes dans l'allée qu'il se laissa emporter par les policiers jusqu'à passer devant elle. A sa hauteur, il réussit à les faire s'arrêter quelques secondes.
« Je te jure que je me vengerais, Kim. » Lui souffla-t-il. Par reflex, elle saisit le bras de John juste à côté d'elle, apeurée. Son regard la transperçait, la fusillait, la menaçait, l'effrayait. Elle savait qu'il pouvait faire ce qu'il voulait, et qu'il était inutile qu'elle ne cherche à se défendre maintenant. Elle n'avait rien dit mais il ne la croirait pas. Stan fut emmené par les policiers en quelques secondes.
« Qu'est ce que c'est que ce foutoir ? » demanda John. La jeune femme comprenait mieux que personne ce qui se passait. Son frère avait su, et il l'avait dénoncé, mais elle ne savait pas comment il avait pu savoir que Stan avait été son seul et unique revendeur depuis qu'elle avait touché à de la drogue pour la première fois. Malgré ses difficultés à tout expliquer, les deux hommes comprirent.
« On est dans la merde... déclara John.
_Merci, on est au courant je crois ! répondit Mike. Mais pourquoi tu voulais nous voir ?
_J'ai reçu un appel de la maison de disque. Nous devons y aller, ils veulent rompre notre contrat...
»
Chapitre 19

# Posté le dimanche 01 avril 2007 16:54

Modifié le mardi 03 avril 2007 10:20

Chapitre 20

Chapitre 20 :

My god loved the whores and babies
M
y god never noticed a sin
My god grew
and killed the daises
My g
od threw the towel in
My
god is weird my god is scared my god paints a pretty picture of fear


«
Qu'est ce qu'on fait au juste ? » demanda Mike.
Les deu
x hommes regardèrent Kim un instant, avec le même regard interrogateur. Elle ne su quoi leur répondre. S'ils en étaient tous là, c'était sa faute, elle le savait. Et puis, elle était inquiète. Elle n'avait rien dit pour Stan, elle n'avait pas voulu qu'il soit arrêté car elle savait ce qui attendait le guitariste, et surtout ce don il était capable, comme n'importe qui se faisant coincer dans ce milieu.
«
Kim, commença John, tu n'es responsable de rien, je t'assure. Et que veux tu que Stan te fasse ? Il t'a foutu dans cette merde, tu lui dois bien ça ! Il nous a tous foutu dans la merde là, et ce n'est pas le moment de se lamenter sur son sort ! Et puis, que veux tu qu'il te fasse ? Avec ce qu'il va prendre, on est tranquilles pour une bonne paire d'années... Il faut qu'on aille à la maison de disque le plus vite possible ! » La jeune femme entendit raison, et la pensée de cette trahison de la maison de disque l'aida à se ressaisir rapidement.
«
Tu as raison. Voilà une bonne chose de faite, et il nous en reste encore une ! »

***

La t
ension était palpable dans le petit bureau. Le responsable qu'ils avaient réussit à rencontrer après de longues minutes de négociation à la réception était visiblement très nerveux. Kim, elle, était en colère :
«
A-t-on le droit de savoir pourquoi vous comptez rompre notre contrat ? Je n'ai pas tellement envie de perdre mon temps chez un avocat. »
Leur i
nterlocuteur, hésitant, cherchait ses mots, tremblait, bafouillait :
« Mademoiselle...Je....Vous....Enfin...Vous traînez trop en longueur, votre travaille n'avance pas...Tout le monde attend cet album en préparation...Vous mettez trop de temps...Vous avez des problèmes certes mais...Toute cette publicité, mauvaise publicité...et votre cure...C'est trop mauvais pour votre carrière, votre image, ainsi que la notre.
_Moi qu
i pensais que toute publicité était bonne à prendre ! Avec tout ce que la presse écrit sur moi et ce regain d'intérêt pour Enema, vous auriez gagné gros, si vous aviez ne serai-ce qu'une once d'humanité et de patience fasse aux problèmes des autres ! Et surtout si vous daigniez attendre la sortie de ce foutu album ! Mais tout est toujours une question de temps et d'argent ! Gagner vite et gros !
»
Elle
faisait les cent pas devant le bureau derrière lequel le responsable essayait presque de se cacher.
«
Et puis...en réalité nous avons signé un nouveau groupe, et nous préférons nous concentrer sur elles à 100 % . »
« Elles »...
Le mot attira l'attention de Kim qui n'en saisit que plus brutalement le dossier tendu par leur interlocuteur. Elle y jeta un coup d'½il.
« Vous nous virez pour prendre ça ! » Là, elle était vraiment en colère. Mike, assis sur une chaise à côté de John, se plongea à son tour dans le dossier, n'aimant pas les conflits. Le batteur, lui, dévorait chaque mot de la conversation. Kim reprit :
«
Vous signez un immonde groupe de pétasses qui concourent pour le titre de la fille la plus à poils de l'année ! Un groupe de pop, sans talent et composé de poufiasses hautaines et prétentieuses à souhait ! » La chanteuse se souvint s'être fait snober par une des membres dans un club de L.A qu'elle fréquentait quelques années plus tôt.
Puis
elle remarqua qu'il était vraiment intimidé, ce bureaucrate enfermé dans un immeuble à longueur de journée et sans aucune notion de la réalité de la scène musicale actuelle. Kim se sentait en position de force et voulu en profiter une dernière fois. « Et vous pourriez avoir un peu de couilles une fois dans votre vie ! M'annoncer que vous préférez signer de futures actrices porno, et encore, plutôt que de nous garder, et cela de façon digne, avec la tête haute et pas en vous pissant dessus ! »
La colère lui fit saisir la paperasse traînant sur le bureau et les lui jeter en plein visage. L'homme ne répondit même pas, trop choqué et intimidé par la soudaineté du geste. La chanteuse repris de plus belle : « Ah oui ! La maison de disques ! Grand Dieu tout puissant de la musique, faisant et défaisant la gloire à volonté ! Ce dieu aime les putes, apparemment ! Mais il flippe aussi derrière son grand bureau ! Mon dieu a peur, il peint ses plans pour le futur dans le dos de ses fidèles, mais son tableau est tâché de peur ! »
K
im vint s'asseoir entre Mike et John. Elle essayait de se calmer, tandis que le bassiste se cachait toujours derrière le dossier. Le batteur avait laissé faire la chanteuse, car il n'avait lui aussi qu'une seule envie, lui faire avaler ses feuilles l'une après l'autre. Sur ses lèvres se dessinait un petit sourire satisfait. Pendant ce qui semblait une éternité, la jeune femme jetait des regards noirs à l'homme en face d'elle, tout en fumant une cigarette qui n'était pas autorisée en ce lieu, mais que personne n'avait osé lui interdire. Puis, d'une voix posée et amère, elle dit :
«
Rompez le, ce contrat. Mais je vous jure que vous le regretterez un jour. »
E
lle quitta le bureau suivit des deux autres membres d'Enema. Mike sortit enfin de son habituel silence pour chuchoter à John :
« On dirait que notre bonne vieille Kim est de retour ! » Il y avait une part de vrai dans son propos. La jeune femme avait ainsi montré qu'elle avait retrouvé cette volonté, cette rage même, qui l'animait et la poussait toujours plus loin.

***


Ils mo
ntèrent tous les trois dans la voiture de John. Ils avaient à présent tout à refaire. Enema n'avait plus de maison de disque et un album attendu à sortir. Kim était partout dans la presse à scandale le sujet d'articles bien souvent mensongers auxquels elle ne prenait même pas le temps de jeter un coup d'½il ou de faire démentis tant ils étaient bas et prévisibles. Ils n'avaient pas le droit à l'erreur, pas cette fois, et cela inquiétait surtout la chanteuse.
« Ne pensons plus à ça ! lança John, comme toujours là pour relativiser. Kim, va te détendre, va à Helsinki puisque je sais que c'est la seule chose dont tu as envie depuis que tu es sortie de l'hôpital. Repose toi et nous reparlerons de tout ça. Essaye de te calmer, écris une chanson ! »
E
lle acquiesça. John était un peu la voix de la sagesse dans le groupe, étant le plus âgé et expérimenté.
«
Ne t'inquiète pas. Cette chanson, je me la passe déjà en boucle dans la tête ! ».

# Posté le vendredi 04 mai 2007 12:55

Chapitre 21

Comme j'ai été obligé de diviser le chapitre 20 en deux pour avoir le 20 et le 21, car le 20 que j'avais prévu initiallement était trop long, et que ca ne donne pas vraiment ce que j'attendais, et que je vous ai quand même fait attendre pour le 20, voici le chapitre 21.
MANIFESTEZ VOUS PETITS LECTEURS !


So close to the flame
Burning brightly
It won't fade away
And leave us lonely

(HIM – Close to the flame)


« I love you...the best... »
Il éc
outait cette chanson en boucle depuis plusieurs heures, si bien qu'il ne prêtait même plus attention aux notes qui raisonnaient doucement dans l'appartement. Le chanteur était allongé sur le canapé, les deux mains sous sa tête, yeux clos, tentant de faire le vide dans son esprit. En vain. Ses pensées confuses se bousculaient en lui de sorte qu'il n'arrivait même plus à savoir à quoi il pensait réellement, sur quel sujet fixer ses réflexions. Puis Ville entendit la porte d'entrée s'ouvrir. Il n'y prêta pas attention, habitué à ce que ses amis entrent sans frapper. Peut être était-ce Mige ou Linde, ils étaient si préoccupés par le jeune homme ces derniers temps, il ne faisait que sortir pour les répétitions ou quelques soirées sans fin et bien arrosées dans ses bars préférés avec quelques connaissances. Il ne jugea pas utile d'ouvrir les yeux, jusqu'à ce qu'il entende à son oreille une voix suave accompagner la musique :
«
...Better than all...the rest...that I meet in the summer...Indian Summer... »
Il senti la chaleur revenir en lui, la chaleur de cette voix. Sa confusion se dissipa, son esprit redevint clair. Puis des lèvres se posèrent sur les siennes pour se changer en un baiser profond et langoureux. Lorsqu'il fut brisé, Ville ouvrit les yeux. Le vert de jade rencontra le bleu azur.
«
Je savais que ça ne pouvais pas être Mige, il n'embrasse pas aussi bien... » Kim sourit. Ce n'était qu'à cet instant, en le voyant, qu'elle réalisa combien il lui avait manqué. Ville se leva pour la serrer dans ses bras, pour être bien sur qu'enfin elle était là, que ce n'était pas une illusion. Ils restèrent ainsi enlacés de longues minutes, le visage enfoui dans le cou l'un de l'autre, à sentir le doux frisson de leur souffle sur leur peau, à sentir ce parfum si longtemps manqué. A se réapprivoiser lentement, pour commencer.
La
jeune femme voulu finalement parler mais pas un mot n'eut l temps de sortir de sa bouche. Ville avait déjà posé son doigt sur les lèvres de la chanteuse :
«
Ne dis rien. C'est moi qui ai une surprise maintenant. Mais tu dois fermer les yeux. »
Bien
que se demandant quelle folie il avait fait encore, elle s'exécuta sans poser de questions. Kim sentit Ville lui bander les yeux :
«
Mais qu'est ce que tu fais ? demanda-t-elle, quelque peu inquiète.
_
Ne pose pas de questions ! Tu pensais me faire une surprise en ne me prévenant pas de ton retour, et c'est réussit, mais j'en ai une bien plus grosse !
_ Tu n'imagi
nes même pas à quel point tu m'a manqué, Ville, et tu m'empêche encore de te voir !
»
Elle lui fit
une moue boudeuse, telle une petite fille. Ville s'attendrit en riant et la prit par la main.

***


La jeune femm
e descendit les escaliers avec difficulté, les yeux bandés. Puis elle sentit qu'ils étaient en mouvement, dans une voiture. La jeune femme insistait pour savoir où ils allaient, ce à quoi Ville se faisait une joie de ne pas répondre. Il s'amusait de ses questions et de ses menaces irréelles. Enfin, la voiture s'arrêta. Le chanteur fit descendre sa compagne qui entendit quelque chose grincer. Elle avança guidée par Ville qui la tenait toujours par la main. Ils marchèrent quelques mètres sur quelque chose qui lui parut être du bois. Puis la neige revint former un tapis moelleux sous ses pieds.
Un bruit de clé puis de porte se firent entendre et la jeune femme eut l'impression d'entrer quelque part. Après quelques pas à l'intérieur, Ville se plaça derrière elle pour lui dire à l'oreille : « Prête ?
_Je n'at
tends que ça !
» fut la réponse. Il retira le bandeau. Elle ouvrit les yeux.
Le co
uple se tenait dans une grande pièce toute en panneaux de bois sombre sculpté, avec un grand escalier du même bois menant à une mezzanine. Un pan de ce mur était totalement vitré, donnant toute sa lumière à l'endroit et accès à une véranda couverte de neige. Kim fit quelques pas, tourna sur elle-même, leva la tête pour regarder chaque détails de la décoration. Le long de l'escalier était encadré photos et disques d'or. En face de celui-ci se trouvait une porte coulissante, ainsi qu'une autre porte, de bois cette fois, se trouvait en dessous. Dans la pièce, quelques meubles trônaient ça, quelques lampes aussi pour donner un peu de chaleur au lieu, à l'opposé de la lumière pâle que filtrait la fenêtre.
La jeu
ne femme restait muette, continuant son inspection. Elle traversa la pièce pour entrer dans la véranda. Au beau milieu était placé un piano à queue noir et laqué. Kim effleura le contour de l'instrument du bout des doigts tout en avançant, les yeux rivés vers l'extérieur.
Le jardin,
couvert de neige, et dans lequel se trouvait une petite cabane, un sauna typiquement finlandais, descendait légèrement et s'arrêtait net. Après, la mer. Elle ne pouvait détourner le regard de la vue.
«
J'ai pensé que nous avions besoin d'espace, pour vivre avec tout nos souvenirs... Et puis, nous n'avons pas fêté nos anniversaires.
_Où sommes nous
?
_Chez nous.
» Elle n'arrivait pas à croire Ville. Une bonne partie de la maison restait encore à découvrir, mais l'endroit était magnifique. Il avait fait la folie d'acheter une demeure de caractère à l'écart d'Helsinki, construite sur une petite île. Un lieu calme, un havre de paix, comme pour repartir à zéro. Kim fit coulisser la porte pour s'engager dans le jardin. Elle avança vers la mer. Ville resta dans l'encadrement, à l'admirer, à regarder ses cheveux de jais s'étoiler de flocons et la traîne de sa longue robe noire avancer à sa suite, contrastant avec la blancheur de la neige. C'était comme un film en noir et blanc, qu'on ne se lasse pas de visionner. La seule pointe de couleur dans cette immensité pâle était le bleu si clair de ses yeux, qui avaient retrouvé leur petite flamme devant la beauté du lieu.
La j
eune femme senti deux bras autour de ses épaules. Elle pouvait tracer du doigt le tatouage sur le bras gauche de ville sans même le regarder. Il l'emmena visiter le reste de la maison décorée et meublée par ses soins. Leur chambre était à l'étage, avec une magnifique vue sur l'arrière de la maison et surtout sur la mer. Tout y était blanc, comme à l'extérieur. La pièce semblait si pure et simpliste, dénudée, mais par la simple présence de l'autre, tout semblait comblé. Au centre se tenait un grand lit à baldaquin, aux draps, oreillers et rideaux blancs, si chargé que son confort s'imaginait à peine à vue d'½il et qu'il invitait à s'y enfoncer pour vraiment constater.
Le coupl
e redescendit pour visiter le salon, la cuisine et quelques pièces divers de la maison.
«
Tu veux voir la meilleure partie ? demanda Ville.
_
Je crois qu'il n'y a pas mieux que tout ce que j'ai déjà vu !
_Oh que si !
»
Le chanteur en
traîna Kim par la porte sous les escaliers. Elle menait au sous sol et là, Kim vit qu'elle avait tord. L'endroit était aménagé en un studio d'enregistrement complet, avec en plus une salle de répétition pleine de tous les instruments dont un groupe pouvait avoir besoin. C'était définitivement la meilleure partie de la maison. La jeune femme était stupéfaite. La surprise se lisait sur son visage et l'émerveillement dans ses yeux.
« Je n'étais pas tellement emballé à l'idée de devoir perdre mon temps dans un studio loué par la maison de disque pour le prochain album de HIM. Et puis ça me fait surtout une bonne raison de te garder prés de moi à Helsinki, tu pourras enregistrer ici. Les membres de ton groupe n'ont pas le droit de refuser, tu es mon otage maintenant ! » Kim s'amusa de cette déclaration, répondant à Ville qu'elle ne leur laissait même pas le choix.

***

Il
s remontèrent et firent le nécessaire pour que leur soient apportés le peu d'affaires que Ville voulait encore récupérer dans son appartement, ainsi que les bagages de la chanteuse.
A
la nuit tombée, ils s'assirent à même le sol, devant la cheminée du salon. Malgré cette grande maison, cette folie de Ville, ils n'avaient besoin que de choses simples. Une guitare, un feu de bois, et surtout être ensemble. S'ils avaient eu des problèmes par le passé, à cet instant ils n'y pensaient même plus. Kim se laissait bercer par la chaleur des flammes et la musique. La tête posée sur son épaule, elle écoutait le jeune homme et regardait la lumière du feu danser sur sa peau, l'illuminant de doux reflets orangés. Ville laissait aller ses doigts sur sa guitare et sa voix improviser.
«
So close to the flame...Burning brightly...It won't fade away...And leave us lonely.

# Posté le mardi 08 mai 2007 10:12

Modifié le lundi 07 avril 2008 15:55

Chapitre 22

Chapitre 22

"What don't kill you lets you live
To remember what it did
I'm a bit relieved you're still the same
'Cause there's no illusion you've changed
Now, it's all over
I see now, I'm a veteran of things I don't want to be
"
(Kidneythieves - Veteran)


A peine débarqué en Finlande, les deux membres d'Enema n'eurent pas de temps pour eux. Kim avait entraîné Mike et John au concert d'un petit groupe d'indus assez renommé à Helsinki. Le batteur et le bassiste étaient assis dans le carré VIP, à apprécier le spectacle sans trop savoir pourquoi leur chanteuse avait insisté pour qu'ils se joignent à elle. En réalité, ils ne s'en préoccupaient pas trop, les deux hommes préféraient discuter entre eux, entre deux coups d'oeils à la scène. La jeune femme, elle, semblait absorbée par la performance du groupe, observant les moindres détails, apparemment fixant quelqu'un en particulier. Elle était installée dans son fauteuil comme sur un trône, avec une allure de juge, scrutant la scène dans son intégralité, rendant son verdict par le regard et prononçant sa sentence dans la fumée s'échappant du tube blanc au bout de son porte cigarette. Sa décision prise, Kim quitta l'espace qui leur était réservé pour les coulisses, dans lesquelles elle n'eut pas de mal à se frayer un chemin. Elle avançait dans les couloirs comme en terrain conquit, faisant ressentir sa présence au son de ses talons raisonnant entre les murs. La jeune femme ne pris même pas la peine de toquer à la porte de la loge pour l'ouvrir et faire une entrer fracassante. Le guitariste tomba nez à nez avec elle, interloqué et restant sans voix quand la chanteuse pris la parole : « Hey...Très bon concert !
_...euh...Merci !

Son intimidation l'amusa. Le pauvre était impressionné et cherchait ses mots pour dire son admiration, sans passer pour le premier des lèches botte. Kim lui évita de s'enfoncer encore plus : « Qu'est ce que tu dirais d'enregistrer un album ? », lâcha-t-elle sans plus d'explication.
L'arrivée de John et Mike épargna au guitariste de bafouiller encore pour trouver quelque chose à répondre à une proposition si alléchante, qui apparemment ne faisait pas l'unanimité chez ses camarades, à en constater les regards jetés à la jeune femme.
« Je veux ce mec dans notre groupe, faites ce qu'il faudra pour l'avoir. » Sans rien ajouter, elle planta la John, Mike, avec un guitariste à convaincre, alors qu'ils l'avaient à peine vu jouer et qu'ils ne le connaissaient même pas. Le bassiste se martela le front avec la paume de sa main, se demandant ce qui pouvait se passer dans la tête de Kim, et si elle arrêterait un jour d'être aussi sure d'elle, désinvolte et pourtant si irrésistible dans sa façon d'être.

***

Deux semaines plus tard, Jukka, 23 ans, grand finlandais aux courts cheveux blonds et aux yeux gris clairs, était officiellement le nouveau guitariste d'Enema. L'enregistrement du nouvel album commença peu de temps. Dés lors, la maison de Ville et Kim, normalement si calme et reposante, devint le centre névralgique de tout ce petit monde.
Au lieu de la méthode traditionnelle d'enregistrement où chacun se retrouvait de son côté pour enregistrer ses parties, l'un après l'autre, Enema préférait tout faire ensemble. Chaque membre était à son poste, et ils jouaient ensemble, comme sur scène, tout en enregistrant. Il leur suffisait de ne garder que les meilleures prises pour le mixage. Le premier morceau à être couché sur bande fut Crazy, le plus ancien et le plus répété jusque là. Kim en avait fait un morceau presque nouveau, méconnaissable, seul le chant pouvait encore faire penser à l'original, bien que, d'abord posé et grave sur le début, il s'élevait et s'emportait avec l'entrée explosive d'une guitare saturée sur le refrain et qui ne s'arrêtait qu'à la fin, avec une accalmie totale où ne subsistait qu'une voix chantonnante pour clôturer la chanson.
Placebo constituait un de leur plus long morceaux, environ sept minute, et le plus aériens, planant de tout le disque. Le chant y était clair, tout en vocalise et en montées, pour faire ressentir à l'auditeur les sensations que peuvent vous faire ressentir la drogue, pour raconter les hallucinations qu'elle provoque, et le fait qu'il faille irrémédiablement la remplacer par une autre si on veut s'en débarrasser. Tout cela passait par une simple mélodie à la guitare, mais qui se répétait encore et encore, subtile et discrète.
Trickster et Layers étaient assez semblables par l'atmosphère conviée, pesante et inquiétante, et par leur thème commun, l'enfance, les souvenirs de cette époque. Trickster avait cependant un son plus lourd par la présence appuyée de la basse.
Ils avaient l'habitude d'enregistrer à huit clos, avec seulement l'ingénieur son, l'assistant de John, mais pour Feathers, Ville avait tenu à être présent. Les paroles étaient celles qu'il préférait, lui rappelant le tout début de leur relation, le jour de l'anniversaire de Kim dans cette même ville un an plus tôt, leur insouciance. Il s'attendait à un morceau assez calme, un peu mélancolique mais avec une atmosphère positive. C'était sans compter sur la capacité de la jeune femme à ajouter cette pointe de noirceur, ce côté sombre et un peu angoissant aux textes même les plus positifs. Le chant était encore une fois clair, avec quelques passages en hauteur, et d'autres où l'on ressentait une légère amertume.
N'étant pas effrayés de travailler jusqu'à point d'heure, ils décidèrent d'enregistrer les morceaux les plus lourds et agités en une seule fois, pour garder la même énergie et la même force. Pleasant était destinée à être bardée d'effets électroniques comme ils les aimaient, et alternait sons saccadé et chant aux accents agressifs avec parties plus fluide et chant plus sensuel. Ils enchaînèrent avec Taxicab Messiah, un peu moins électronisé au résultat, mais tout aussi original, surtout dans les effets à la guitare, lancinants. Le chant était à peine agressif, il était surtout très narguant. Dyskrasia était une des plus remuantes de l'album, très rythmées aussi bien au chant qu'aux accompagnements, très carrée et directe, avec un pont plus calme, laissant à peine le temps de reprendre son souffleau son de la voix étouffée et lointaine de Kim.
Le moment le plus difficile de l'enregistrement fut pour Mustard Seed. Il s'agissait du morceau le plus calme de tous, avec son début calme accompagné uniquement de guitare électrique au son très clair, puis l'entrée de la basse et d'une batterie calme, en montée jusqu'au refrain, où les parties de guitare saturée se faisaient discrètes. Kim s'était assise sur un tabouret pour chanter, redoutant le moment où il faudrait jouer cette chanson. Le morceau était presque une montée constante vers le pont. Au deuxième refrain, la batterie se faisait plus lourde, les cymbales raisonnaient de toute part, la guitare et la basse se faisait moins discrètes. Jusque là, Kim avait lutté pour monter dans les aigues quand sa partie de chant l'exigeait. Elle faisait vibrer sa voix, jouer les mots pour retranscrire exactement cette émotion, là, qui lui nouait le ventre, la gorge, les mains, et qui laissait pourtant les sons se libérer. Ils firent cette montée jusqu'au pont, où ses mains se crispaient sur son tabouret, où elle poussait sur sa voix pour ne pas craquer, se concentrant sur chaque note plutôt que sur chaque mot. Après cela le calme revint, un nouveau couplet, pour enfin repartir sur un refrain explosif. Et c'est à cet instant, après une courte montée, quand la batterie explosait, qu'en elle Kim explosait aussi. Ses mains se portèrent sur son casque comme pour étouffer le monde autour d'elle, pour ne laisser que la musique la pénétrer. Elle appuya sur son casque et sa voix se libérait enfin totalement, ce n½ud en elle explosa lui aussi, les mots sortirent hauts, puissants, et longs. Elle ne pu retenir ses larmes alors qu'elle tenait sa plus longue note, sur ces mots les plus douloureux. Les gouttes roulèrent sur ses joues, sa voix descendit, elle retira son casque et sorti du studio. Il n'y eut qu'une seule prise.

***

Ils finirent sur une note un peu plus optimiste avec Veteran, la chanson plus la récente, Kim l'avait composé à la fin de sa cure de désintoxication. La musique était faite pour la scène, avec une basse lourde et très présente, une rythmique et une guitare accrocheuses, un refrain bien mit en valeur et fait pour faire bouger les foules. C'était un des morceaux les plus récent, et un des morceaux qui tournait une page.

There was a time and a day when
I didn't think I would be here
But now, it's all over
I see now, i'm a veteran of things I don't want to be
I've been down, and it's over
'Cause I see now, I'm a veteran of things I don't want to be

# Posté le jeudi 17 mai 2007 09:10

Modifié le lundi 12 octobre 2009 20:07