Chapitre 13

Chapitre 13
""Back when they were teaching me to color in between the lines
In the cushion of my soul I found a remote and now it's changing time"
(Layers)

Kim était assise sur le parquet de ce qui semblait être un salon, une vaste pièce après les escaliers menant au premier étage. Elle jouait de la guitare, les accords raisonnaient dans toute la maison. Devant elle était couchée une feuille de papier à l'écriture propre et clairement lisible. La chanteuse avait eut le temps de se pencher un peu sur son travail de composition, entre les haut et les bas incessants de son humeur et de son corps. Trop souvent elle se sentait trop déprimée ou fatiguée pour jouer.
Ce matin là, elle avait finalement trouvé le courage et un état correct pour travailler "Mustard Seed" qu'elle venait d'écrire. Les paroles parlaient de son enfant, cette "graine de moutarde" selon la métaphore, et qui était encore contesté par ses proches.
En bas, sur le perron, Rose était en pleine discussion avec Jim, de retour de New York une fois de plus. La musique s'arrêta brusquement. Kim les avait rejoint, saisissant une chaise pour s'asseoir entre eux deux.
Sans les ménager, elle annonça brusquement :
"J'ai décidé de retrouver ma mère..." Silence. Il fallut un instant pour que Rose et Jim saisissent clairement l'information qui venait de leur être littéralement jetée.
"Mais...lâcha finalement Rose. Pourquoi ?
_Kim...Toutes ces années où elle n'a même pas cherché à te contacter, et toi non plus... On ne sait même pas où elle est,
déclara calmement Jim, tentant de bien prendre une nouvelle aussi soudaine et surprenante.
_Je pense que je devrais y aller avant de ne plus pouvoir prendre l'avion...Je sais que c'est une idée assez curieuse mais...j'ai besoin de savoir, de voir réellement d'où je viens, comme pour me connaître enfin, quelque part. Je vais avoir un enfant et c'est certainement pour ça que je veux savoir qui il y a eu avant, d'où moi je viens. Je ne me l'explique pas." C'était d'une façon grave que la jeune femme avait expliqué cette nécessité, le regard fixé sur son frère. Elle savait qu'il pouvait l'aider. Rose confirma :
"Jim, il n'y a que toi qui peut savoir quelque chose, j'étais trop jeune...
_Il n'y a pas que moi, en faite je ne pourrais même pas t'aider. Notre père le peut....
"
Le silence retomba. Les deux soeurs savaient que tout opposait Jim et leur père. Il était le plus âgé, il avait vu toute sa famille se disloquer sous ses yeux, essayant de recoller les morceaux coûte que coûte. L'homme en voulait toujours à son père, c'était évident. Mais Jim pensa qu'il devait le faire, pour sa soeur. Il voulait l'aider, qu'elle comprenne qu'il ne condamnait pas ses choix malgré tout.

***

La fatigue l'emporta. La tête appuyée sur l'épaule de son frère, Kim sombra dans le sommeil peu après le décollage de l'avion qui les emmenait en France. Puis ils atterrirent enfin.
Paris, la ville d'une partie de son enfance. Cela faisait si longtemps qu'elle n'y avait pas remis les pieds. Il faut dire que ce ne fut pas une des meilleures parties de sa vie. Ils mirent peu de temps à rallier leur hôtel. Kim avait réussi à obtenir très peu d'informations, juste une adresse. Elle espérait ne pas avoir à trop chercher, trouver tout de suite cette femme, et surtout des réponses.

Par chance, l'adresse était bonne, même si la jeune femme ne savait pas s'il s'agissait effectivement d'elle. Il y avait pourtant une chose qui ne faisait aucun doute dans son esprit. Ces routes qu'elle avait du emprunter lui disaient vaguement quelque chose, même après toutes ces années. Et cette femme qu'elle avait devant elle était bien sa mère, Kim en était certaine, c'était quelque chose de profond, d'inexplicable, de viscérale qu'elle savait présent en face, en la personne celle qui se tenait là, sur le pas de la porte d'un sordide appartement. La jeune femme allait se présenter, cherchant ses mots, mais fut coupée aussitôt. L'autre femme savait que c'était sa fille, depuis si longtemps perdue de vue.

Elle la fit entrer dans le petit appartement. Tous ses souvenirs revinrent alors à la mémoire de Kim. Rien n'avait changé. L'atmosphère était claustrophobique, toujours. Le sol jonché de matelas et de déchets en tout genre, ça et là. Lucie était, pour une fois, seule. Kim se souvenait qu'il y avait toujours du monde ici, d'autres filles la plupart du temps mais surtout l'ombre omniprésente et menaçante des proxénètes et autres créanciers...Le pire, c'était eux. Ces femmes embrigadées dans ce milieu n'avaient jamais fait de mal à la petite fille, elle en gardait même les "meilleurs" souvenirs de cette période de sa vie, ces instants passés avec elles. Ces hommes, par contre, elle ne savait toujours pas s'ils méritaient ce titre... Ils savaient comment s'y prendre pour mener tout ce monde sur la route du non retour : un junkie, c'est toujours tellement cool au début. Même si on s'endette, on se dit qu'on arrivera à rembourser après, la drogue vous bourre le crâne de tellement de rêves et de situations idéales...Puis on finit là, cette traîtresse ayant emporté toutes ces belles illusions pour vous laisser sur un trottoir, histoire de rembourser ce que vous devez. L'histoire de Lucie était tellement banale dans ce monde, Kim le savait, elle se voyait si bien en cette femme aux mêmes traits qu'elle. Elle devait être si jolie avant...Pourtant maintenant elle était maigre, usée par la drogue, la prostitution, la violence permanente. Ses bras étaient si fins et surtout couverts de bleus. Combien étaient dus à un coup ? Et combien à la drogue ? Kim se dit qu'elle aurait pu être envoyée dans un cimetière si elle avait encore attendu. C'était un miracle que sa mère se tienne encore debout, mais elle n'avait ni le choix ni la force de lutter contre un certain instinct de survie.

La jeune femme ne pouvait pas comprendre que l'on puisse vivre de la sorte, dans un tel endroit, même si elle vécu là elle aussi, pendant six ans, et plus tard connu des expériences quasi similaires. Elle ne manquait à présent de rien, et exprima alors le besoin de venir en aide.
"Les gens comme toi auraient bien besoin d'être remis à leur place !" s'écria Lucie, regardant dehors accoudée à une fenêtre, Kim a côté d'elle." Arrête de te mentir, tu es venue ici pour voir la vie que tu n'auras jamais, ni toi ni tes copains bourrés de fric ! Nous sommes comme une distraction pour vous, et même pour toi maintenant que tu as réussis. Pendant toutes ces années tu m'as oublié et maintenant tu as besoin d'être assurée de ne pas vivre dans la même misère qu'ici. A moins de vouloir te donner bonne conscience..."
Comment pouvait-elle dire cela ? Non, Kim n'avait pas oublié, elle savait quel genre de vie pouvait avoir sa mère, elle avait expérimenté, pour trouver des réponses. Pendant 24 ans elle avait cherché qui elle était, tiraillée entre deux mondes, celui du haut et celui du bas. Ses camarades d'école le lui avaient assez souvent rappelé. C'était sa mère qui l'avait laissé partir, pourquoi ? La petite fille n'avait pas choisi...
"Pour te protéger, même si tu avais déjà trop souffert ici. Tu aurais voulu finir comme moi ? Non, et cela n'arrivera pas, tu n'as rien a faire ici. Mais tu as oublié d'où tu viens..."
Non, la jeune femme était persuadée de ne pas avoir oublié. Jamais la vie de tous les autres jeunes de familles aisées qu'elle côtoyait à Los Angeles ne l'avait intéressé. Kim avait choisi une autre voix, pour essayer de noyer ses souvenirs toujours trop présents. Jamais ils n'étaient partis et jamais ils ne partiront.
"Tu dois savoir, Kim, que l'homme qui t'a emmené retrouver ton père ne t'a jamais fait de mal. Il n'en a fais qu'à moi, mais savait que ta place n'était pas ici. Toi même tu savais que ta place n'était pas ici, tu as toujours été brillante par la suite, jusqu'à ce que tu oublies d'où tu avais réussis à t'échapper. La gamine de 15 ans que tu étais a oublié quelle merde c'était ici pour elle et pour nous quand elle a commencé à se piquer à son tour. Ils ont réussis à te sortir de là, mais c'est comme si tu voulais y replonger, en venant ici. Moi je n'ai pas de réponses pour toi, pas de solutions, tu n'aurais jamais du revenir. Tu devrais rentrer chez toi, profiter de ta petite vie bien rangée et surtout ne pas oublier ce que tu aurais pu devenir....et ne pas rechuter."

Alors Kim sut qu'elle n'en saurait pas plus sur elle même. Les larmes se mirent à couler car toutes ses plaies étaient rouvertes. Lucie ne savait pas comment réconforter quelqu'un et n'essaya pas, car il fallait que sa fille comprenne enfin.

***

La nuit était déjà avancée, arrivant aux premières heures du matin. Sur les bords de la Seine, Kim, encore bouleversée, marchait, donnant le bras à son frère. Elle lui racontait sa rencontre, calmement, comme le rythme de leur marche. Parfois émue par ses propos, elle tentait d'atténuer ses émotions en jouant avec quelques mèches de ses cheveux reposant sur son épais châle noire. Elle avait eu besoin de confier tout cela, et son frère avait toujours été une oreille attentive, malgré quelques désaccords entre eux parfois.
Devait-elle vraiment élever son enfant car elle en avait les moyens, pour en faire profiter quelqu'un et quelque part soulager sa conscience pour avoir gâcher une partie de sa vie et les formidables opportunités allant avec ? Elle ne cessait de se le demander a présent. Peut être que Jim et Lucie avaient entièrement raison. Cependant elle avait appris une chose, c'était la chance qu'elle avait d'avoir échappé à cette misère, ce destin quasi tracé qui l'attendait. Kim ne manquait de rien, avait une vie plus que décente et n'avait jamais été reconnaissante pour tout cela, pour cette grande chance réservée à si peu. Aujourd'hui au moins, elle était enfin reconnaissante.

# Posté le samedi 16 décembre 2006 09:30

Modifié le lundi 21 avril 2008 17:01

Chapitre 14

"I was waiting for you
Waiting for all my life
And I'm gonna
Lose you tonight"
HIM – Lose You Tonight

Ses yeux étaient aveuglés par l'éclat du léger tissu blanc sous le soleil de plomb de ce chaud après midi d'août. Elle était assise plus haute que lui, sur un fauteuil en osier, un merveilleux sourire aux lèvres. Kim, baignée par le soleil, dans une longue robe blanche, laissait la légère brise la rafraîchir après une séance de travail avec le groupe, pour une fois chez leur batteur John.
« Combien de chansons sont prêtes à être enregistrées ? demanda-t-il.
_Mustard Seed que nous venons de finir, tout comme Layers, Crazy restera telle que nous venons de la jouer, il y a aussi Feathers, mais peut être que j'en oublie. Nous avons bien avancé mais nous avons le temps ! Je vais avoir un enfant, je te signale ! Laissons le venir, nous irons en studio après.
_Ça, je ne risque pas de l'oublier, que tu vas avoir un enfant ! Avec ce que tu me fais voir quand ça ne va pas, j'ai finis par comprendre !
répondit John en souriant. Mais bon, je sais ce que c'est que de vouloir s'occuper de sa famille avant tout. »
Comme pour prouver qu'il comprenait réellement ce que la chanteuse s'apprêtait à vivre, un petit garçon passa la porte et se précipita sur son père. Habituellement, Kim appréciait beaucoup le petit Killian, si affectueux. Mais elle ne put s'empêcher de détourner le regard devant cette scène de bonheur apparent. Quand il fut reparti, John et la jeune femme restèrent à discuter de choses et d'autres avant qu'elle ne rentre chez elle, conduite par Rose.

La nuit finit par tomber, apportant enfin son lot de fraîcheur tant attendu en période estivale. Les températures restaient cependant plus agréables à l'intérieur, ce pourquoi la jeune femme préférait se reposer allongée sur le canapé du salon. Sa s½ur sortit pour la soirée et elle se retrouva seule, dans cette grande maison sombre, une fois de plus. Il n'y avait pour lui tenir compagnie que les lointains bruits de l'extérieur lui parvenant par les fenêtres et portes ouvertes, la lumière de la télévision au son coupé et les traces de cette journée où il lui avait encore fallu prétendre, faire semblant d'être heureuse. L'image de John et Killian ensemble rappela à la jeune femme que peut être jamais elle n'assisterait à ce genre de scène entre son enfant et son père. Elle essuya ses larmes silencieuses du bout des doigts avant de s'enfoncer un peu plus dans les coussins moelleux. Finalement, elle sombra dans le sommeil, profond et sans rêves.

Encore trés endormie, Kim ne perçu rien d'autre, d'abord, que la vague impression d'être soulevée puis la sensation d'une lourde retombée sur le sol, froid. Tout se passait vite, trop vite pour des yeux à demi clos et cinq sens ankylosés par le sommeil. Seul les réflexes fonctionnaient, la jeune femme eut celui de se replier sur elle-même. Un élan vain de protection. La dernière sensation qui l'envahit fut celle d'être transpercée de toutes parts, par quelque chose s'enfonçant toujours plus, retournant la chaire sans fin.

***

Au fond d'un de ces nombreux couloirs blancs à la lumière blafarde, Jim tentait désespérément de calmer sa plus jeune s½ur. Il tenait Rose fermement contre lui, répétant machinalement qu'il fallait qu'elle se calme, que tout irait bien. La jeune fille se calmait lentement mais pleurait toujours.
« C'est ma faute, Jim...
_Non ce n'est pas de ta faute, ne dit pas n'importe quoi.
»
Elle s'en voulait d'être partie, d'avoir laisser seule sa s½ur, de plus en laissant chaque porte de la maison non verrouillée. Rose se sentait responsable, malgré toutes les tentatives de son frère pour lui faire oublier cette idée. En rentrant chez elle après une bonne soirée entre amis et qu'elle découvrit ce qui venait de se produire, elle s'était empressée d'alerter Jim, mais pas seulement.

En dépit de leurs différents, Ville devait venir. Il ne se sentait pas tellement à sa place à ce moment, et à juste titre au regard de l'accueil glacial que lui réserva le frère de la chanteuse. Lorsqu'il aperçut Ville au bout du couloir, Jim laissa sa s½ur et se dirigea vers la sortie, méprisant envers l'autre homme lorsqu'ils se croisèrent. Hazel, qui étaient restée silencieusement assise et l'avait accompagné, jeta un regard plein de compassion à Rose avant de se lever pour suivre Jim et tenter de lui parler.
Ville s'approcha enfin et s'assit non loin de la jeune fille qui, elle, préférait être debout à tourner en rond d'inquiétude. Ils restèrent silencieux. Le jeune homme n'avait pas dormi, s'était précipité dans le premier avion avant de même de rentrer chez lui se reposé après cette longue tournée qui venait de s'achever. Il réussit enfin à prononcer quelques mots, d'une voix grave et dépitée :
« Comment va-t-elle ?
_Je ne sais pas trop,
répondit Rose sur le même ton. Nous ne savons pas encore grand-chose.
_Qu'est ce qui s'est passé ?
» Sa voix se teinta d'inquiétude. Rose, elle, se remit à pleurer, mais tentait de garder son calme :
« Elle s'est endormie sur le canapé, dans le salon. Des cambrioleurs se sont introduits dans la maison et ils ont vu qu'elle était là, endormie, quand ils avaient déjà commencé leur travail.. » La jeune fille ne put garder son calme plus longtemps, Ville n'osa pas en demander plus. Ils n'avaient qu'à attendre que l'on vienne leur donner des nouvelles, quelles qu'elles soient.

Ville s'en voulait, terriblement. Ce n'était pas la première fois, mais là... Il l'avait laissé seule, pour une raison dérisoire qu'il n'était plus sûr de comprendre lui-même. Mais maintenant qu'elle était quelque part entre la vie et la mort, il avait ressentit ce besoin de venir. Il voulait la voir, lui parler, savoir qu'elle allait bien, même si elle lui en voulait, même si elle lui demandait de partir à tout jamais. Alors seulement peut être que le poids sur sa conscience s'allègerait un peu. Il crut cet instant arrivé lorsqu'un médecin vint enfin à leur rencontre. Ville et Rose le regardèrent, une lueur d'espoir au fond des yeux, priant cet homme de ne pas les décevoir.
« Tout d'abord, commença-t-il, les jours de Mlle Manson ne sont pas en danger... » La pression redescendit d'un coup, mais pas totalement. Ils avaient passé toute la nuit dans l'ignorance, quelque chose d'autre devait donc être à venir, rien ne pouvait être aussi simple...
« Mais nous n'avons pas pu sauver son enfant, nous avons fait tout ce que nous pouvions. Désolé. »
Les excuses du corps médical ont toujours étaient froides, mais c'était peut être la pire façon qu'il soit de les présenter. Il s'éloigna en emportant sa fausse compassion.
Ville retomba sur son siège, lentement, glissant vers la banquette contre ce mur si froid, les yeux perdus dans le vide. Il essayait de sonder ses sentiments, son esprit. C'était son bébé qui venait de mourir, n'était-il pas sensé ressentir quelque chose ? Le jeune homme se sentait vide. Rien ne venait. A côté de lui, Rose regardait dehors, le visage contre la fenêtre, pleurant silencieusement. Lui ne sut quoi faire, sa tête s'enfonça entre ses genoux et ses bras. Après quelques longues secondes d'un silence pesant, la s½ur de Kim vint s'asseoir à côté du chanteur en posant une main se voulant réconfortante sur son épaule.
« Ca va ? » osa-t-elle à demi mots
Il releva la tête, regarda le plafond blanc au dessus de lui.
« J'ai laissé Kim seule, et j'ai laissé mon enfant mourir...J'ai laissé quelqu'un tuer mon enfant...Je suis son père, enfin j'étais... Je devrais en vouloir à la terre entière, mais...Je ne sais pas...Je me fais l'effet d'un monstre, Rose. Quel genre de père n'exprime rien quand son enfant meurt ? Quand la mère de cet enfant a frôlé la mort de si prés, à des milliers de kilomètres de distance ? Tout est de ma faute... Je suis un monstre, Rose. »
Il aurait voulu pleurer, exploser, enrager, mais rien ne venait.
« Tu les aimes tout les deux malgré tout Ville, sinon tu ne serais pas là, et tu ne t'en voudrais pas comme ça. Tout cela aurait sûrement pu être évité si j'avais fermé les portes derrière moi... Rien n'est de ta faute.
_Arrêtez de vous disputer l'exclusivité de la responsabilité de toute cette histoire !
lança Jim en revenant. Selon le médecin que je viens de croiser, elle est réveillée, nous avons un peu de temps pour aller la voir. »
Ils suivirent Jim jusqu'à la chambre où sa s½ur avait été transférée. Il ne laissa à personne l'occasion de s'exprimer, il entra dans la chambre de Kim et referma derrière lui directement. Ville voulut lui aussi voir la jeune femme, lui parler, être définitivement rassuré mais Jim ne lui laissa pas cette occasion le premier, manifestant son mépris ouvertement. Ce dernier en voulait au jeune chanteur et son besoin de voir cette s½ur qu'il protégeait tant était bien plus fort que le savoir vivre.

***

Le jeune homme put enfin entrer, il souhaita rester seul avec elle. Kim était allongée au milieu des draps blancs éclatant sous le magnifique soleil inondant la pièce de sa chaude lumière. Seul le regard de Kim et la froide décoration de cette chambre d'hôpital, ainsi que toutes ses perfusions tenant réunion autour du lit, ne prenait pas part à une journée qui semblait si belle, dehors. Elle était à demi éveillée mais ses yeux exprimaient sa profonde tristesse, malgré le fait qu'elle ait détourné son regard quand Ville passa la porte. Lui ne sut trop quoi dire, sa voix s'étant comme envolée lorsqu'il la vit, il était un peu plus sous le choc. Il trouva tout de même le courage de s'approcher d'elle, sur le fauteuil à coté de son lit, face à elle, sans oser lui parler ni la toucher. Kim ne voulait toujours pas le regarder et resta silencieuse. Alors ils observèrent tout deux par la fenêtre, sans que leurs regards ne se croisent. Les deux jeunes gens restèrent ainsi avec de longues minutes, en silence. Puis un premier geste se produisit enfin. Kim trouva la force de tendre sa main et de la placer dans celle de Ville, restée sur le bord du lit. Il se retourna alors et ils se regardèrent dans les yeux, pour la première fois depuis des mois, sans rien se dire, les regards parlaient pour eux.

# Posté le vendredi 22 décembre 2006 18:17

Modifié le lundi 21 avril 2008 17:24

Chapitre 15

Chapitre 15
"I know, we can be each other's blessing
Good-bye, I'm taking a lesson
Your cry, echoes pleasant
Your cry is like music.
"
(Pleasant)

C'était un jour chaud et cependant pluvieux, typique d'une fin d'été. Quelques parapluies noirs étaient rassemblés au milieu de carrés de gazon d'un vert immaculé et des pierres tombales à la blancheur impeccable. Ils étaient peu pour une cérémonie qu'elle avait voulu très intime et très simple. C'était un garçon, moins d'un mois plus tard il aurait pu voir le jour, avoir cette vie que personne ne lui reconnaissait sauf elle. Kim n'avait pas voulu d'une plaque sans nom ou tout simplement qu'on oublie, et elle n'avait même pas eu besoin d'argumenter pour cela. C'était comme une compensation, un acte de pitié qu'on lui accordait en réparation de ce qu'elle avait subi. Mais elle s'en fichait... et la douleur n'était pas enterrée sous cette pierre tombale. « Elias Valo ». Elle avait choisi ce prénom. Ils avaient tous accepté qu'il transmette son nom, comme cela aurait du être, si rien de tout cela ne s'était passé, peut être encore un acte de réparation... La jeune femme essayait de ne pas trop y penser.
Le petit groupe descendait les allées blanches jusqu'à la longue limousine louée pour transporter tout ce monde. Jim marchait en tête avec Rose, suivit de John entouré de sa s½ur Hazel, celle là même qui était colocataire de Jim, et sa femme Gina ainsi que Mike et Stan. Quelques mètres en retrait, Kim marchait au bras de Ville, silencieusement. A la sortie attendait calmement un petit groupe de fans. Elle hésita un instant en arrivant à la voiture, face à la porte ouverte que lui tenait Ville. La jeune femme décida tout de même de s'approcher, prit les quelques fleurs qu'on lui offrait, remercia pour les marques de soutiens, signa quelques autographes et essayait de sourire, comme d'habitude. Ses yeux étaient cachés derrière ses larges lunettes noires, leur dissimulant partiellement le reflet de ses sentiments profonds. Ils la regardèrent s'éloigner vers la voiture, abritée sous son grand parapluie noir.

Ils roulèrent à travers Los Angeles en déposant les différents passagers sur leur chemin. Kim avait refusé de retourner chez elle constater l'état des lieux. Elle attendrait que son frère règle toutes les questions techniques pour rentrer, pour le moment il avait loué une suite dans le plus luxueux hôtel de la ville, comme ce n'était pas étonnant de sa part. La jeune femme était seule assise dans le salon, s'occupant avec l'ordinateur portable de Jim traînant sur la table basse. Il y avait dans sa boîte un mail récent et non lu. Elle en ouvrit d'abord la pièce jointe : une chanson.
Give me velvet touch give me a kiss, kiss of death...
J'ai appris, pour ce qui t'es arrivé...J'espère que tu vas mieux. Les choses vont s'arranger pour toi, car tu es forte Kim, ne l'oublie pas. Je serais toujours là, si tu en as besoin.
Je t'envoie une chanson que nous venons juste d'enregistrer, tu n'auras pas de mal à deviner ce qui me l'a inspiré. J'espère que tu l'aimeras.
Affectueusement, Jyrki
"
Elle laissa le morceau se finir et referma l'ordinateur. C'en était trop pour ses nerfs et elle se recroquevilla au fond du canapé. Les larmes glissèrent, silencieuses sur ses joues blanches, sans trop savoir si c'était ce message touchant et ravivant des moments qu'il aurait mieux valu que Jyrki oublie, ou si c'était cette journée éprouvante. Jim vint alors s'asseoir pour la prendre dans ses bras. Il attendit simplement que ses pleurs cessent.
« Je vais annuler le séjour prévu à Las Vegas pour mon anniversaire. Tu as besoin de repos, je vais rester un peu avec vous pendant ce temps là. »
La jeune femme, essuyant ses larmes, répondit : « Non, pas question. Tu avais prévu cela depuis longtemps et je ne veux pas que tu annules tout pour moi. Nous irons et je serais la...
_Comme tu voudras...
» Pour une fois, il capitulait, lui aussi vidé par la fatigue.

***

« Je savais que ces emmerdeurs seraient là... » pesta Jim à l'arrêt de la voiture. Devant l'entrée du Desert Inn attendait un petit groupe de paparazzis, certains ne prenant même pas la peine de se dissimuler un minimum. Que venaient-ils chercher ? C'était une soirée d'anniversaire comme les autres, peut être avec un peu plus d'excès que les autres, certainement même. Ils sortirent de la limousine, Jim aimait louer ce genre de véhicule alors que sa s½ur détestait ce genre d'affichage vain et excessif. Les nuits de Las Vegas s'offraient à la troupe qui défilait devant le portier. Quand Kim et Ville sortirent de la voiture, ces voleurs d'images amassés comme des vautours s'agitèrent et les flashs crépitèrent. La jeune femme détestait cela et se laissa entraîner par son compagnon qui tentait d'entre le plus vite possible. Avant de passer la porte d'entrée, elle eut le temps de leur lancer un sourire large, ironique et méprisant, pour qu'au moins ils n'aient pas perdu tout leur temps, leur présence étant presque une supplication à montrer qu'on les haïssait.

A l'intérieur, la chanteuse se sentait presque de trop. Elle était là, cheveux lisses et impeccablement tirés, dans une robe noire très vintage, au haut découvrant ses épaules, une large ceinture de tissu noir et bas très évasé, accompagnée de hauts escarpins noirs à talons aiguilles et d'un maquillage habituel pour elle mais passant peu inaperçu au milieu de ce type d'individus : yeux très noirs, lèvres très rouges et teint blanc comme neige. Ville ne se fondait pas dans le décor non plus, ne serais-ce que parce qu'il tenait la jeune femme par la main. Ses cheveux avait bien repoussés et étaient joliment ondulés, presque emmêlés, ses quelques petites boucles brunes rebondissant au dessus de ses épaules à chaque mouvement de sa tête. Ses yeux verts brillaient de toute la lumière qu'ils pouvaient capter dans la pièce. Il portait cette étrange veste ramenée de tournée et couverte de messages d'amis, de fans et inscriptions en tout genre ainsi que de petits heartagrams clairsemés et de la large inscription « You're pretty face is going to hell... ». Iggy Pop, ce n'était pas étonnant pour un fan comme Ville.
L'endroit était envahis de palmier en plastique, tout semblait de plastique, si superficiel, passé, imité...
« Rien n'est pire que d'être pommé au milieu du désert, dans un trou où les gens vous regardent comme venant d'une autre planète. Retournez courir après le rêve américain et vos illusions à la roulette, rien ne vous fera sortir de votre situation...Enfin, il faut bien faire plaisir à tout le monde... »
En pensant cela, Kim s'assit au milieu des autres convives. Tout son groupe était là, petites amies comprises même si certaines ne le resteraient pas longtemps, Rose, Jim et d'autres filles sûrement membres de sa « ménagerie » dont Jonna, qui semblait déjà exaspérer Hazel alors que la soirée ne faisait que commencer. Et elle continua comme ça, bien arrosée, peut être trop pour certains, animée, pleine de vives discussions même si elles tournaient parfois au combat pour mobiliser l'attention. Il ne fut cependant pas étonnant de voir Kim aller se coucher en premier, épuisée et lassée de cette ambiance. Elle dit à Ville qu'il pouvait la rejoindre plus tard s'il le souhaitait.

***

Ville venait de se réveiller, sa tête était affreusement lourde, comme à chaque fois qu'il buvait trop. Il ne savait pas pourquoi mais il se retrouva prés de la réception d'où provenait des voix plutôt énervées. Le jeune homme reconnut celle de Jim mais l'autre lui était inconnue. Ville entra, Stan et John étaient déjà là pour se tenir au courant de l'affaire, certainement étaient-ils arrivés ici dans les même conditions que Ville. Le frère de Kim était visiblement en conflit avec un homme identifiable comme le gérant de l'établissement. Pourtant cette discussion cessa à l'instant où Jim vit Ville arriver. Il détourna sa colère sur lui :
« J'espère que tu as une excuse en béton pour ce qui s'est passé cette nuit ! Il semblerait que tu ais eu une petite absence, si bien que tu n'as pas pu retrouver la chambre que tu était censé partager avec ma s½ur. Figure toi que lorsqu'elle s'en est rendue compte, elle a complètement ruiné sa chambre d'hôtel ! Elle n'a pas arrêté de dire que c'était ta faute, alors je ne sais pas ce que tu as bien pu faire pour qu'une fois de plus vous fassiez vos Divas, mais crois moi je ne vais pas tarder par le savoir, et tu risques de le regretter ! Tu n'aurais jamais du remettre les pieds dans sa vie, elle a été trop stupide pour accepter ça et personne n'a besoin de ce cirque en ce moment ! »
Le chanteur n'eut pas le temps de répondre, ni d'essayer de donner du sens aux bribes d'image lui revenant alors de la nuit passée, floues et incohérentes. La jeune femme arriva en trombe à la réception, elle aussi apparemment sur les nerfs. Il essaya de prononcer quelques mots :
« Kim, qu'est ce que... » Elle lui envoya une claque monumentale en pleine joue, le bruit raisonna dans toute la pièce.
« Va te faire foutre, Ville ! » fut toute réponse.
Tous étaient abasourdis, sauf Stan qui s'amusait :
« Bien envoyé !
_La ferme, toi ! J'ai quelque chose à te demander...
» Elle tira son guitariste par la manche et l'entraîna vers les escaliers. Jim conclu : « Je vais payer tout ce que nous vous devons, et nous serons partis avant ce soir. »
Puis, avec un regard assassin à Ville : « J'aurais préféré ne jamais avoir 27 ans... »

La jeune femme était retournée dans sa chambre ravagée, un endroit ressemblant à l'état dans lequel elle-même se trouvait. Elle était assise dans un coin de ce capharnaüm, somnolant presque contre le mur auquel elle s'appuyait, plus calme que précédemment. Ville entra tant bien que mal. Il se souvenait maintenant. Il dégagea une chaise et s'installa en face d'elle :
« Alors c'est ce que je vaux à tes yeux ? Ravager une chambre d'hôtel ? » Il essayait maladroitement de lui parler, coûte que coûte. Elle ne répondit pas, elle n'était pas elle-même.
« Tu me déteste n'est ce pas ? demanda-t-il
_Je préfère ne pas répondre, dit-elle faiblement.
_Kim, j'étais ivre, je ne savais pas ce que je faisais, je te jure...
_Tu crois que je vais avaler ça ? Ville tu es pathétique avec tes excuses... J'aurais préféré ne pas ouvrir cette porte, et ne pas vous voir tout les deux...Je ne sais même pas pourquoi mais je sentais que tu étais là...
» Elle sortit alors de son état de calme. « Tu as couché avec Jonna, Ville ! Avec cette pétasse ! Tu le voulais, au fond ! Tu m'as trompé, comme tu l'as fait avec ton ex, et d'autres sûrement ! Alors que tu as osé revenir, et me faire croire à ta bonne volonté, à toutes tes belles promesses ! Alors oui, je te hais Ville !
» Elle était hors d'elle, le visage inondé de larmes.
« Il ne s'est rien passé, avec Jyrki ? » Il était resté très calme lors de sa question
« Tu oses me demander ça ! Non, il ne s'est rien passé ! Il m'a toujours très bien traité, contrairement à toi...Il ressent quelque chose pour moi, mais pas moi...C'est pour te venger que tu as fais cela ? C'est ridicule Ville, c'est ignoble...D'abord je te perds, ensuite notre enfant. Tu te souviens de ça, Ville ? Nous avions un enfant ensemble, même s'il n'a pas vécu et même si tu ne voulais rien savoir. Pour moi, il était un être à part entière, il vivait ! Et maintenant tu me fais ça ! Et que dois-je faire ? Croire à tes excuses ? Te pardonner, oublier ? »
Il ne pouvait pas en entendre d'avantage. Il n'avait fait que des erreurs, depuis le début, et quelque chose qu'il n'avait jamais voulu la nuit passée. Il s'en voulait et il se sentait honteux, monstrueux d'avoir fait subir tout cela à Kim. Il ne soupçonnait pas qu'elle pouvait être aussi fragile au fond et surtout qu'il était capable d'autant d'ignobles actes. Il avait mal, presque physiquement même, de l'entendre faire la liste de ses erreurs impardonnables, mais encore plus de la voir dans cet état. Mais pourtant, il demandait pardon, il suppliait plus que jamais, il ne l'avait jamais autant voulu que lorsqu'il le savait impossible à avoir. Ville se jeta à ses pieds, s'appuya contre le même mur qu'elle, pour que son visage soit proche du sien. Elle vit alors les larmes qui roulaient sur ses joues, brillantes sous les faibles rayons du soleil réussissant à pénétrer dans la pièce. C'était la première fois. Il était beau lorsqu'il pleurait. Comment une femme pourrait ne pas le pardonner en le voyant ainsi, pensait-elle. Mais sa peine, son humiliation étaient trop vives. Ville mit son front contre celui de la jeune femme et passa une main tendre dans ses cheveux.
Il lui murmura à travers ses larmes : « Kim, pardonne moi, je t'en pris... »

# Posté le vendredi 05 janvier 2007 15:48

Modifié le lundi 21 avril 2008 17:52

Chapitre 16

"Take your shirt, roll up your sleeve, tap on your vein, prepare to dream
Swimming in and out of space, dyskrasia
Do you wanna be on what I feel?
"
(Dyskrasia)

"You're too numb to believe in
In anything
Baby just don't close your heart
Darling don't let me down
"
(HIM - Don't Close Your Heart)


Les jours s'écoulaient lentement et difficilement. Il était retourné avec Kim à Los Angeles. Lui aussi était en pause, pour composer, pour répéter, mais il était loin de chez lui et cela commençait à lui peser. De plus, l'atmosphère était très tendue entre eux, Ville savait qu'elle lui en voulait. Il était tombé sur une de ces nombreuses feuilles volantes, il se demandait d'ailleurs comment elle faisait pour ne pas les perdre, sur lesquelles elle écrivait paroles et accords, entre autres idées artistiques. Elle y avait griffonné les paroles d'un futur morceau déjà intitulé « Pleasant ». Ville n'arrivait pas à le comprendre, à travers ses mots Kim semblait presque satisfaite de le voir supplier pour retrouver quelque chose qu'il avait bien failli perdre. « Your cry, echoes pleasant...Your cry is like music »
Mais ce n'était que les mots d'une femme fière et blessée. Elle y exprimait aussi son ressentiment, son envie de le quitter parfois... « Goodbye, I'm taking a lesson » mais elle arrivait encore à lui être attachée... «I know, we can be each other's blessing ».
Sous le coup de la colère et la tristesse, ses idées étaient restées ambiguës, mais elle n'avait pas retouché ces paroles depuis, elle les avait mis en musique ainsi, tout était authentique. Mais il fallait être aveugle pour ne pas voir que les choses n'allaient pas, qu'elle en voulait à Ville bien qu'il soit encore là. Ils étaient ensemble, mais pour combien de temps ? Elle était peu présente, chaque après midi Kim sautait dans la voiture de son guitariste pour aller répéter avec Enema. Personne ne se demandait pourquoi ils passaient tout ce temps ensemble hors du groupe alors que la relation entre Kim et Stan avait toujours été orageuse. Peut être à travers les épreuves la jeune femme avait elle trouvé en lui un soutient insoupçonné. De retour chez elle, elle noyait sa peine et ses problèmes dans le sommeil, durant de longues heures. Les seuls moments où Ville pouvait la serrer dans ses bras, presque comme avant, sentir sa présence, étaient lorsque ses cauchemars la réveillaient. Ils étaient là presque toutes les nuits, elle n'arrivait pas à oublier les évènements des mois derniers. Alors Kim pleurait longuement dans les bras de Ville, avant de se rendormir. Mais parfois il se réveillait seul, elle quittait la maison dés le matin, sans dire où elle allait. Il n'y avait que Rose, si gentille et compréhensive, pour lui tenir compagnie et écouter le jeune homme délaissé.

***

C'était une journée comme les autres à LA, là où tous les jours semblaient identiques pour elle. Kim était assise sur la rambarde du balcon, les pieds dans le vide, se tenant de part et d'autre, le regard rivé vers l'horizon. Le ciel était illuminé de son soleil d'hiver et son bleu était immaculé. Tout comme le bleu de la piscine, en bas. Les couleurs ne l'agressaient pas, elles étaient comme voilées, pas trop vives, apaisantes et attirantes. Vu de haut, tout semblait plus facile. Les maisons n'étaient que des carrés blancs, parfois quelques ronds de bleu s'y ajoutaient. Tout était si simple...peut être pouvait elle aussi faire parti de cette simplicité ? “ It looks so easy, it's not that easy, it should be simple...
Comme tous ses problèmes pouvaient s'envoler en un flash de plaisir intense, elle pouvait certainement voler et aller rejoindre l'immensité bleue au loin, aux couleurs d'aquarelles. Mais le vent vint balayer son visage et lui rappeler à quel point elle était bien, là, assise dans le vide comme dans un nid de coton et que ses membres, qui lui semblaient pourtant si légers, étaient en même temps très lourds. Alors elle baissa un peu plus les yeux. Si elle ne pouvait pas voler, elle pourrait sûrement tomber. Ce n'était pas très haut, seulement le premier étage, et elle finirait très certainement dans l'eau. Mais cela créerait sa petite tragédie, et le monde aimait voir des tragédies, aussi futiles qu'elles fuissent être, pour se dire que jamais il ne connaîtra pareilles expériences. Kim se demandait quelle sensation cela lui procurerait, le vide complet autour d'elle. Le ciel étant du même bleu que l'eau, elle se disait pouvoir y nager... « Swimming in and out of space... »
Et si l'eau l'entourait réellement, sans pouvoir en sortir, telle une prison transparente, qu'est ce que cela ferait ? Ce liquide s'introduisait partout, dans chaque cavité puis dans chaque partie du corps, une à une. Il faudrait le boire et le respirer à la fois... « Stay above water, get in the water, drink it and breathe at the same time...
Vu de ses yeux, du haut de cette mince barrière, tout cela semblait possible, si vrai et réalisable, tout irait si vite... “]Hit fast forward, the edge is shorter,(...) Feed real into your eyes”.
Cependant elle ne put égarer sa conscience d'avantage avec l'arrivée de Ville. Il pensait enfin avoir trouvé une occasion de lui parler. Il vint s'asseoir calmement sur une chaise longue.
« Qu'est ce qui nous arrive, Kim ? demanda-t-il la voix nouée.
_Je ne sais pas, murmura-t-elle, toujours plongée dans le paysage.
_Dis moi juste ce que tu ressens, je voudrais comprendre...
_Tu ne peux pas comprendre, à moins d'être dans ce que je ressens...Est-ce que tu veux être dans ce que je ressens ?
_Pourquoi ne veux tu pas me parler, tout simplement ?
_Parce que je ne peux pas.
_Si, je veux juste t'aider.
_Tu ne peux pas m'aider...
»
Toujours aussi calme, elle quitta la barrière et le planta là pour s'enfermer dans sa chambre. Il sut que le contact était alors impossible. Pourtant il savait aussi qu'il n'était pas là sans raison, Kim lui aurait dit de partir si elle ne voulait plus de sa présence à ses cotés. Il ne savait pas ce qu'il devait faire, ce qu'il y avait de mieux à faire, mais décida de laisser à Kim du temps pour réfléchir, seule. Lui aussi en avait besoin, cette ambiance ne faisait que créer en lui le mal du pays. Il prit une feuille de papier pour y écrire ce que lui ressentait. Les longues lettres n'étaient pas son fort, alors d'une seule traite il lui écrivit « Don't Close Your Heart », comme un dernier rappel à la mémoire de la jeune femme. Il était là et il ne voulait pas être abandonné, il savait comme elle avait mal, et il pouvait comprendre, si elle voulait bien lui ouvrir son c½ur... En relisant, il se dit qu'il pourrait en faire une magnifique chanson. Ville recopia rapidement ces lignes à part pour lui-même, et clôtura.
« Nous avons besoin de temps loin l'un de l'autre. Ce ne sera pas facile mais j'espère toujours que tu me pardonneras. Si tu veux me parler, me dire de t'oublier, ou si tu peux réellement un jour me pardonner, alors tu sais où me trouver... Je t'attendrais. Ville. »

***

Kim descendit quelques heures plus tard. La maison était déserte. La feuille traînant sur la table de la salle à manger attira immédiatement son attention. Cela ne s'arrêterait donc jamais ? Il était parti, une fois de plus. Elle se dit qu'il avait bien fait, comment pouvait-il vivre sa vie quand il était flanqué d'une fille qui n'arrivait même pas à gérer les évènements et les dépasser ? Elle était lucide à présent, trop à son goût. La jeune femme s'empara de son sac et y piocha ce dont elle avait besoin. Revenait le même rituel, rodé bien des années auparavant. La poudre dans la cuillère. L'acide avec. Le gaz de la cuisine pour chauffer. Une fois bien diluée, le tout dans la seringue. Le garrot et trouver sa bonne veine sera facile. On injecte, on desserre le lien, et enfin on s'envole. On plane, enfin.
Take your shirt, roll up your sleeve, tap on your vein, prepare to dream
Ce fut la seule chose qui fit stopper ses larmes. Il disait ne pas réussir à la comprendre,mais peut être ne voulait-il pas comprendre...

# Posté le jeudi 08 février 2007 12:50

Modifié le jeudi 01 mai 2008 14:36

Chapitre 17

"It's our hearts little grave
And the salt in our wounds
"
HIM - Salt In Our Wounds

Il était assis dans le noir, devant cette pierre tombale au même nom que lui et à la pâleur contrastant avec la noirceur de la nuit. Il n'aurait jamais pensé pouvoir revenir ici. C'était comme une prise de conscience, comme jeter un regard en arrière et considérer enfin ces choses comme réelles. Comment tout cela avait-il pu se produire ? Tout était tranquille...avant elle. Ils avaient tout : carrière prometteuse et même bien plus, proches aimant, liberté créatrice et surtout une vie stable, du moins aussi stable qu'elle pouvait l'être dans ce milieu. Puis ils ont tout risqué, tout bouleversé...et ils étaient sur le point de tout perdre. Cependant, il ne cherchait pas de réponse, pas de solution. Ville aspirait à une tranquillité, une paix intérieur qu'il n'arrivait pas à trouver même en ce lieu de repos éternel.
Il n'a
vait pas pu partir car le premier vol pour Helsinki était complet, et il n'y en avait pas d'autres avant le lendemain matin. Il avait pris un taxi qui le lâcha quelque part dans l'immensité de cette ville qu'il commençait un peu à connaître. Puis le jeune homme avait trouvé son chemin jusqu'au cimetière, au grès de ses flâneries, avant de s'enfermer dans une chambre d'hôtel pour y passer une bonne partie de la nuit à écrire et composer à la guitare sèche, sans compter le nombre hallucinant de cigarettes qu'il consumait pour alimenter son énergie créatrice. Le cours de ses idées fut interrompu lorsqu'il ralluma son téléphone. Sur son répondeur, Ville entendit Kim, en larmes, le suppliant de revenir. Bien qu'il savait qu'ils devaient se donner du temps, un pressentiment alors bien plus fort que sa raison le poussa à aller la retrouver immédiatement.

***

«
Pourquoi à chaque fois qu'il y a quelque chose en rapport avec la défonce, on nous passe ce groupe ? » lâcha un homme aux long cheveux épais et bouclés lui servant à dissimuler son visage, en plus de ses lunettes rétro, qu'il gardait même à l'intérieur et en pleine nuit. C'était du groupe Jefferson Airplane dont il parlait, et les notes de leur morceau « Comin' back to me » raisonnaient dans le salon très carré, à la décoration années 60, dans un désordre indescriptible. On se serait cru en plein flash back, même la tenue de l'homme au fond du canapé renforçait cette impression. Les considérations psychédéliques de ce dernier stoppèrent lorsque quelqu'un frappa à la porte. Sans même prendre la peine de se lever, il cria à travers la pièce : « Oooh Stan...Je crois queee...la porte te demande... » Un juron fut la seule réponse qu'il obtint avant que le guitariste ne sorte en trombe de sa chambre, visiblement énervé et à moitié en train de se rhabiller.
Ce ne fut pas
une surprise pour lui de voir Kim sur le perron, morte de froid et affaiblie si bien que c'était presque un miracle qu'elle ait pu se déplacer jusque chez lui. La jeune femme le suivit dans le couloir jusqu'au salon déjà occupé. Le guitariste la regarda, visiblement sans trop savoir quoi faire.
«
Qu'est ce que tu veux ? » demanda-t-il d'un ton agressif. Elle ne le releva même pas, trop absorbée par sa douleur.
«
Tu sais très bien ce que je veux...J'ai tout perdu... »
Le jeune homme soupira bruyamment et se dirigea vers un autre couloir menant à la cuisine. Surgit alors la petite amie « officielle » de Stan, qui ne se préoccupa pas plus que lui de l'imposant homme avachi dans le canapé, immobile, fixant le plafond à travers ses lunettes d'un air ahuri. La chanteuse, quant à elle, était assise contre le mur, essayant de lutter de toutes ses forces contre son mal être, le froid qui la saisissait et l'engourdissait mais qui pourtant la faisait suer à grosses gouttes, ses nausées qui allaient et venaient, et surtout contre cette envie surpassant toute autre, envahissant chaque cellule de son être. Elles aussi criaient à l'unisson pour cette petite dose qui les rendormirait, leur donnerait l'impression de ne plus être vides pour quelques instants. Kim haïssait cet état, la crise de manque, et ce plus que tout au monde. C'était comme se réveiller au milieu de la nuit avec cette frayeur qu'on a après un cauchemar. Mais ce cauchemar, c'est la réalité. La réalité concentrée dans chaque recoin du corps et de l'esprit, prête à vous faire imploser tant elle est insupportable. C'est aussi la réalité qui devient de puissantes chaînes pour vous attacher au sol, et le seul moyen de s'en sortir est de ramper. Les pires humiliations ne sont rien pour retrouver la douce vision du monde déformé par le prisme seringue, puisque de toute façon subir est la seule chose que cet état permet de faire. Et dans un dernier élan de sadisme, cette réalité vous arrache les paupières, les tires vers le haut pour que vous voyiez votre état misérable, jusqu'où vous vous êtes enfoncés et jusqu'à quel point votre corps est en train de se décomposer... Au moins Kim était elle soulagée que le salon de son guitariste ait été sombre, les couleurs ne lui sautaient pas aux yeux pour l'agresser.
Stan revint de la cuisine et tendit à la chanteuse une seringue comme on tendrait son biberon à un enfant. Il avait pris son temps, comme le veux la loi de la came. Toujours faire attendre le client, jusqu'à ce qu'il n'en puisse plus, c'est lui qui est vendu à la drogue, et pas le contraire. Kim, rien que de voir son héroïne, se sentait déjà mieux. Plus que tout, c'était sa douleur qu'elle avait le sentiment de contrôler. Elle ne l'avait même pas encore injectée, mais c'était de savoir qu'en quelques secondes sa douleur disparaîtrait, elle s'envolerait. Kim la contrôlait, elle était maîtresse de sa douleur.
«
Bordel Stan ! Je croyais t'avoir dis de ne pas ramener tes putains de clients ici !
_Tu veux prévenir tout le quartier tant que tu y es ?
_Dis à cette conne de dégager !
»
Kim ne comprenait pas ce que hurlait la copine de son guitariste. Elle n'arrivait même pas à injecter son h
éroïne toute seule, malgré un léger mieux, ce qu'avait compris l'étrange personnage du canapé qui effectua l'opération pour elle.
«
Tu veux qu'elle aille où comme ça ? Elle a déjà eu de la chance d'arriver ici, essaya-t-il de se défendre.
_
Je m'en fou Stan, elle ne peut pas venir faire ça ici !
_Et
ton frère, c'est pas un toxicos aussi, peut être ? Je vais me coucher avant que ça ne soit toi que je fasse dégager !
»
A l'évocation de s
a personne, le frère en question s'approcha de sa s½ur que Stan venait de planter là. Il s'apprêta à parler, ouvrit la bouche, mais se ravisa. Il se contenta de tapoter l'épaule de sa petite amie et de se diriger en titubant dans le couloir vers la sortie. Avant de passe la porte, il lança : « Vraiment, vous ne devriez pas la laisser comme ça ! » La petite amie du guitariste se retourna vers Kim. Elle secoua la chanteuse et essaya de la faire réagir, en vain.
«
Putain, Kim ! Tu peux pas venir crever ici ! » lui répéta-t-elle sur un ton quasi-hystérique. Enfin elle se décida à agir. Son but devint alors de se débarrasser d'elle, avant que quelque chose de grave ne se produise.

***

V
ille rentra et ne trouva Kim nulle part dans la maison. Sa voiture n'était pas là, elle était sortie apparemment de façon précipitée, sans sac, papier ou veste. Toujours agité par ce pressentiment, le jeune homme réveilla toute la maison. Il fallait la retrouver, tout en lui le lui disait. Jim fut saisi à son tour du même sentiment d'urgence lorsqu'il constata que Kim avait effectivement disparue. Rose et Ville n'eurent qu'à attendre à l'intérieur, dévorés d'inquiétude, comme le leur avait demandé Jim alors qu'il quittait à toute vitesse la maison à bord de sa voiture, tout en pestant que jamais il ne pouvait être tranquille lorsqu'il revenait à Los Angeles. Son frère avait bien une idée d'où chercher en premier. Venice beach. Il savait qu'elle avait replongé. Un vague coup d'½il dans son sac à main, quelques coups de fil à son vieil ami John, et entendre ce dernier parler d'elle lui avait suffit. Et il se trouva stupide d'avoir pensé qu'elle était entourée, qu'ils s'en rendraient compte et l'aideraient avant qu'elle ne tombe trop bas. Mais il avait eu tord, il s'était voilé la face. En lui se mélangeaient tant de sentiments. La colère, surtout. Envers lui, pour ne pas avoir était là, de n'avoir rien vu. Et plus que tout envers les autres, il ne savait pas qui, mais elle ne pouvait pas avoir replongé toute seule. Mais aussi la peur, car personne ne savait ce qu'il allait bien pouvoir trouver, ce qui lui était arrivé, et ce que l'avenir pouvait encore lui réserver.
La voiture
qu'il cherchait était bien à l'endroit où il l'attendait. Jim se gara et sortit précipitamment. Sa s½ur était allongée sur la banquette arrière, inerte, respirant difficilement. Il la secoua, essaya de la réveiller, répétant son prénom sans cesse en un vain effort désespéré, elle ne réagissait pas...

# Posté le mardi 06 mars 2007 15:41

Modifié le jeudi 01 mai 2008 15:28