Chapitre 3

Chapitre 3 :

"When i'm drowning in the sea, i am
When
you're looking down at me, i am
When i'm
walking in the streets, i am a bullet
” *
(KidneyThieves - Black Bullet)

Apparemmen
t, tous autour de lui avaient mieux à faire que de l'accompagner. Ville passa donc en vitesse à son appartement, le temps de se changer et manger quelque chose. Il savait qu'il devait arriver tôt pour avoir une chance d'entrer facilement, sans se faire harceler par des fans qui, même s'ils n'étaient pas venus le voir lui, ne le lâcheraient pas et l'empêcheraient d'apprécier pleinement le concert.

Un
vent léger s'était levé sur la ville en ce début de soirée, l'air se rafraîchissait sensiblement. Le jeune homme s'en souciait à peine, appréciant juste la sensation de la brise fraîche sur sa peau et dans ses cheveux, euphorique à l'idée de la soirée qu'il allait passer.

Comm
e il l'avait pressenti, un important groupe attendait devant l'entrée de la salle. Ville put tout de même entrer sans se faire remarquer, par la porte de derrière.

**
*

En coulisse
, tout le monde s'affairait et s'impatientait à l'approche du concert. Pour tuer le temps, trois jeunes hommes enfoncés dans le canapé d'une loge avaient commencé à manger l'imposant buffet dressé devant eux et à vider le bar. Ils avaient bu plus qu'ils n'avaient mangé mais cela ne changeait rien. Le concert commençait dans une heure mais leur chanteuse n'était pas encore là, comme à son habitude avant chaque performance.

Alors
que tout les trois étaient en plein examen du buffet à la recherche de la prochaine chose qu'ils mangeraient, le tout des yeux et sans quitter le canapé, des pas rapides se firent entendre du fond du couloir.
"
Chut !" siffla le plus jeune des trois, un garçon au visage encore enfantin et aux cheveux courts du même brun que ses yeux.
Ils tendir
ent l'oreille, espérant, au fur et à mesure que les pas se rapprochaient. La porte s'ouvrit d'un coup et les surprit.
C'était
Kim et encore une de ses entrées fracassantes, comme si à chaque fois qu'elle entrait dans une pièce tout se mettait subitement à tourner autour d'elle.

"Tiens, voilà madame la Princesse ! Enfin !" lança méchamment ce même jeune homme qui l'avait le premier entendu arriver. Kim ne répondit pas, laissant le silence s'installer le temps d'ouvrir le frigo et de se servir un verre de vodka.
Elle vint s'asseoir dans le canapé à côté des 3 musiciens, le bruit de ses hauts talons raisonnant dans la pièce à chaque pas. La chanteuse prit place à côté d'un homme visiblement plus âgé qu'elle, au crâne rasé, à la taille et à la carrure impressionnante. C'était John, le batteur mais aussi le plus âgé et le plus réfléchit, peu importe les situations ou les problèmes qui se posaient à eux.
A l'autre
bout du canapé, le jeune homme brun demanda sèchement :"Et on peut savoir où tu étais ?"
Kim but
une gorgée de son verre avant de répliquer, calmement :
"Tu sais, Sta
n, des guitaristes, il y en a des millions et même de bien meilleurs. Si tu n'es pas content, tu pars."
El
le termina ensuite son verre d'un trait, le guitariste quant à lui ne répondit pas et finit par sortir.
A côté du batteur, Mike, le bassiste et le plus discret du groupe, se leva et écarta ses longs cheveux blonds dans lesquels il avait l'habitude de se cacher. Kim put lire l'embarras sur son visage aux traits qui affichaient clairement une grande timidité, sauf sur scène où elle disparaissait et où il excellait. Mike déclara en passant la porte qu'il allait chercher Stan.

La jeune femme, comme tout à coup libérée d'un poids, poussa un long soupire et prit sa tête entre ses mains, les coudes sur les genoux, le regard perdu. John s'accroupit devant elle, écartant ses cheveux noirs qui cachaient son si beau visage.
"
Kim, je sais ce qui s'est passé avant que tu arrives. J'en suis désolé mais ce n'est pas une raison pour nous traiter de la sorte, et..."
Il fut
coupé par un technicien qui passa la tête par la porte, ce qui fit subitement relever la tête à la chanteuse pour la tourner vers ce dernier.
"
Euh...excusez moi mais, il y a quelqu'un qui vous cherche mademoiselle."

Sa
ns prononcer un mot, elle se leva et sortit de la pièce. Sans avoir aucune idée d'où elle allait et de qui la cherchait, Kim se mit à arpenter les couloirs du Tavastia.

***

Le jeune
homme était lancé dans une conversation animée avec le propriétaire des lieux qu'il connaissait bien pour les nombreux concerts que son groupe, HIM, avait donné ici. Ville détourna le regard un instant et vit, accoudée à une barrière d'un espace réservé sur un côté de la scène, de là ou il allait regarder le concert tout à l'heure, une femme vêtue de noir. Il la regarda plus attentivement et distingua qu'elle portait des bottes à talons hauts, ornées de boucles métalliques sur les côtés, une jupe noire simple lui arrivant un peu plus au dessus des genoux, laissant voir de très belles jambes et des collants en résille. Son long manteau noir couvrant simplement le haut de son corps à l'avant, redescendait à l'arrière pour presque toucher le sol et était surmonté de deux rangs de boutons ronds et parallèles, légèrement cuivrés dont un était aussi accroché sur chaque épaule, lui donnant un style militaire ancien.
Vil
le reconnut immédiatement cette silhouette fine et élancée, ce style vestimentaire unique : c'était Kim.



* = Ces paroles sont, dans l'histoire supposées être celles de Kim, mais sont en réalité celles de Free Dominguez du groupe Kidneythieves

# Posté le jeudi 14 septembre 2006 12:54

Modifié le samedi 19 avril 2008 17:01

Chapitre 4

Chapitre 4 :

"I move a mountain with my hand
And I'm floating high
But I'm always down

(Zerospace)"


La chanteuse s'apprêtait à retourner dans les loges. Elle se retourna mais Ville courut vers elle avant que Kim n'eut le temps de s'en aller. Il traversa toute la salle et la rattrapa à temps, alors qu'elle avait déjà fait quelques pas vers la coulisse. Le jeune homme posa sa main sur l'épaule de la chanteuse sans même s'en rendre compte.
Lentement, Kim se retourna, en des secondes qui parurent une éternité à Ville, tellement angoissé à l'idée de cette rencontre.
La première chose qu'il vit fut ses yeux, d'un bleu magnifique, plus bleus que tous les lacs de son pays, si clairs et expressifs.
Puis un sourire, ce sourire ! Un des plus beau qu'il ait vu.

Kim était d'abord un peu confuse face à cette homme qu'elle craignait ne pas connaître.
"Oui ? Que.... Ah ! Ville, c'est cela ?"
Un éclair de lucidité. Elle se souvenait à présent. Kim avait trouvé ce CD sur le bureau d'un des directeurs artistique de sa maison de disques. Ayant trouvé les idées de ce dernier affreusement affligeantes, elle s'était permise de mettre le CD en route à toute puissance au beau milieu de l'immeuble, en plein après midi. Pour la jeune femme, le coup de foudre musical fut instantané et durait toujours.
"Je suis contente que tu sois venu ! Est ce que tu..." Elle s'interrompit, hésitante. Ville lui rendit un sourire tout aussi charmeur, mais cherchait lui aussi ses mots.
"Euh... Oui, enfin... tu pourrais peut être...me signer ce CD ?"
Les mots étaient enfin sortis, surpassant la timidité et brisant la glace. Kim se mit à rire, d'un rire léger et mélodieux. Ils avaient l'air de deux adolescent, se trouvant un peu stupide l'un face à l'autre, à se demander des autographes alors qu'ils valaient si peu, puisqu'ils auraient du se considérer comme égaux.
"J'allais te demander exactement la même chose !" dit-elle en saisissant l'exemplaire du premier album d'Enema des mains de Ville.
"D'habitude, c'est à moi qu'on demande des autographes !" ajouta Ville, riant lui aussi pour chasser la confusion qui traînait encore dans l'air.
La jeune femme entraîna son interlocuteur dans les coulisses pour qu'à son tour il dédicace son disque. Elle le remercia en rangeant le CD dans son sac.

Puis les premières notes résonnèrent depuis la scène. Le groupe d'ouverture venait de commencer son set et Kim invita Ville à aller le regarder, ce qu'il accepta volontiers.
La chanteuse entreprit de lui présenter les membres du groupe qui jouait lorsque John vint la trouver.
"Kim, ils n'ont plus que trois chansons, il faudrait peut être que tu saches ce qu'on va jouer".
Elle sourit amèrement à Ville, de façon un peu forcée, puis s'enfonça de nouveaux vers les loges. Le batteur s'accouda à la barrière sur le côté de la scène et mit un petit moment à se rendre compte qu'un jeune homme se tenait à coté de lui.
"Hey salut !" finit-il enfin par lui dire. "Tu es celui que Kim a invité ou quelque chose comme ça, non ?"
"Oui, moi c'est Ville."
"Enchanté. Tu as bien fait de venir, elle en a besoin. J'espère que tu vas apprécier le spectacle. Si ça ne te dérange pas, essais de trouver Kim à la fin et de passer un peu de temps avec elle, ça lui fera plaisir. Merci"
Ne laissant pas le temps à Ville de répondre, John disparut à son tour vers les coulisses pour préparer son entrée en scène.

Les dernières paroles du musicien restèrent ancrées dans la tête du Finlandais. Il ne lui avait pas semblé, pendant les quelques minutes qu'il avait passé avec elle, que quelque chose n'allait pas chez Kim. La chanteuse avait été souriante, aimable, mais Ville aurait du savoir mieux que personne que bien souvent, tout cela n'était qu'un masque, une couverture. Sous la carapace de la politesse et de l'amabilité exigée par le contact humain permanent dans ce métier, se cachent parfois des plaies béantes, la plus grande des colères, l'envie de silence, de se taire, de tout envoyer abandonner et de fuir. Mais Ville n'avait rien vu.

***

Le concert commença. Les premières notes raisonnèrent à peine que Ville était déjà captivé par la performance. La première chanson était "Zerospace", morceau aux paroles criantes de vérité, évoquant la personnalité même de sa chanteuse et son désir d'aller jusqu'au bout, d'être reconnue pour ce qu'elle faisait et était, mais aussi des apparences trompeuses, car au fond d'elle se cachait une autre Kim.
Le public était enchanté, elle semblait tout lui donner : sa grâce, sa force, sa voix, même ses poses parfois osées...Mais semblait seulement.
Aucun fan n'aurait pu le voir, seul un ½il averti pouvait le remarquer.
Ville, lui, voyait. Il ne savait que trop bien ce qui se passait dans la tête d'un artiste sur scène.
Malgré son incroyable performance qui l'avait subjugué, Ville avait noté cette retenue dont font preuve les musiciens lorsque leur esprit est ailleurs, emporté par d'autres problèmes.
Kim était bonne actrice et avait tout donné à son public. Tout, sauf son c½ur...
Pour Ville, tout bon musicien donnait quelques fragments de son c½ur, à chaque concert, et ils font naître cette magie qui unit les foules reprenant en ch½ur chaque chanson.
Mais ce soir, le c½ur de Kim était resté fermé. Bien sur, personne n'aurait pu le dire, mais lui savait, et ses musiciens savaient.

Les rappels terminés et presque si tôt sortie de scène, Kim quitta la salle de concert pour rejoindre son hôtel. Tous étaient ravis, les fans les premiers, le reste de la tournée s'annonçait grandiose, disaient-ils.
Elle n'avait pas envie de faire la fête, pas ce soir. La chanteuse prit quelques photos avec ses fans, signa plusieurs autographes, toujours aimable et souriante puisque c'était ainsi qu'ils la voulaient. Mais pas elle. A force de trop sourire, elle en viendrait à ne plus sourire du tout.
Son hôtel était en plein centre ville, à deux pas du palais présidentiel. Personne ne la remarqua lorsqu'elle traversa le hall.
Dans sa chambre, elle ne prit même pas la peine d'allumer la lumière. Kim retira sa longue veste noire, s'assit sur son lit et alluma une cigarette. Elle essayait désespérément de se concentrer sur la vue que lui offrait la baie vitrée. Les rues, les quais, la mer...exactement comme chez elle. Seulement, ici la mer était sombre et froide, perdue dans la nuit qui s'était à peine couchée. Comme si le paysage reflétait l'état d'esprit dans lequel Kim était.
Elle écrasa sa cigarette.
La chanteuse sortit sur le balcon pour mieux admirer la ville qui s'étendait à ses pieds. Jamais elle ne s'arrêtait, jamais elle ne visitait les villes où ils faisaient escale, jamais elle ne rencontrait ses habitants. La jeune femme décida de sortir pour marcher un peu...

***

Quelques voitures balayaient le bitume puis s'enfonçaient dans la nuit froide de la capitale Finlandaise. Ses hauts talons claquaient sur le sol et le vent fouettait son visage. Puis elle se retrouva face à la mer, comme face à elle même. Kim frissonnait et croisait les bras pour se réchauffer, puisqu'elle n'avait pas pris sa veste. Quelques minutes s'écoulèrent, pendant lesquelles elle garda le regarde rivé sur la mer.


Peu de gens circulaient ce soir là sur le port. Il se laissait aller, flânant et fumant sa cigarette tranquillement. Ses yeux verts balayaient les alentours, ne cherchant de rien de précis, si ce n'était quelque chose sur lequel se poser. Ils trouvèrent d'eux même. Cette femme qui regardait la mer, les bras croisés.
Ville reconnut Kim immédiatement et traversa la place pour la rejoindre au bord de l'eau.
"Hey, Kim !" La jeune femme se retourna, très surprise. "Tu est partie tellement vite que...." Il vit à quel point elle grelottait. "Tu es folle de sortir comme ça, les nuits sont fraîches ici."
Lui y étant habitué, il retira sa veste pour la passer sur les épaules de la chanteuse et se retrouva en débardeur dans le froid qu'il ressentait à peine.
"Merci. Désolée d'être partie si vite mais je n'avais pas tellement envie de faire la fête..."

Tout en parlant, ils s'étaient mis à marcher ça et là, l'un à coté de l'autre le long de la mer.
"Il semblerait que quelque chose ne va pas, je me trompe ? Tu as été excellente sur scène, mais j'ai senti quelque chose. Enfin, si tu ne veux pas..." Elle le coupa net, sachant où il voulait en venir. De toute façon, cela lui pesait trop et elle n'avait aucune envie de jouer à celle qui ne veut pas parler de sa vie "avec n'importe qui" alors qu'elle avait malgré elle déjà affiché sa tristesse. De plus, elle se sentait en confiance avec Ville, et elle ne le reverrait peut être plus jamais, alors....
"Nous avions quelques problèmes. Il m'a quitté. C'est aussi simple que ça, comme toutes les histoires..."
Ville la comprenait car des problèmes, c'était bien la seule chose qui restait de son couple. Mais jamais il n'avait pensé à ce qui se passerait si Susanna partait, et il n'avait jamais pensé à la quitter non plus.
"Ça allait faire deux ans dans peu de temps. Il vivait à Londres et lui aussi travaillait beaucoup, il est guitariste..." Elle s'arrêta et un court silence s'installa, le temps pour Kim de réaliser vraiment tout ce qui venait de se passer ces dernières heures. Toutes ces choses remontèrent à la surface, en un flash bref mais douloureux pour elle.
"Je suis désolé, mais ne t'en fais pas. Une femme aussi belle que toi ne peut pas rester seule bien longtemps." Ces mots lui réchauffèrent le c½ur, la jeune femme sourit malgré elle. Puis elle exprima le souhait de rentrer à son hôtel.

Ville la raccompagna. Bras dessus, bras dessous, ils remontèrent les quelques rues qui les séparaient de l'hôtel. Il la regardait alors que les portes de l'ascenseur se refermaient. Il lui avait laissé sa veste, simplement parce qu'il n'y pensait plus.

Il était deux heures du matin lorsque Kim regagna sa chambre pour sa dernière nuit à Helsinki....

# Posté le mercredi 20 septembre 2006 11:45

Modifié le samedi 19 avril 2008 17:33

Chapitre 5

« She'll be right here in my arms
So in Love
»
(Right here in my arms- HIM)

Trois mois et demi de tournée intense, dans la chaleur des mois d'été en Europe. Trois mois et demi à écumer les routes, remplir puis vider des salles et à se fatiguer aussi, avec fans et journalistes de tous bords. Peu à peu, la tristesse de Kim se noyait dans l'alcool qui coulait à flot dans les soirées après les concerts, pour lentement disparaître et laisser place à un vide presque envahissant, au dessus duquel on marche sur un fil avec la peur de tomber. C'était ce goût amer de la solitude qu'elle ressentait hors des soirées et de la vie de rock star. Maintenant, Kim était de retour à Los Angeles pour un break bien mérité, pendant lequel elle aurait tout le temps de composer. Pas d'emploi du temps, pas de contraintes, elle avait réussi à imposer son rythme à l'impitoyable industrie du disque. L'album serait pour le moment où elle le déciderait. Pour l'instant, rien ne pressait. La chanteuse avait quelques idées, mais comptait pour le moment se reposer et penser à elle même et ses proches. Sa soeur Rose venait à peine d'entrer à l'université et Kim n'avait pas vu le temps passer.

***

A Helsinki, le groupe HIM était en plein travail sur son album à venir. La plupart des parties instrumentales étaient composées, restait à Ville à trouver l'inspiration pour ses paroles. Certaines étaient déjà écrites, comme celles qui traînaient sur la table de salon du chanteur et que le bassiste Mige ne manqua pas de remarquer. Le premier texte était celui de "Poison Girl". Lire rapidement le refrain lui suffit pour comprendre que Ville parlait ici de Susanna et leurs problèmes.

"I did it all just for her
And love wants us dead
Just me and my poison girl
"

Le second était intitulé "Razorblade Kiss". Les paroles étaient complètes, apparemment Ville avait une idée précise de ce que la chanson serait.
Ce dernier revint de la cuisine avec deux bières fraîchement décapsulées et en tendit une à Mige qui lui dit :
"Tu as déjà une idée de ce que tu vas faire de cette chanson ?"
"Oui, répondit Ville, j'avais pensé à une seconde voix, une voix féminine sur cette chanson....
"
L'idée surpris Mige qui lança un regard inquisiteur :
"Et qui as tu en tête ?"
"Kim Manson
" lança nonchalamment Ville.
Son bassiste, lui, bondit du fond du canapé. Il s'assit au bord du canapé pour mieux faire face à son chanteur.
"Et tu crois vraiment qu'elle a du temps à nous consacrer et que la maison de disque va te laisse faire ça ???"
Un sourire narquois se dessinât sur les lèvres du jeune homme qui répondit :
"Justement elle vient tout juste de finir sa tournée européenne et a pas mal de temps devant elle. Je me fous de l'avis de la maison de disque. Par contre, Seppo va adorer !" Il se mit à rire doucement. "Je vais lui demander de l'appeler demain."
Visiblement résigné face aux arguments de Ville, Mige ne pu que répondre par :
"Tu m'as l'air bien confiant ! Enfin, quand tu as quelque chose dans la tête...."
Un silence s'installa pendant lequel tout deux burent une gorgée de leur bière.

***

Comme à son habitude chaque fois qu'elle se réveillait chez elle, la jeune femme était dans la salle de musique, en ce début de matinée ensoleillée. Assise sur le coussin de velours bordeaux du tabouret, Kim jouait du piano, laissant ses doigts courir légèrement sur le clavier pour se poser délicatement sur la touche choisie. Les notes raisonnaient à travers les deux étages supérieurs de la maison vide puis s'arrêtèrent tout à coup. Beethoven n'eut pas le temps de finir sa Lettre à Elise car d'autres notes moins agréables se firent entendre, celles de la sonnerie du téléphone. Kim se leva pour décrocher à l'autre bout de la pièce, baignée par le soleil. Elle rejeta ses longs cheveux en arrière et plaça le combiné contre son oreille :
"Allo Mlle Manson ? Ici Seppo Vesterinen, manager du groupe HIM...."

Kim écouta attentivement l'homme au bout du fil. Un magnifique sourire se dessina sur son visage, destiné à un interlocuteur pourtant invisible. Une telle proposition ne pouvait se refuser, même si elle avait décidé de se reposer. La chanteuse accepta de recevoir au plus tôt les premières maquettes de la chanson enregistrées par le groupe.
Ces dernières ne se firent pas attendre. Dés sa réception, la jeune femme introduisit le disque dans la chaîne hi fi dissimulée derrière un fauteuil, au fond de la salle à manger devant la baie vitrée de la salle de musique. Elle ouvrit la grande porte fenêtre qui donnait sur le jardin et savoura la chanson en plongeant dans la piscine.

***

C'était la panique générale dans le petit appartement. Ville s'était levé très en retard sur les horaires qu'il avait prévu. Le taxi klaxonnait en bas de l'immeuble depuis quelques minutes déjà et le jeune homme ne trouvait rien à se mettre. Ce fut sa petite amie qui retrouva ses affaires. Elle lui tendit sa veste et ses chaussures avec un sourire radieux, les yeux brillants d'amour. Ville prit son bien et déposa un baiser sur les lèvres de la jeune femme avant de se précipiter dans les escaliers. Il s'engouffra à l'arrière du taxi et indiqua la destination au chauffeur qui fonça à travers la brume matinale de la capitale. Quelques minutes plus tard, la voiture s'arrêta devant un grand bâtiment dans lequel le jeune chanteur entra en toute hâte. L'aéroport d'Helsinki était relativement vide ce matin là.

Kim attendait ses bagages prés du tapis roulant. Elle n'avait qu'une valise, son séjour n'étant que de deux jours. Autour d'elle, les gens allaient et venaient dans un hall presque vide. Les hauts parleurs relayaient une voix prononçant des mots de finnois incompréhensibles pour elle. C'est en regardant autour d'elle que la chanteuse le vit. Kim s'avança donc vers lui en souriant poliment.
"Bonjour Ville." Il sourit en retour.
"Bonjour Kim. Tu as l'air d'aller beaucoup mieux que la dernière fois !"
La jeune femme n'eut le temps de répondre qu'en s'écriant :
"Ma valise !" car celle ci disparaissait au fur et à mesure que le tapis tournait. Elle se précipita en courant vers ses bagages. Le jeune homme s'avança à son tour mais elle était déjà de retour.
"Laisse moi faire" dit-il. En homme galant qu'il était, Ville prit la valise que Kim faisait rouler à côté d'elle et lui tendit son bras. La chanteuse passa le sien dans celui du jeune homme et sourit chaleureusement pour le remercier.
Ils marchèrent jusqu'à la voiture qui les attendait toujours à l'extérieur. Il mit la valise dans le coffre pendant qu'elle prenait place à l'arrière. Le chauffeur les arrêta devant un luxueux hôtel, le même qu'avait occupé Kim lors de sa première venue.

Ils avaient rendez vous en début d'après midi pour répéter puis enregistrer la chanson. Les choses devaient se faire très vite car la jeune femme n'avait pas souhaité rester trop longtemps loin de chez elle de nouveau. Deux jours avaient été jugés suffisants.

En attendant, elle allait dormir un peu pour récupérer de ces vingt heures passées dans un avion.

# Posté le mercredi 27 septembre 2006 17:08

Modifié le samedi 19 avril 2008 17:50

Chapitre 6

Chapitre 6 :

"We've been slaves to this love
From the moment we touched
And keep begging for more
"
(HIM - Resurrection)


Ville revint à l'hôtel vers 14h, à pieds cette fois. La salle de répétition n'était qu'à une rue de là et le studio réservé pour 20h. Ils auraient le temps de trouver un moyen de transport. Il pénétra dans le vaste hall à la décoration ultra moderne, au style épuré, et demanda au réceptionniste d'appeler la chambre de Kim. Les portes métallisées de l'ascenseur s'ouvrirent sur elle quelques instants plus tard. Elle était simple, mais magnifique. En l'observant, Ville se demanda un instant, amusé, si elle portait quelque chose en dessous de son trench-coat puisque ne dépassait de ce manteau que ses longues jambes fines et ses éternelles bottes à talons aiguilles noirs. La jeune femme vint à la rencontre du chanteur, encore un peu endormie de la sieste qu'elle venait de faire. Lui commença à se diriger vers la sortie pour se mettre en route, pensant naturellement que Kim le suivait. Le jeune homme était presque arrivé à la porte de sortie quand soudainement :

"Mr Valo !" lança Kim à travers la pièce. Surpris, il se retourna pour voir la chanteuse accoudée au comptoir de la réception lui demander :
"Vous ne me proposez pas votre bras ?" Ville s'exécuta avec un large sourire d'amusement.
"Je préfère ça !" dit Kim en riant alors qu'il l'emmenait vers la rue.

La jeune femme tenait d'une main son manteau bien fermé contre elle pour lutter contre un froid auquel elle n'était pas habituée. Au fil de leur marche, Ville racontait à Kim l'histoire de différents bâtiments mais ce qui impressionna le plus la chanteuse était le fait que les gens ne l'arrêtaient pas dans la rue. Quelques jeunes filles le regardaient ou même le montrait du doigt mais trés peu s'étaient approchées pour un autographe ou une photo.
"Oui, les gens sont assez respectueux ici...Sauf la presse à scandale. Soit sure que dés demain matin nous serons dans les journaux, mariés avec deux enfants au moins !"
Ces mots firent rire Kim qui s'était toujours moqué de ce que les journalistes écrivaient sur elle.

***

Ils arrivèrent à la salle de répétition où la jeune femme fit connaissance avec tout le reste du groupe. Le courant passa tout de suite entre eux, Kim savait se faire accepter peu importe les moyens qu'il lui fallait déployer. Dans des cas comme celui ci, c'était son charisme qui faisait tout. La première chose qu'ils firent fut jouer le morceau à la chanteuse et Ville lui montra les parties qu'elle devrait interpréter. Une moitié de couplet chacun, le refrain ensemble et le pont alterné pour finir ensemble. Kim intégra rapidement la mélodie et sa voix se plaça naturellement pour compléter parfaitement celle de Ville. Tous sentirent en elle l'expérience et le morceau fut rapidement exécuté, pour ce qui était des répétitions. L'enregistrement s'annonçait rapide et les prises peu nombreuses.

A la fin de la répétition, tout les membres du groupe et Kim étaient satisfaits de leur travail. Ils avaient finit le duo et aussi avancé sur certains morceaux, notamment "Poison Girl" que Kim aimait beaucoup.



Après cet après midi bien rempli, tous se rendirent dans un restaurant du coin pour dîner. Deux autres jeunes femmes prirent part au repas : Manna et Vendrana, respectivement petites amies de Linde, guitariste du groupe, et du bassiste Mige. Le temps de mieux faire connaissance et Seppo arriva enfin.
"En retard comme d'habitude" s'exclama le batteur Gas, ce qui fit rire tout le monde.
"J'ai passé tout ce temps à convaincre votre maison de disque d'accepter votre projet. De toute façon, ils n'ont pas le choix, je vois que tu ne les as pas attendu, Ville ! Espèce d'entêté !"
Ville posa son verre et du se retenir de rire pour ne pas recracher son vin sur les convives.
Seppo reprit :
"Bonsoir mademoiselle. Je ne sais pas comment j'ai fait pour me mettre dans un tel pétrin mais vous, vous auriez pu l'éviter !"
Kim rit à son tour en le saluant et en se serrant un peu plus contre Ville pour lui faire de la place.
Les commandes arrivèrent enfin. Des plats, des senteurs et des couleurs à en perdre la tête. La jeune chanteuse ne connaissait pas la moitié de ces mets, et pour cause : ses hôtes avaient entrepris de lui faire goûter le plus de plats typiquement finlandais qu'elle pourrait avaler.

"Pour faire découvrir la bonne cuisine à une pauvre américaine ne connaissant que le Mc Donald's !" disait Gas.
"Tu peux parler, répliqua Zoltan, le clavier de la bande, tu doit en connaître tous les menus par coeur !".

Le repas se poursuivit dans la bonne humeur. La discussion porta sur comment ils avaient commencer à composer de la musique. Les membres du groupe HIM avaient tous fait leurs débuts très jeunes, contrairement à Kim :
"J'avais 17 ans. Je traversais un moment difficile et mon frère Jim ne voulait pas me voir ne rien faire de mon temps. Il m'a donc offert une guitare sèche. J'étais incapable d'en jouer, la seule chose que je savais faire c'était chanter et jouer du piano que j'avais abandonné depuis quelques temps. J'ai donc revendu la guitare à Stan, mon guitariste. Il jouait et je chantais les quelques textes que j'avais écris à l'époque. Puis le seul ami que j'avais à l'école, Mike, s'est joint à nous et mon frère m'a présenté John, un ami à lui qui m'a poussé à reprendre le piano et a intégré le groupe à la batterie pour nous faire percer."
Racontée ainsi, l'histoire était basique mais rien n'avait été aussi simple dans la réalité pour Kim, qui avait toujours eu à déplacer des montagnes pour s'imposer dans le milieu et à traverser des périodes assez difficiles. Elle du se battre et rester impassible. Elle avait lutté et parfois, en coulisse, elle craquait, mais toujours bien cachée. Kim était plutôt le gant de fer qui cachait la main de velours.

***

Le moment vint où il leur fallu rejoindre le studio.
Les parties instrumentales furent réalisées en premier, piste par piste. Puis les parties vocales durent être enregistrées.
La beauté des voix opéra. L'air était magique et électrique au fur et à mesure qu'ils chantaient.

"Your love is a razorblade kiss
Sweetest is the taste from your lips...
"
Puis la magie retomba. Une prise, l'ingénieur son la jugea excellente, ainsi que le reste de l'équipe. Il leur demanda tout de même de patienter, le temps de quelques retouches.

Ville, satisfait de la rapidité du travail et réjouit par le résultat fantastique qui s'annonçait, fumait une cigarette par la fenêtre du foyer de l'équipe technique du studio. Il entendit Kim s'approcher au bruit de ses talons qui résonnait dans le couloir. A peine eut-elle poussé la porte qu'elle s'effondra sur le canapé. Ville jeta son mégot et vint s'asseoir à côté d'elle.

"Cet enregistrement m'a lessivé, en plus avec du froid atroce, du décalage horaire et de ces chaussures qui me font mal aux pieds, je n'en peux plus !" se plaignit faussement la jeune femme.
"Enfin Kim ! De si belles chaussures ! Et puis les talons sont le symbole de la féminité !" répondit Ville sur un ton tout aussi ironique.
"Et bien, je te la donne volontiers, ma féminité !" annonça-t-elle en lui jetant ses chaussures. Ils rirent tous deux bêtement puis le silence s'installa.
Ce fut Kim qui le brisa :
"Comment fais tu pour écrire des chansons aussi accrocheuses ? Je l'ai encore dans la tête !"
Elle se mit à chanter :
"Only inside I'm Free..."
Et Ville l'accompagna : "I'm tired of waiting..."
"You've got to let me dream..."
"Inside Baby..."
"I"m not afraid to feel..."
"I want you to love me..."
"Cause you are the one...."
"Cause you are the one...
"

Mais lentement, sans s'en rendre compte, ils s'étaient rapprochés l'un de l'autre et, certainement sans vouloir s'en rendre compte, leurs lèvres s'étaient rencontrées. Aucun des deux ne souhaitait interrompre ce moment. Leurs pensées et leur raison s'envolèrent, il n'y avait plus qu'eux et ce baiser, sur ce canapé dans cette petite pièce sombre, un soir d'automne à Helsinki. Ce baiser scella leurs lèvres mais aussi toutes les choses qui en découleraient et qu'à cet instant ils avaient oubliées.

Kim remit ses chaussures et se leva pour prendre la main de Ville. Ils s'entraînèrent mutuellement à travers les couloirs comme deux enfants jouant à se cacher pour ne pas être vu. Finalement, ils sortirent enfin du studio et arrêtèrent un taxi. Pour eux, tout le trajet consista à s'embrasser encore et encore, comme si la première fois n'était qu'un rêve qu'ils essayaient désespérément de retrouver et qu'ils cherchaient à rendre plus réel.

La voiture s'arrêta, mais pas eux. Simplement le temps de sortir et de traverser le hall jusqu'à l'ascenseur qui les amènerait jusqu'à ce qu'ils désiraient. Ils ne pensaient pas aux conséquences, juste au moment présent. Car qui viendrait les en empêcher ? La vie n'est régie que pas les envies du moment. Et parce qu'ils en avaient eu envie, les quatre murs de cette chambre d'hôtel devinrent les témoins à jamais muets d'une froide nuit réchauffée par plus que la chaleur d'un baiser...

# Posté le mercredi 18 octobre 2006 11:26

Modifié le samedi 19 avril 2008 18:16

Chapitre 7

"I'm crazy
crazy for feeling so lonely
I'm crazy
crazy for feeling so blue
"
(Crazy)

La lumière pâle d'un froid matin d'automne pénétrait à travers les lames du store baissé et baignait la chambre. Au fond du lit, un corps commença à bouger, à sortir lentement du sommeil. Quelques étirements, quelques bâillements et un visage émergea des draps blancs. Le réveil : d'abord quitter la douce langueur qui nous berce puis ouvrir ses sens, un par un, et réaliser. D'abord tout est normal, puis la réalité nous rattrape. C'est ce qui se passa ce matin là, dans cette chambre d'hôtel au c½ur de la capitale finlandaise.
Kim s'étira lentement et, encore endormie, jeta un coup d'½il à sa gauche. Rien ne retint son attention. Elle referma les yeux. Rien, c'était justement ça le problème. Elle rouvrit subitement les yeux. Il n'y avait personne d'autre qu'elle dans ce lit. Pourtant, rien de tout cela ne pouvait être un rêve : ce parfum, encore planant, cette chaleur, ces mains sur sa peau, ce corps contre le sien, et cette place encore chaude à côté d'elle.... Simplement, il n'y avait plus personne. La jeune femme n'eut pas tellement le temps de chercher de réponses à ses questions. Le téléphone sonne. Dix heures, qui pouvait bien appeler à cette heure ci ?
"Allo ?
_Allo Kim ? C'est Mige. Est ce que tu sais ou est Ville ?
_ Ville ? Non justement je....
"
La réponse à cette question se trouvait sous sa main. Elle sentit morceau de papier entre sa peau et le plastique du combiné. Kim s'en empara et le lut, tout en écoutant :
"Hier soir, on ne vous a pas trouvé pour vous faire entendre le morceau. On s'est dit que vous étiez sortit ou quelque chose comme ça. Mais il n'est pas rentré de la nuit... Sa petite amie a appelé...
_ Sa petite amie ???
"
Kim n'avait pas envisagé cette éventualité une seule seconde. Le post-it trouvé sur le téléphone semblait pourtant confirmer ce fait :
"Je suis désolé.
Nous avons fait une erreur.
Oublie - moi.
Ville.
"
Un choc. Elle ne s'attendait vraiment pas à ça. Elle ne s'attendait à rien en fait. Pour elle, il n'y avait pas de lendemain. Elle n'y avait pas pensé.
"Mige, est ce que.... je n'ai plus rien à faire avec vous ?... Je veux dire, je peux partir ?
_Je pense que oui. Nous t'enverrons la chanson pour que tu l'écoutes et que tu vois si on la garde... Si on retrouve Ville bien évidemment.
"
Après les formules de politesse d'usage, Kim raccrocha. Elle ne pensait plus qu'à une chose : partir. Faire le point, partir, oublier. C'était tout. Elle rassembla ses affaires, utilisa la salle de bain de sa chambre, appela un taxi, régla la note et parti.

Elle se noya une fois de plus dans la foule de l'aéroport. La jeune femme savait trop bien ce qu'elle avait à faire : enregistrer ses valises et attendre de longues minutes le prochain vol pour Los Angeles. Souvent elle se retournait en chemin ou s'arrêtait, scrutant la foule. Elle cherchait, inconsciemment et bien qu'elle se le refusait, elle le cherchait, tressaillant à chaque apparition d'une personne avec les mêmes cheveux ou les mêmes vêtements. Au fond, elle espérait encore qu'il arriverait et que peut être tout se passerait comme dans ces films où les amants se retrouvent et finalement ne se quittent jamais. Mais Ville ne vint pas. Alors Kim enfouit ses derniers espoirs avec sa valise qui s'enfonçait au fond de la soute de l'avion et embarqua pour Los Angeles, le coeur inhabituellement lourd.

***

La chanteuse débarqua 20 heures plus tard en Californie, et rentra chez elle au plus vite. La nuit laissait lentement place au jour alors qu'elle pénétrait dans la propriété encore endormie. Une fois sa voiture garée, Kim monta les trois marches du perron qui s'étalait devant la baie vitrée de la salle à manger, tout le long de la maison.

Le bruit des clés et de la porte le réveilla. Jim s'était endormi sur le canapé du salon. Il avait passé la nuit à attendre sa soeur. Le salon était une petite pièce ouverte sur la salle à manger, à droite en entrant. Il n'eut qu'à tourner la tête pour parler à Kim :
"Je vois que tu as vite oublié que je venais pour le Week End. Je t'ai appelé une dizaine de fois, je t'ai attendu toute la journée d'hier et toute la nuit ! Merci !"
La jeune femme jeta oeil sur son portable, son frère disait vrai. Elle l'avait complètement oublié, comme le reste d'ailleurs. Elle alla se jeter sur le canapé, fatiguée elle aussi et laissant sa valise au milieu de la pièce.
"Je suis désolée... Rose ne t'a rien dit ??
_Je ne vois pas comment elle aurait pu, elle n'est pas la non plus ! J'espère que vous avez toutes les deux de bonnes excuses...
"
Jim voyait que sa soeur ne l'écoutait pas. Quelque chose la tracassait. De plus, elle avait allumé une cigarette, signe de stress et de contrariété. Il saisit cette dernière, la retira du porte-cigarette et l'écrasa dans le cendrier en face de lui, sur la table basse.
"Aller... Dis moi ce qui ne va pas !" lui dit-il avec une voix lassée, comme s'il s'agissait d'une habitude.
Silence. La jeune femme ne répondit d'abord pas, écoutant le vieux disque joué par la chaîne stéréo. Puis, elle demanda :
"De qui est cette chanson ?
_ Willie Nelson, "Crazy". Ca ne me dit pas ce qui ne va pas.
_J'étais à Helsinki, pour travailler. On a fait le morceau, puis on a couché ensemble. Tu veux un dessin ?
répondit-elle sèchement.
_Non, ça ira. Simplement, avant de m'envoyer en l'air avec une fille, je l'emmène plutôt MANGER un morceau ! lança-t-il sarcastiquement.
_Tu ne sors qu'avec des mannequins, c'est la solution de facilité, le resto ne te revient pas cher..."

**

Puis Kim se leva et se dirigea vers la cuisine, parce que cela lui avait ouvert l'appétit. Alors qu'elle s'en allait, son frère lui lança :
"Enfin, Kim, c'est pas comme si c'était la première fois que tu couchait avec un mec juste pour une nuit...."
Elle ne l'écoutait pas. Les seules paroles qui raisonnaient dans sa tête étaient celles de la chanson et qui lui rappelait ce qu'elle ressentait vraiment.

"Crazy
for thinking that my love could hold you
I'm crazy for trying
I'm crazy for crying
I'm crazy for loving you
"

Pour elle, c'était tellement vrai. D'abord Dan qui s'en va, puis Ville qui ne reste pas. Elle voulait reprendre cette chanson, en faire quelque chose qui lui ressemblait, car ces paroles la touchaient tellement puisqu'elles étaient si vraies. Comme toujours, sa volonté de fer et le travail acharné tiendraient Kim en halène pour la semaine qui suivrait, à remanier cette chanson...

# Posté le mardi 31 octobre 2006 09:55

Modifié le samedi 19 avril 2008 18:23